“ Ne contribuez plus à propager ce luxe qui donne la misère. Fécondée par l'association d'efforts intelligents qui lui sont inconnus, la terre endormie se réveillera, et vous donnera bientôt généreusement le bien être qui fera de vous des hommes heureux et de vos enfants des hommes libres. La liberté croît lentement au milieu des vieilles civilisations, mais son épanouissement peut-être rapide sur les sols vierges. ”
Résumé
“Pain et Liberté... Les Producteurs - Les consommateurs - L'Exportation - La situation financière - La Famine - La Révolution sociale - Le futur Gouvernement. Juin 1882 . (Signé : Excursor)”, publiée en 1882, est une œuvre de . Des thèmes tels que les travailleurs, ouvriers ou la misère y sont abordés.
Citations de Pain et Liberté... Les Producteurs - Les consommateurs - L'Exportation - La situation financière - La Famine - La Révolution sociale - Le futur Gouvernement… ()
“ Le luxe avait trouvé une nouvelle marchandise à lui offrir! Un cynisme effrayant parti des hautes classes développa le mal, les industries facilitant ce genre de vie surgirent sous toutes les formes. Les événements ont aujourd'hui enrayé leur succès, l'étranger est plus rare, la gêne cachée partout, laisse subsister la dépravation mais restreint les largesses ; la formidable armée de la prostitution et de ses aides, ne pouvant se régénérer par le travail utile qu'elle ne sait ou prendre, va demander au crime les ressources que le vice ne lui donne plus. ”
“ La vertu ne sait se diriger où la raison manque. La raison manque où la science n'existe pas. Travailleurs, étudiez pour prendre sagement part à la direction générale. La liberté va devenir pour vous un fléau, si vous n'acquerrez promptement par la science morale et la science économique, l'esprit gouvernemental. Sauf exception pour un bien petit nombre, vous vous exagérez la fortune publique, vous en ignorez les sources: par suite, vous vous exagerez votre droit à sa répartition et votre droit au repos. La production diminue, la misère approche ”
“ Chacun est libre de s'amuser et même de se tuer de plaisir avec son argent dira-t-on. Ce n'est pas l'avis de tous, on tue aussi les voisins à ce métier. Le monde existe-il pour être dévasté par quelques inconscients sans profit pour eux et au détriment des autres? Ouvriers qui travaillez pour un tel résultat quand le pain manque et que les terres sont en friche, êtes vous fondés à vous plaindre de la misère. Quels sont vos droits à votre estime? A la gratitude de l'État? ”
“ Pour que vos efforts soient fructueux, il faut que le chef de famille y coopère, obtenez-le pour auxiliaire en ramenant le calme dans sa tête troublée, ôtez-lui d'abord la plus poignante de ses appréhensions, occupez-vous d'assurer à sa vieillesse le pain et le repos nécessaire, pour que ce souffredouleur, ce martyr du passé sache, que lui et les siens, pourront après une vie de travail, sourire à des jours tranquilles et regarder en paix lever leurs derniers soleils. ”
“ On se tient en joie comme on peut, on s'étourdit, on ferme les.yeux. Des malheureux, pour oublier la misère, font aller le commerce en s'enivrant, échangeant le pain gagné contre un superflu qui les accable et les dégrade, ils le savent, mais endort la pensée. D'autres livrent bataille à la société qui ne sait leur faire place; escroquent, volent, assassinent, font aller le commerce de la police, des hommes de loi, des magistrats et du bourreau... De temps en temps des fêtes de bienfaisance permettent de jeter des miettes à leurs familles. ”
“ Réagissons contre le luxe et ses entraînements. Apprenons à ceux qui l'ignorent que la famine est à nos portes. Faisons savoir aux enfants, que les travaux de luxe ne pourront les faire vivre. Faisons une révolution sociale ! ”
