Résumé

P. Brouardel Revue des Deux Mondes

RESPONSABILITÉ MÉDICALE
I La responsabilité médicale n’a jamais pu être définie avec précision ; elle a été interprétée différemment selon les circonstances et les juridictions qui avaient à en connaître, mais elle a toujours existé dans tous les pays [1] .
Il est vrai que, lorsqu’on parle de cette question, on se heurte à la légende de l’immunité absolue, vieille de tant de siècles qu’il est presque impossible de la détruire. En effet, ne lisons-nous pas dans Montaigne, citant Nicolas : « Ils ont cet heur (les médecins) que le soleil esclaire leur succèz et la terre cache leur faute [2] »
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P. Brouardel Revue des Deux Mondes

Si le médecin veut bien ne plus se laisser entraîner par le plaisir de médire de ses confrères ; s’il ne dit pas d’eux ce qu’il ne voudrait pas qu’on dise de lui ; s’il est indulgent pour les erreurs qu’ils peuvent commettre, comme il voudrait qu’on le fût pour les siennes propres, l’opinion publique, un instant égarée, aura dans l’honorabilité et la valeur du corps médical, la confiance dont la très grande majorité de ses membres n’a pas cessé un seul jour d’être digne.
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Puis, quand le coupable est connu, quand il est sous la main de la justice, quand enfin tout danger a disparu pour soi ou les siens, l’opinion se retourne immédiatement. La pitié va à l’inculpé. Il est seul, ses moyens de défense semblent insuffisans. Sa faute s’explique par la passion, à moins qu’elle ne soit le résultat d’une erreur. Qui n’a eu des passions, qui n’a commis des erreurs ? On ne songe plus que l’on aurait pu être la victime, on se demande avec anxiété si un jour on ne pourrait pas commettre l’acte reproché au coupable.
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