“ C’était un homme raisonnable et non le fou passionné que fut Wagner. Il était modeste, si la modestie n’exclut pas, implique même une juste appréciation de soi-même. D’aucuns penseront qu’il manquait de génie, si le génie du moins est apparenté avec la folie ou avec la passion tumultueuse et sans frein. La vie de Brahms ressemble trop à celle d’une foule de bons bourgeois allemands, très pondérés, très équilibrés : et voilà qui lui fait du tort. Nous n’imaginons pas volontiers qu’un artiste puisse être si sage, si tranquille, si peu différent du commun des mortels. ”
Paul Landormy
Résumé
“Brahms”, est une œuvre de Paul Landormy. Des thèmes tels que Brahms, Clara Schumann ou sonate y sont abordés.
Citations de Brahms (Paul Landormy)
“ Et puis, une nature affectueuse n’est pas nécessairement — n’est peut-être pas souvent — une nature très passionnée. Or un artiste ne se marie point comme un autre homme et, pour risquer cette grande aventure qu’est toujours un mariage dans une vie comme la sienne, pour risquer de croupir dans la misère et de ne point écrire les chefs-d’œuvre dont il rêve, il faut qu’il soit entraîné par une violente passion. Cette passion irrésistible, Brahms ne l’éprouva jamais. C’est ce qui explique la nature très particulière de ses rapports avec Clara Schumann. ”
“ Ce Hans de Bülow, qui en 1867 écrivait en parlant des œuvres de Brahms : « Pour moi, ce n’est pas de la musique », et encore : « Que m’importent les Br’s ? Brahms, Brahmüller, Brambach, Bruch, Bragiel, Breinecke, Brietz ? Ne parlons plus d’eux... Le seul qui m’intéresse est Braff ! » le même Hans de Bülow, en quête sans doute d’une nouvelle religion artistique depuis sa rupture avec Wagner, avait fini par jeter son dévolu sur Brahms. « Bach, Beethoven et Brahms ! » ”
“ Il pleura ceux qu’il vit disparaître. Il souffrit du vide relatif d’une existence qui ne pouvait être entièrement remplie par l’art auquel il avait voulu la consacrer. Mais il eut aussi (outre ses joies d’artiste) , ses plaisirs, un peu lourds et sans grande délicatesse, pour racheter ses ennuis et ses peines. Qu’y a-t-il en tout cela qui dépasse grandement la mesure de l’humanité moyenne, de l’humanité médiocre ? Je sais bien que quelques-uns de ses admirateurs ont tenté de dramatiser la psychologie de Brahms, d’y introduire, non pas du romanesque, mais plus et mieux, du tragique. ”
“ Son affection pour le jeune artiste est autant d’une mère que d’une amie : « Je l’aime comme un fils », dit-elle. Elle voudrait le marier ; elle sent qu’il a besoin d’un foyer ; elle le lui dit en 1862 : « Tu es jeune encore, tu trouveras ton repos. Tu te marieras, tu trouveras ton bonheur. » Elle revient souvent sur ce sujet : « Prends donc une jeune et jolie femme, avec un peu d’argent ! Ce serait délicieux ! » Vraiment si l’amitié de Clara Schumann pour Brahms fut quelque peu teintée d’amour, c’est d’amour bien pâle et bien peu exigeant [9] . ”
“ Ne nous donne-t-on pas pour de cruelles angoisses et de violents désespoirs ce qui ne fut peut-être qu’un peu d’humeur noire ? L’homme qui aurait éprouvé de telles tortures morales en aurait exprimé quelque chose d’abord dans ses œuvres, — qui, malgré tout ce qu’on cherche à en tirer aujourd’hui par des interprétations excessives, ne semblent point traduire une telle exaltation de vie intérieure, — ensuite dans ses actes, et nous savons à quel point l’existence de Brahms ressembla peu à celle d’un martyr de la lutte entre la chair et l’esprit. ”
“ Elle trouve de plus auprès de lui l’occasion de rêver, de s’émouvoir, de dire des mots tendres, de parler de son âme et de sa soif d’idéal ; ces épanchements du cœur lui sont absolument nécessaires et l’occupent beaucoup plus que l’homme à qui elle se confie. Ils la reposent de ses soucis domestiques, de ses affaires, de ses tournées de concerts. Elle ne néglige point pour autant ses intérêts pratiques : c’est une femme de tête et d’ordre. Ses succès de pianiste lui rapportent d’importants bénéfices : elle sait les préparer. ”