“ Les idées régénératrices ne peuvent être contenues, avec tous les développements qu'elles comportent, dans le cerveau de quelques individus. Le bonheur d'un peuple qui n'est plus à l'état de troupeau, qui a des idées et non des instincts, ne peut résulter des étroites conceptions d'un homme, d'une famille ou d'une caste veillant sur ses privilèges. Mais avons nous des idées? Avons nous des instincts? L'instinct veut les jouissances immédiates par la ruse ou la force, sans préoccupation des conséquences, sans souci de justice ni d'avenir. ”
“ Voyez tous nos dirigeants et le nombre en est grand, ne pouvant par suite des usages officiels, visiter le pays, sans prendre tous les moyens d'enlever les ouvriers à leur travail, mats de cocagne, parades militaires, poudre à canon, banquets, musique, lampions; tout cela aux dépens des spectateurs effarés, s'ameutant, s'écrasant pour tout voir. Il y aurait vraiment à faire un meilleur et plus digne emploi du temps et de l'argent. Nous sommes habitués à tous ces agissements, nous ne faisons rien pour les faire cesser. On se moque de ceux qui les blâment, on les traite en esprits chagrins. ”
“ Pendant les cinq années de répression militaire, des milliers d'ouvriers exercés s'enfuirent à l'étranger, qui connut alors ceux de nos procédés restés ignorés ; de nombreux élèves s'ajoutèrent aux autres, aujourd'hui, nous sommes entourés d'une concurrence triomphante, qui nous ferme les états voisins dont les achats nous enrichissaient; et nous atteint sur nos propres marchés intérieurs, car elle y est favorisée par l'élévation de nos prix de main d'oeuvre, de soixante à cent cinquante pour cent supérieurs aux siens. ”
“ Puis nous subirons l'écrasement, nous irons tête baissée, travailler la terre en esclaves, avec le gibet en perspective, sous les ordres de soldats abrutis qui souilleront le pain qu'ils nous jetteront, nous dirigerons comme on dirige les bêtes de somme, comme étaient dirigés nos aïeux : l'injure à la bouche et le fouet à la main, devant les femmes insultées les enfants avilis. ”
“ Nous ne parlerons pas des nombreux articles étrangers que les habitudes luxueuses ont seules rendus nécessaires, laissons cela; mais on ne peut nier l'évidence, nous manquons de commandes, nous allons manquer de vivres et manquer de matières premières pour nos besoins urgents ; nous avons en perspective le chômage et la famine, c'est à dire, la misère sous sa forme la plus atroce, misère permanente et sans espérance, qui abaissera les caractères, multipliera les crimes ; placera les riches en face du couteau, les pauvres en face des balles. ”
“ On peut être assuré qu'elles seraient heureuses d'aider à affranchir la France d'une situation précaire, la mettant à la merci de l'étranger. On peut affirmer qu'elles seraient heureuses de contribuera établir notre richesse nationale sur des bases solides, garantissant aux déshérités, un espoir sérieux, d'heureux avenir et de liberté. ”
“ Nos désirs, nous font Croire à la possibilité de progrès rapides. La science du passé, la réflexion, nous démontrent que tout accroissement de bien-être général procède de la réforme graduelle des moeurs et des habitudes d'un peuple ; réforme que les lois peuvent consacrer mais non produire. Que servirait d'édicter que tout citoyen sera pourvu du nécessaire, tant que la production indispensable à y faire face sera insuffisante !..... C'est là où nous en sommes. En étudiant ce que les agissements, des autres ont de défectueux, étudions ce que les nôtres ont de mauvais, et agissons ensuite. ”
“ Telle doit être la règle, car les actes de chaque individu intéressent le voisin qui, lui aussi, a droit au respect de lui-même et de son indépendance ; droit à ce que, sous prétexte de services illusoires, de besoins vrais ou factices, la fainéantise ne prélève pas un impôt sur son travail ou sa fortune. Une nation, pour être libre, doit pouvoir définir et régulariser l'exercice de la liberté ; pouvoir procurer à chaque participant au labeur social la somme de bien-être, équivalant à la somme de travail fournie par lui s'il est valide ”
