Résumé

Jean Songy Revue des Deux Mondes

Je continue mon chemin. À ma gauche, les élévateurs de la fosse no 5 se dressent comme une sorte de château fort. Les Allemands, y soupçonnant sans doute quelque observatoire d’artillerie, envoient de gros obus fusans sur cette frêle charpente. Elle disparaît par instans au milieu de nuages noirs, mais le bombardement ne produit pas d’effets appréciables.
Le boyau que je suis est tapissé de verdure et de fleurs. Les bleuets et les coquelicots y alternent avec les plantes grimpantes.
Tandis que nous faisions la guerre.
Le soleil a fait le printemps.
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Le long du talus un homme, frappé à la tête, se raidit dans les dernières convulsions. Des blessés rampent pour s’échapper de cette fournaise. D’autres, étendus le long du chemin, se plaignent doucement. L’un d’eux répète sans cesse : « Oh ! mes reins, mes reins ! » Mais sur qui compter pour les évacuer ? Depuis trois jours ce bataillon est là, isolé dans un cercle de feu. Les hommes n’ont pas dormi une minute et meurent de soif. Pourtant ils vont partir à l’assaut.
J’arrive à la barricade de sacs à terre où se trouve le poste de commandement du chef de bataillon.
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Cette position, repérée depuis longtemps par l’artillerie allemande, est l’objet d’un bombardement ininterrompu. Les hommes, faisant tous face à la direction du Bois en Hache d’où vient cette averse de projectiles, se distinguent à peine du sol, car ils sont comme incrustés dans des alvéoles qu’ils se sont creusés dans le talus. Me trouvant dans le chemin en contre-bas, je vois se détacher sur le ciel leurs têtes qui épient le bois d’où une attaque est toujours à craindre.
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