“ Cependant il n’oubliait point sa patrie : il l’aima toujours d’un amour fidèle et il y eût bien volontiers accepté quelque situation officielle. Ses concitoyens ne lui offrirent jamais la direction d’aucune société musicale. Ce fut une grosse déception pour Brahms. Il souffrit de ce dédain. L’estime des gens de son pays lui eût été plus précieuse que toute marque d’approbation venue d’ailleurs. Il espéra longtemps être rappelé à Hambourg. Il se lassa d’attendre. Mais il ne se résigna jamais complètement, et ce n’est qu’à son corps défendant qu’il finit par s’établir définitivement à Vienne. ”
“ Nous croyons être entrés déjà dans le développement, et quand revient le thème du début en sol majeur, nous avons inévitablement l’impression d’une « réexposition ». Nous sommes encore trompés, car c’est une fausse reprise, et c’est justement là que le développement commence. Le développement est extrêmement ingénieux et varié ; il est toujours vivant. Mais, ici encore, il nous semble que Brahms n’a pas su conduire ses modulations de telle sorte qu’au dernier retour du thème principal dans la tonalité du début nous ayons l’impression de quelque chose de désiré, d’attendu. ”
“ Brahms est de cette espèce d’hommes, plus affectueux justement que passionnés, qui ont pour leur mère une telle tendresse, qui vivent avec elle dans une telle intimité de pensées et de sentiments, qu’il ne peut être question pour eux du mariage. Comme l’a fort bien indiqué Litzmann, un lien de ce genre unissait Brahms si étroitement à Clara Schumann, comme à une mère ou à une sœur aînée, qu’il ne put donner entièrement son cœur à aucune autre femme et qu’il préférait à toute autre cette façon de le donner. ”
“ Tout de suite, Joachim remarqua en Brahms « un talent de composition exceptionnel et une nature qui ne pourra se développer intégralement que dans la retraite la plus solitaire, pure comme le diamant, délicate comme la neige... Son jeu est plein de feu, d’une énergie fatale, et d’une précision rythmique qui révèlent l’artiste. Ses compositions contiennent plus de choses intéressantes que je n’en ai jamais rencontré dans les œuvres d’un jeune homme de son âge ». ”
“ Suivons-le dans ses voyages en Italie, avec ses amis, descendant de préférence dans les bons vieux hôtels où l’on peut vivre sans façon, « échangeant certain jour un baiser d’adieu avec la nièce de son hôtesse, toujours levé dès l’aube, et couché dès le crépuscule », toujours prêt à partir en course, secouant l’indolence de ses compagnons, réveillant leur ardeur d’un bon mot, s’enthousiasmant pour les chefs-d’œuvre de l’art comme pour les beautés de la nature, admirable fourchette et buveur intrépide, est-ce là un homme malheureux, rongé par un souci cuisant ? ”
“ Nous voulons toujours savoir où notre cœur nous mène. Qu’importe à une âme de Germain ? Son rêve a besoin de ces indécisions. Et puis Brahms est un artiste et il écrit à une autre artiste. En pareil cas, une certaine exaltation du sentiment est de rigueur. Soyons assurés que Brahms n’hésitera pas à user d’expressions exagérées ou même qui déplacent la vérité pour donner plus d’allure à son style, et en même temps pour complaire à son amie en fournissant un aliment à ce besoin confus de tendresse et d’idéal qu’elle a si souvent manifesté devant lui. ”
“ D’autre part, Brahms, qui voyait l’illustre pianiste se fatiguer en d’interminables tournées de concerts, se préoccupait de sa santé alors très ébranlée ; mais il ne sut pas lui faire accepter, en usant des précautions indispensables, l’idée d’un repos utile. Au début de 1868, il lui écrivit une lettre assez maladroite, dont elle fut certainement vexée. Une artiste si fêtée ne pouvait accepter sans chagrin, sinon sans révolte, l’idée de ne plus jamais paraître en public, et de renoncer prématurément à une carrière des plus brillantes : Clara Schumann n’avait pas encore cinquante ans. ”
“ Ils ont parlé d’un conflit émouvant qui se serait élevé en sa conscience entre les éléments contradictoires de sa nature et aurait fait de son existence, en apparence si unie, un perpétuel combat, un déchirement intérieur de tous les instants. Ils ont insisté sur l’opposition des deux hommes que fut Brahms et dont l’un renia toujours l’autre, sans pouvoir le réduire à l’impuissance : le rêveur épris d’idéal d’un côté, le jouisseur fortement attaché à la matière de l’autre. ”
