Résumé

Portrait de Charles Benoist Charles Benoist La Crise de l’État moderne

L’ancienne société était à ce point hiérarchisée que, non seulement entre les trois ordres, — ce qui saute aux yeux, ce qui est l’évidence même, l’évidence banale et brutale, — mais aussi à l’intérieur de chaque ordre, particulièrement dans le tiers-état, de profession à profession, l’on n’y pouvait risquer un pas sans se heurter à une muraille, et sans sentir durement cette hiérarchie minutieuse et taquine en irritante et blessante inégalité, quelque adoucissement que mît, au dire de Sénac de Meilhan, dans les relations de personne à personne, la politesse française en sa plus fine fleur.
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S’il n’est donc vrai que l’homme était plus près de l’homme, cela n’est vrai, et l’on n’a le droit de le dire, que dans le même métier, entre le maître et le compagnon, moins séparés que ne le sont aujourd’hui le patron et l’ouvrier [2] ; nullement, et loin de là, et tout au contraire, entre gens de diverses conditions ou seulement de diverses professions ; cela n’est pas vrai, tout le monde le sait, du marchand ou de l’artisan, par exemple, au gentilhomme ou à l’homme de robe, mais cela ne l’est pas même, dans les arts mécaniques, de métier à métier.
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De même vous, qu’on appelle un grand, « ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous possédez les richesses dont vous vous trouvez maître... Vous n’y avez aucun droit de vous-même et par votre nature, non plus que lui ; et non seulement vous ne vous trouvez fils d’un duc, mais vous ne vous trouvez au monde que par une infinité de hasards. » Le hasard, d’ailleurs, eût pu vous mettre au monde, et vous faire le fils d’un duc, sans que vous soyez davantage, par droit et par nature, le maître de ces richesses.
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