“ Le prix des objets d'alimentation augmente toujours. Les ouvriers déroutés paraissent ignorer encore que leur salut doit résulter du retour à la production alimentaire, qu'un cinquième de notre sol cultivable ne produit rien, que les quatre autres cinquièmes sont pour la plupart insuffisamment cultivés et livrés à la routine qui n'obtient pas la moitié du possible. Chaque corporation ouvrière continue à exiger périodiquement des augmentations de salaire, que les fabricants réduits à emplir les magasins, à vendre à crédit ou à des prix inférieurs, ne peuvent donner ou continuer. ”
“ Tant que les privations s'imposent au grand nombre, l'État doit-il, comme il le fait, favoriser avec les fonds généraux les jouissances picturales, musicales, poétiques, littéraires, des oisifs que l'ennui ronge ? Doit-il dresser à chaque pas des monuments d'orgueil, des palais pour des fêtes, dont le peuple exclu paye une si large part ? Nos travaux publics paraissent n'avoir qu'un seul but, procurer toutes les jouissances à la population oisive ”
“ Le taux des pensions indiquées est relativement faible, mais en attendant mieux, l'ouvrier assuré d'en bénéficier, y ajouterait les économies qu'il saurait réaliser, qu'il a dédaigné de faire jusqu'à présent, parce qu'il en méprisait l'insuffisance. Alors il gagnerait en moralité, en dignité ; il saurait compenser ce commencement d'amélioration de son sort, par une plus abondante production et par l'étude et la mise en pratique des lois de la fraternité. ”
“ La France désorganisée va rejoindre dans l'oubli les nations tombées, si le retour aux travaux agricoles et aux professions utiles ne vient redonner la vigueur, relever les caractères, ramener à la moralité, à l'espoir du mieux, assurer l'aisance et la liberté, à l'homme qui voudra vivre honnête et laborieux. ”
“ Cherchons d'abord la prospérité sur nos possessions actuelles, elles sont assez vastes. N'allons pas la poursuivre par des spoliations à tous les points du globe, en y laissant sans honneur comme sans profit des lambeaux de notre drapeau et de notre chair, en disséminant nos forces, jusqu'à ce que l'étranger nous trouve assez affaiblis pour pouvoir se tailler, lui, des colonies dans la France morcellée. ”
“ Une telle mesure achèverait brusquement la ruine de notre industrie, et nous imposerait sans transition une révolution économique, en opposition complète avec nos moeurs actuelles. Il nous faudrait abandonner instantanément notre liberté commerciale intérieure, afin de régler notre production sur nos besoins, en déterminant le nombre d'ouvriers devant être affecté à chaque espèce de travail. ”
“ Les ouvriers n'ayant pas su choisir un métier utile, n'ont-ils donc aucun moyen d'éviter la misère? Si, le devoir de l'État d'accord avec son intérêt, est de venir efficacement en aide à tous ceux voulant quitter une profession inutile, pour travailler à produire les choses indispensables qui lui manquent. ”
“ Travailleurs, vos actes répondront ! Les théoriciens politiques, les économistes, vivent, ordinairement dans un milieu favorisé, ne voyant qu'un côté des choses, dédaignant l'opinion générale et ses manifestations, enfermés dans un cercle d'idées au-delà duquel ils ne voient rien. De même que les partisans de. politiques séculaires, ils sont déplacés dans le gouvernement d'une nation libre, ce gouvernement devant s'inspirer des événements et non d'un système, et être pour cela continuellement en contact avec le seul directeur ayant droit d'agir. ”
“ Si l'on eût appliqué à l'amélioration des campagnes les sommes fabuleuses englouties dans ces dépenses, les ouvriers des villes y auraient afflué, ils auraient transformé le sol, bénéficié de leurs efforts ; la France prospère vivrait en paix. Elle n'aurait pas à étayer avec des cadavres son système financier. Des spéculateurs ne réclameraient pas sans cesse le sang de ses enfants sous prétexte d'assurer son existence. Une éducation molle, faussée pour les besoins de la sécurité gouvernementale, contribua à éloigner les jeunes gens des travaux fatigants. ”