“ En 1854 Brahms avait vingt et un ans. Clara Schumann en avait trente-cinq. Quelle fut exactement la nature des relations qui s’établirent entre eux ? C’est un point qui reste, comme toujours en pareille matière, assez mystérieux. On a fait toutes les suppositions. Il y en a d’absolument invérifiables que nous renonçons à examiner. Du fait matériel d’une liaison non-platonique, — qu’elle ait été passagère ou durable —, on ne peut rien savoir en l’absence d’un aveu explicite. Dans cet ordre de choses tout est possible, même l’invraisemblable, même l’absurde. ”
“ Il devient vite très compliqué, et prend de vastes proportions. Brahms use de toutes les ressources de sa jeune science. Il prend pour modèles les grandes architectures beethovéniennes, peut-être le fameux Trio à l’Archiduc. Cette musique est un peu trop touffue : mais elle n’est pas ennuyeuse. On sent la vie, la fougue, la hardiesse sous toutes ces subtilités. Un moment, la lumière revient ; le thème principal est repris tout au long. Puis le développement repart et prend cette fois la forme d’une fugue que clôt une péroraison majestueuse tirée du premier thème élargi. ”
“ Il est certain que sous ce corps qui devint épais et qui eut des exigences très prosaïques, se cachait une âme douce, tendre et timide, une âme d’enfant. La correspondance de Brahms avec Clara Schumann nous la révèle en partie. Nous savons quels rapports affectueux il entretint avec sa belle-mère et avec quelle délicatesse il ne se contentait point de lui assurer le nécessaire, mais l’obligeait encore à accepter de l’argent pour ses plaisirs et pour ceux de son fils : il paya ainsi plusieurs fois de beaux voyages à « l’autre Fritz ». Il fut le plus fidèle et le plus dévoué des amis. ”
“ L’ŒUVRE LA MUSIQUE DE PIANOET LA MUSIQUE DE CHAMBRE Les premières œuvres de Brahms sont écrites pour le piano. C’est tout naturel : il était pianiste et songeait à la carrière de virtuose. Les seules sonates pour le piano que Brahms ait jamais composées portent les numéros d’œuvres 1, 2 et 5. C’est une indication à retenir. Il n’y faut voir que des essais de jeunesse. D’autres compositeurs, il est vrai, Schubert, Schumann par exemple, ont débuté par des chefs-d’œuvre. Il n’en est point ainsi de Brahms qui a tâtonné avant de trouver sa voie et son style personnel. ”
“ Il faut se garder de mettre au premier plan cette danse, en l’exécutant avec trop de force et d’insistance. Elle y perdrait tout son prix Elle ne vaut que par la légèreté de son rythme et la fluidité de son contour mélodique. L’Allegretto grazioso qui sert de final à la sonate confirme les impressions de tranquille bonheur, de paix morale et physique que nous avait laissées l’Allegro du début. Rien de grand, de sublime en ces pages. Tout y est d’une beauté modérée, mais parfaite. ”
“ Mais voici Schumann qui, à Dusseldorf, accueille Johannes avec toute la bonté de son cœur si généreux, et qui, le 23 octobre 1853, dans la Neue Zeitschrift für Musik, signale le nouveau venu à l’attention des connaisseurs : « Il s’appelle Johannes Brahms. Il porte tous les signes qui annoncent l’élu... Dès qu’il s’assied au piano, il nous entraîne dans des régions merveilleuses... Saluons-le à son premier pas dans le monde, où il doit recevoir des blessures sans doute, mais aussi des lauriers et des palmes. Souhaitons la bienvenue au vaillant lutteur ! » ”
“ Heureux et malheureux, Brahms le fut tour à tour, comme la plupart des hommes, mais sans que le malheur ait occupé dans sa vie une place prépondérante, sans que l’amertume de ses réflexions sur la destinée humaine semble avoir gâté irrémédiablement ses plaisirs d’éternel voyageur, d’artiste, ou seulement de jouisseur. ”
“ Et alors, ils nous l’ont montré profondément malheureux avec « ses besoins de tendresse rentrés, sa mauvaise humeur et la résignation à une vie « mentale incomplète, sa timidité jalouse, qui veut donner le change par un abord escarpé et des manières bourrues, et cette passion qui doit se contenter d’aventures vulgaires, et ce rêve d’un foyer exquis et de toutes les délicatesses qu’on sait bien un peu ridicules lorsqu’on a un gros ventre et qu’on est un goinfre, destiné à mourir d’avoir trop bu et trop mangé... alors que pourtant on mourait tous les jours un peu de n’être pas aimé ! » ”
