Erckmann-Chatrian

Résumé

Erckmann-Chatrian Le Brigadier Frédéric (1874)

Représente-toi, Georges, un homme de mon âge, seul au milieu des étrangers, dans une petite chambre d’auberge, regardant des heures entières la neige voltiger contre ses vitres, écoutant les bruits du dehors, — une charrette qui passe, un peloton de Prussiens qui fait sa ronde, un chien qui aboie, des gens qui se disputent, — sans autre distraction que ses rêveries et ses souvenirs.
« Que fait-on là-bas ? La grand’mère vit-elle encore ? Et Marie-Rose, qu’est-elle devenue... et Jean... et tous les autres ? »
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Erckmann-Chatrian Le Brigadier Frédéric (1874)

Alors, à mes cris, le sergent, son piquet d’hommes la baïonnette au bout du fusil, Ykel, Marie-Rose, et la grand’mère elle-même, se traînant et s’appuyant au mur, entrèrent dans la ruelle.
Marie-Rose se mit à crier :
« Mon père, on veut prendre nos vaches. »
Et la grand’mère, d’une voix lamentable dit :
« Mon Dieu ! de quoi vivrons-nous ? ces vaches sont notre seul bien, c’est tout ce qui nous reste ! »
Le sergent, grand, sec, la taille serrée dans son uniforme et le sabre au côté, entendant Ykel dire : « Voici le maître !... c’est à lui que sont les vaches ! »
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Erckmann-Chatrian Le Brigadier Frédéric (1874)

Et puis, tant de choses incroyables arrivent à la guerre ! N’avions-nous pas autrefois vaincu toute l’Europe, ce qui ne nous avait pas empêchés d’être accablés à notre tour ! Les Allemands ne pourraient-ils pas éprouver le même sort ?... Tous les joueurs finissent par perdre !
Ces idées et bien d’autres semblables me roulaient dans la tête ; et c’est aussi ce que me disait Marie-Rose :
« Tout n’est pas fini, mon père, tout n’est pas fini !... J’ai fait un rêve la nuit dernière... J’ai vu Jean en uniforme de brigadier forestier ; nous aurons bientôt de bonnes nouvelles ! »
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