“ Alors pour stimuler et propager cette fantaisie profitable pour eux, les maîtres ouvriers varièrent les compositions, ajoutèrent au luxe des détails. De nombreuses commandes affluèrent et commencèrent à développer notre commerce d'exportation. Les étrangers payaient largement, les fabricants trouvèrent dans leurs abondantes demandes, une source de richesse, facile à exploiter, cela les conduisit à accroître le personnel ouvrier devenu insuffisant, ils attirèrent les jeunes travailleurs des campagnes, facilement décidés par l'attrait de gains plus élevés et de travaux moins pénibles. ”
“ Ouvriers, vos groupes divisés sont réduits à l'état de coteries insignifiantes, dédaignées et sans force. Réunissez-vous, concertez-vous pour étudier les projets dont la réalisation vous est utile, et prenez dès à présent l'engagement de ne voter que pour des députés résolus à travailler énergiquement à leur acceptation. Travailleurs studieux, il en est près de vous un trop grand nombre, dont l'intelligence est encore endormie, qui restent indifférents devant vos efforts pour améliorer, ou préconisent la force au triomphe passager. ”
“ La révolution sociale ne peut surgir des barricades entre le sifflement des balles, le bruit du canon, et les cris des mourants. Elle ne peut non plus sortir tout à coup de l'urne électorale. Elle viendra vers vous au fur et à mesure de la transformation de vos idées et de vos moeurs, lorsque vous serez bien convaincus que votre travail et celai des agents nationaux, doit être exclusivement appliqué à donner le nécessaire à tous, et qu'il vous faut l'assurer avant de songer au superflu. ”
“ Et vous que ferez-vous, ouvriers sans vivres, aujourd'hui nourris par l'étranger en échange d'un numéraire qui va manquer? Les campagnes produisent assez pour elles. Elles le garderont. C'est sur vous, ouvriers des villes, sur vos familles, sur vos sept millions de têtes, que la faim s'abattra tout à coup. ”
“ L'erreur est grande, on n'est pas vis-à-vis de l'épargne, mais seulement vis-à-vis de rentrées, produites par la stagnation commerciale, provenant de la suppression de débouchés extérieurs; on ne fait pas circuler du numéraire, mais seulement du papier qu'on cherche à utiliser, car ainsi qu'on peut le remarquer; depuis longtemps dejà, l'échange intérieur se fait au moyen de papier de banque, ne représentant plus, qu'un crédit accordé par habitude, sans confiance et faute de mieux. ”
“ Tant qu'il en sera ainsi, n'espérez aucune amélioration. Pour les obtenir, le concours de toute la nation est indispensable, il est vrai ; mais c'est à vous, qui devez en bénéficier, à accomplir les premiers efforts. De qui donc attendez-vous ces efforts nécessaires ? Les riches possédant la force que donnent l'organisation et la science, vont-ils s'empresser de s'en dessaisir pour faciliter l'exécution des menaces qui leur sont prodiguées ? ”
“ Jeunes pères de famille auxquels l'âge laisse encore de longues années de vigueur, joignez-vous à vos jeunes amis. Quittez s'il est possible, ces cités opulentes, bagnes du travailleur; où les enfants s'étiolent, où germent les faux orgueils, les haines hypocrites, les vices, les désespoirs, les morts prématurées. ”
“ Si, réciproquement, vous vous, engagiez à les traiter en élèves dont le temps est précieux pour l'avenir, et non en porte-charges. Si vous vous engagiez à les respecter, à les traiter en intelligences destinées à régénérer, à vous donner une vieillesse heureuse, et non en êtres destinés à perpétuer l'insouciance et la grossièreté. Que ne contrôlez-vous l'emploi des impôts qui grèvent vos salaires? Que ne vous assurez-vous si l'équité, la sagesse, ont inspiré les lois réglant vos rapports sociaux ? ”
“ Tant que la France n'aura pas sérieusement organisé un système général de renseignements, permettant à chaque père de famille de comparer les besoins à la production, il ne saura placer ses enfants dans les professions utiles, dont les produits sont insuffisants; l'équilibre dans la distribution des salaires sera impossible, et la misère restera malgré tous les efforts la suprême directrice des évènements. ”
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