“ C’est du plus pur Brahms. Elle donne comme un souvenir des voix du cor dans la forêt, — ces voix qui ont été une véritable obsession pour les musiciens romantiques d’Allemagne, et pour Brahms en particulier. — Elle est langoureusement soulevée de sanglots syncopés, effet cher à Brahms. Et elle s’accompagne d’arpèges dans le grave du piano : encore une des particularités du style de notre auteur. La mélodie principale de l’Adagio sera remarquablement mise en valeur par l’opposition d’une sorte de marche funèbre qui amène une tendre plainte du violon [11] . ”
“ Dans les lettres de Brahms à Grimm, quelques mots mélancoliques évoquent le souvenir du bonheur entrevu et manqué Brahms reprend ses voyages ; et voici, bientôt, une grave nouvelle : son père songe à se remarier avec une certaine Caroline Schnack, âgée de quarante et un ans, deux fois veuve déjà et mère d’un garçon de seize ans. Johannes, très ému, revient en hâte à Hambourg. Il voit la veuve. Elle a bon visage : elle est active et prudente ménagère. Elle rendra le vieux Johann Jakob heureux : elle l’a déjà conquis par ses talents de cuisinière. ”
“ Il fait effort pour être grand, emporté, fougueux. L’effort se sent presque toujours. Il lui arrive de manquer le but, d’être pompeux et déclamatoire. Brahms a plus de bonheur dans l’invention des seconds thèmes, des thèmes mélodiques, féminins, qui conviennent mieux à sa nature tendre. Là, il est dans son élément, tout près du lied populaire. Et c’est pourquoi il réussira souvent les morceaux intermédiaires d’une sonate beaucoup mieux que le morceau initial et que le final. ”
“ Du reste, à Leipzig, où il les rencontra bientôt, Brahms reçut de Berlioz et de Liszt un accueil extrêmement chaleureux. Berlioz écrivait à Joachim le 9 décembre 1853 : « Brahms a beaucoup de succès ici. Il m’a vivement impressionné l’autre jour chez Brendel avec son Scherzo [6] et son Adagio. Je vous remercie de m’avoir fait connaître ce jeune audacieux si timide qui s’avise de faire de la musique nouvelle. Il souffrira beaucoup... » [7] . Brahms sentit peut-être qu’on voulait l’attirer dans une direction où, de lui-même, il ne s’était point engagé. ”
“ Si l’on ne voit en lui que le célibataire endurci qui, presque jusqu’à la fin de sa vie, conserva les habitudes de sa jeunesse, aimant à manger et à boire avec de joyeux compagnons, ne manquant ni une promenade au Prater, ni une « première » au Burgtheater, manifestant en toute occasion une bruyante gaîté, et prenant goût indéfiniment aux divertissements qui ne retiennent d’ordinaire que les tout jeunes gens, on peut juger qu’il ne se montrait guère difficile dans le choix de ses plaisirs et qu’il les voulait surtout nombreux et violents. ”
“ C’est ici que se place pour la première fois dans la jeunesse de Brahms une véritable histoire d’amour. Pendant un séjour qu’il fit auprès de son ami Grimm à Göttingen, Brahms connut une jeune fille, Agathe de Siebold, dont le père était professeur à l’Université. Agathe était jolie, vive, intelligente, instruite, douée d’une voix agréable, et elle chantait les lieds de Brahms avec beaucoup d’expression, surtout quand elle était accompagnée par l’auteur. Pendant deux mois d’été, les deux jeunes gens (Brahms avait alors vingt-quatre ans) se virent continuellement. ”
“ Une chose qui, chez Brahms, m’enchante autant que sa bonne humeur, disait Hanslick trois ans plus tôt, c’est son étonnante santé. À soixante ans, il ne se souvient pas d’avoir été une seule fois malade dans toute sa vie. Il marche comme un étudiant, et dort comme un enfant. ”
“ Mais le final, si bruyant, est insupportable et l’imitation de Mendelssohn y est sensible à toutes les lignes, depuis le tourbillon à 6/8 du début, jusqu’au second thème en valeurs égales, genre choral. Là, il ne reste plus rien de l’art délicat qui faisait l’attrait des sonates en sol et en la. Brahms parle un langage qui n’est plus le sien : il tombe dans la grandiloquence, dans le vide. ”
“ Il avait pleuré les parents ou les amis perdus sans trop faire retour sur lui-même, sans penser à sa propre fin. Il avait vécu jusqu’à soixante ans comme un enfant ou du moins comme un homme jeune et plein de vie pour qui l’idée de mort n’a point encore de sens. Cette bienheureuse ignorance, il va chercher, malgré les défaillances du corps, malgré le mal qui ruine visiblement l’organisme, à la prolonger encore. Il se raidira contre les premières atteintes de l’ennemie. ”
