“ Félicitons-nous plutôt de voir cette protection, si indécise et si faible ailleurs, prendre en France le caractère et l’importance d’un devoir public, et figurer en tête des priviléges et prérogatives honorifiques de la couronne et du gouvernement. En France, les droits de l’esprit ont toujours été les premiers ; c’est de l’esprit que relève notre influence universelle. Nous sommes la nation littéraire par excellence, et le goût de l’art est chez nous un reflet du goût des lettres ; ce n’est ni une passion ni un culte, mais une heureuse disposition de l’esprit tournée en habitude ”
Louis Peisse
Résumé
Salon de 1841, rédigé par Louis Peisse, est une critique percutante des œuvres présentées à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1841. L’auteur examine les contradictions entre génie et académisme, analysant avec rigueur les créations de peintres tels que Delacroix, Michel-Ange ou Poussin, tout en mettant en évidence la décadence supposée de l’art académique.
À travers des portraits, des paysages et des scènes historiques, Peisse interroge la place de l’art dans la société, affirmant que si le salon demeure un socle de la création, son rôle de garde-fou ne doit pas cacher les difficultés de l’innovation. L’œuvre, marquée par une réflexion sur la beauté, la maîtrise technique et l’idéal artistique, incarne une vision critique et nuancée de l’évolution des arts au XIXe siècle.
Citations de Salon de 1841 (Louis Peisse)
“ Il ne faut pas une pénétration extraordinaire pour découvrir que dans sa Prise de Constantinople l’action est en partie obscure, en partie insignifiante, que la composition est maigre et manque d’unité, que les figures y sont jetées comme au hasard, qu’il y a dans le costume plus de caprice que de vérité historique. On peut ajouter, avec la même confiance, que le style n’en est guère élevé, et que la beauté des formes n’est pas certes ce qui y domine. Il est permis d’y blâmer aussi ce goût de draperies contournées, cette pantomime guindée et un certain fatras pittoresque. ”
“ Deux portraits méritent surtout d’être exceptés de l’anathème général, le portrait d’homme (grand salon) de M. Amaury-Duval, et le portrait de femme de M. Hip. Flandrin. Ils se distinguent tous deux par des qualités analogues, la pureté et la correction du dessin, par l’étude soignée du modelé, par un goût simple et sévère d’ajustement, et par une exécution habile et savante. Dans le portrait d’homme, ces qualités sont poussées très loin, et même peut-être trop loin. Le travail en est un peu apprêté et tendu, le procédé s’y fait sentir ; l’artiste veut trop prouver. ”
