Jacques Villetard de Prunières, Journal de guerre, 1914-1917 (1930)
“ Près de l'entrée, des cadavres en kaki, en horizon, en feldgrau ; blessés morts dans le poste de secours, hier et cette nuit. Partout un bouleversement sans nom de terre, d'arbres, d'obus, de canons ; de nombreux cadavres, et cela aussi loin qu on peut suivre les ondulations du terrain très accidenté. Trois tirailleurs me demandent la direction de Verdun. Pauvres loques humaines couvertes de boue, ils traînent sur cette terre glacée leurs pieds déchaussés, tuméfiés, violacés, déjà grisâtres. « A pieds gelés, pauvre tirailleur ! » me dit l'un d'eux, qui marche péniblement avec deux cannes. ”
