Claude Boringe

Résumé

Claude Boringe Revue des Deux Mondes

Le pâtre passe avec son troupeau ! Il voit rougeoyer le soir, il s’arrête et, les bras étendus, la face tournée vers la Mecque, il récite la dernière prière du jour. Puis il se penche et, dévot, boit au creux de sa main une gorgée de l’eau maraboute, à la source où, tout petit, son père l’a conduit.
Alors, dans le silence de la plaine, le passant d’Europe qui cherche à entendre et à comprendre, peut saisir deux voix. Au dernier rayon du jour, le prophète rappelle à sa créature que Dieu est le maître de la lumière et des ténèbres et qu’il sied à l’homme de prier, de se prosterner et d’adorer.
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Claude Boringe Revue des Deux Mondes

La sainteté et la puissance étaient partout, excepté dans le cœur de l’homme qui courait égaré d’une créature à l’autre dans le cycle infrangible. Un instant le pauvre dévot avait cru saisir la chaîne mystique et s’ouvrir les voies certaines de l’au-delà, mais plus sensible à ce qu’il voyait qu’à ce qu’il ne voyait pas, il saisissait la chaîne d’en bas, et pauvre, ignorant, solitaire, il se retrouvait après un songe, agenouillé au bord des fontaines, les pas dans les pas de ses ancêtres, comme eux n’adorant qu’un dieu de limon : le marabout conjurateur des esprits.
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Claude Boringe Revue des Deux Mondes

Le mystique chrétien, par la prédominance raisonnée de la vie de l’âme, par la force de sa vertu, de ses renoncemens, est emporté hors du monde visible. Chez lui, l’état mystique est étroitement lié a l’état de sainteté : chasteté, abstinence, charité : la vertu est la forme de l’amour. Et l’amour fait son miracle, le ravit, le mène parfois jusqu’à l’extase. Aussitôt, comme une gerbe d’eau jaillie d’une source monte vers la lumière et retombe, cet amour qui a cherché le ciel retombe aussi et se répand sur les hommes.
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