Résumé

Portrait de Marie Lenéru Marie Lenéru Journal, précédé du Journal d'enfance

Je m’endors dans une vie qui n’est pas la mienne.
J’aurai beau faire, je ne pourrai plus être heureuse comme une autre. Les objets matériels me charment toujours — je parle du luxe de ma toilette — mais ils me dégoûtent quand ils m’ont pris une heure de ma vie intellectuelle et morale.
Ce n’est pas assez d’être fatiguée d’une épreuve inutile, d’un travail sans progrès, d’une volonté sans ressort et sans durée : il faut vouloir. Tout ce qu’on a voulu sur la terre, comme tout ce qui le sera jamais, sera accompli.
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Portrait de Marie Lenéru Marie Lenéru Journal, précédé du Journal d'enfance

Celui qui, devant Dieu, peut sacrifier une seconde, a-t-il à se plaindre de la brièveté du temps ? Allez, il est encore trop long pour vous !
Juin. Hâtez-vous de me secourir ô Dieu, ô Dieu de mon salut car mon esprit tombe en défaillance.
Il y a quelques années j’étais remplie de courage ; mais, réellement, était-ce alors une épreuve ? Je ne croyais pas à la durée, au temps, ce maître de toutes les énergies. Il y a eu une époque où je m’étonnais de sentir si peu le poids de l’épreuve, en y puisant une excitation qui approchait presque du contentement.
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Portrait de Marie Lenéru Marie Lenéru Journal, précédé du Journal d'enfance

Je me désintéresse de ce qui est mortel en moi, sans un raccourci d’effort. Je suis dégoûtée de ceux qui ne vivent pas leur vie éternelle. La religion est ce qu’il y a de plus fort. Dès ce monde, elle fait de nous des immortels. La mort qui ne tue pas n’est plus qu’un pont dans l’espace, un mouvement de la vie que rien n’interrompt.
J’ai réfléchi trop tôt sur la vie normale ; elle me serait impossible, et je n’ai pas un regret pour la prédestination qui m’a captée, ne m’a pas laissée m’engager dans la voie commune.
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