Eugène Dabit

Eugène Dabit

Résumé

Portrait de Eugène Dabit Eugène Dabit Esprit

D’abord, il y a les jeunes gens qui ne viennent au cinéma que pour serrer de plus près la réalité, avoir près d’eux une femme qu’ils embrassent, chatouillent, tripotent. Et ces couples, que leur importe le désordre du monde, que leur importe l’écran. Ils ont, pour s’échapper, leurs désirs. Ils n’ont aucun besoin de demander à la vie d’autres preuves de bonheur que celles qu’ils possèdent déjà : des lèvres sur leurs lèvres, un sein dans leurs mains. Le bonheur est là, prêt à être saisi, on n’a plus le temps d’attendre ni de croire à l’honneur ou à la vertu quand on ignore si l’on vivra demain.
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Pauvres hommes qui se perdent dans le noir, comme pour cacher leurs hontes, et qui fixent des yeux, désespérément, l’écran ; qui rêvent devant ces images, qui à travers elles pensent recevoir la vie, rencontrer le bonheur qui ne les accompagne pas sur cette terre. Comme ils regardent tous !
Ce faisceau lumineux qui se déplace, qui vibre. Eh bien, des centaines de regards aussi se perdent dans la salle, ceux-là sans lumière, la cherchant comme des aveugles. Et non seulement leurs yeux grands ouverts. Ils font aussi le don de leur cœur, de leur liberté, de leurs rêves.
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Cet âge d’or qui est nôtre fournit d’autres ressources. Je songe au cinéma. Voilà encore un paradis, une entreprise d’avilissement, et d’illusions. Comme le bistrot et le journal, tout autant que le sommeil et l’amour, le ciné fait partie de votre existence. Tout au long de la rue de Belleville, les salles s’alignent ; et d’autres, dans de petites rues, sur des places, sur des boulevards, le soir venu jettent leurs feux, et font retentir les appels aigres de leurs sonneries.
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