Eugène Veuillot

Eugène Veuillot

Résumé

Portrait de Eugène Veuillot Eugène Veuillot Revue des Deux Mondes

Si jamais un des principaux bouddha-vivans est saisi de quelque grande ambition, s’il se trouve sur le siège de H’Lassa ou sur celui de Djachi-loumbo un homme d’audace et de persévérance, animé de l’esprit de conquête, il y a dans le Thibet et la Mongolie des millions de fanatiques prêts à répondre à son appel. Or, la Chine a des armées immenses, mais non pas de véritables soldats. Elle ne maintient son pouvoir que par l’astuce. Quand les Thibétains rêvent l’empire du monde pour leur idole, ils prêtent à rire ; quand ils songent à l’invasion de la Chine, ils ne songent vraiment qu’au possible.
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La conservation de la doctrine est particulièrement confiée au Talé-lama de H’Lassa, le plus puissant des bouddha-vivans. On avance dans la hiérarchie lamanesque par son propre mérite, secondé de quelques protections et d’un peu d’intrigue. Quant à la dignité de bouddha-vivant, elle ne se gagne pas, on l’apporte en naissant, la vertu la plus parfaite ne pouvant suffire à transformer ici-bas l’homme en divinité. Quand un bouddha-vivant meurt, cela signifie simplement qu’il a voulu changer de corps.
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Leur politique avec les chefs thibétains ou tartares rappelle absolument celle des Anglais dans l’Inde, et, de même que dans l’Inde les Anglais ont toujours quelque ennemi acharné, il y a toujours au Thibet un bouddha-vivant qui rêve l’extermination des Chinois. Aujourd’hui ce bouddha réside à Djachi-loumbo, capitale du Tibet ultérieur ; il ne le cède en puissance temporelle et spirituelle qu’au Talé-lama ; depuis quelques années même, il le dépasse en réputation de sainteté : c’est un vassal qui menace de dominer le suzerain.
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