“ Le 7 mai 1833 Johanna mettait au monde un fils qui fut baptisé le 26 du même mois à l’église Saint-Michel sous l’unique nom de Johannes. La maison où Johannes Brahms est né existe encore aujourd’hui. Elle porte le n° 60 de la « Speckstrasse » ; haute maison de cinq étages, les deux derniers dans le toit, à fenêtres juxtaposées sans interruption sur la façade ; un escalier obscur conduit à une foule de petits logements. Tout un monde de pauvres gens vivait là, entassé. Les murs étroits de la vieille cité mesuraient la place à la population qui s’accumulait ainsi dans de grandes bâtisses. ”
“ L’HOMME Nous venons de raconter la vie de Brahms. C’est une vie tout unie : elle tient en peu de pages. Elle n’est point traversée de très grandes passions. En de longues périodes elle est paisible et douce, — ce qui ne veut point dire que cette existence si calme, en apparence au moins, n’offre aucun mystère à pénétrer. ”
“ Maintenant, quand il entrait au milieu d’une assemblée d’artistes, Brahms avait l’allure sans façon d’un homme qui brutalement impose sa supériorité, d’un homme qui sent toute la force de ce fait indéniable : une renommée positive, — que cette idée n’abandonne point un seul instant, et qui n’a pas la politesse d’attendre que les autres s’en souviennent. ”
“ Mais, pour la foule, le nom seul de Brahms est resté attaché à l’œuvre [5] . Son « arrangement » est du reste de premier ordre à tous les points de vue. Brahms a su trouver des combinaisons pianistiques d’une sonorité toute nouvelle et il a merveilleusement mis en valeur l’esprit de la musique tzigane avec sa crudité, sa sauvagerie, son ardeur frénétique, sa féline douceur et sa furie sensuelle. ”
“ Il préféra joindre au piano un instrument récitant. C’est ainsi que nous avons de lui deux sonates pour violoncelle et piano, trois sonates pour violon et piano, deux sonates pour clarinette et piano. Les Sonates pour violoncelle comptent parmi les moins réussies de Brahms. Déjà par elle-même la combinaison du violoncelle et du piano est ingrate. Il est impossible de faire sans cesse chanter le violoncelle dans l’aigu : il en résulterait une impression très fatigante. ”
“ La première Sonate pour violoncelle, op. 38 (1866) débute par un Allegro non troppo en mi mineur dont les idées sont assez banales. Suit un menuet sans grand relief. Pour terminer, une fugue ! Brahms retombe dans l’erreur déjà commise par Beethoven. C’est folie d’associer le violoncelle au piano dans la complication polyphonique des parties d’une fugue. L’attaque si nette, si claquante du piano rendra nécessairement indistinct et quelquefois rigoureusement impossible à percevoir le jeu par nature lourd et gris du violoncelle. ”
“ Il multipliera ses sorties, ses visites aux amis, ses dîners en joyeuse compagnie ; plus que jamais on le verra au théâtre, au concert, dans tous les lieux où le bruit, les lumières, le mouvement peuvent le divertir et chasser la crainte qu’il ne veut s’avouer. ”
“ Un andante se passe facilement de thèmes rythmiques, et à la fougue endiablée des Scherzos beethovéniens, Brahms substituera fréquemment le badinage alangui et encore sentimental de quelque ronde populaire, d’une valse, d’un ländler où l’intérêt mélodique est loin de le céder à l’importance du rythme. ”
“ Au printemps Brahms quittait souvent Vienne pour l’Italie. Pendant des années il passa l’été en Suisse, plus tard ce fut dans une « cure d’air » très aimée des Viennois, à Ischl. À partir de 1881, il alla tous les ans passer quelques jours à Meiningen, invité par Hans de Bülow, qui était devenu son grand admirateur, et reçu avec toutes sortes d’égards à la cour ducale. ”
“ Auprès de Marxsen, le jeune Brahms étudiait l’harmonie et la composition en même temps que le piano. La vie du petit musicien était bien pénible. Toujours se coucher tard et se lever tôt ! Travailler à la fois pour soi et pour les autres ! Après un hiver particulièrement fatigant, il faillit tomber malade. Un amateur de musique, qui connaissait son père, et qui avait remarqué les admirables dispositions du fils, Adolf Giesmanu, l’emmena chez lui à la campagne pour reprendre des forces au grand air. Ce furent pour Johannes de merveilleuses vacances. ”
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