“ L’œil est très fin, la figure ouverte. C’est le vieux libéral. Il est tout à fait l’homme de ses livres. Je m’attendais à ce décor, à cette modération, à ce laisser-aller. Faguet est un causeur admirable, plein de mots qui jaillissent. Il parle comme il écrit ses articles. J’ai conservé de cet homme de juste milieu, de sens commun, une impression très vive. Il m’est apparu plein d’esprit, de douceur et d’humanité. Je lui dis la place qu’il occupe chez nous. Nous utilisons sa pensée à l’enseignement des nôtres. Il a de gros succès de librairie au Canada français. ”
Citations sur “André Faguet”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Si intéressans et suggestifs que soient, en eux-mêmes, les essais politiques et littéraires qu’a multipliés Emile Faguet en ces dernières années, il ne me semble pas qu’ils soient de nature à modifier l’idée qu’auparavant nous pouvions déjà nous former de son tour d’esprit et de son talent. Qu’on veuille bien ne pas se méprendre sur ma pensée. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Ces travaux d’ailleurs ne nous renseignent pas seulement sur les écrivains qu’ils ont pour objet d’étudier ; ils nous renseignent aussi sur M. Faguet lui-même, sur son tour d’esprit et ses tendances générales. Il est d’abord à remarquer que les purs artistes, poètes, romanciers, dramaturges, sont ceux qu’il a le moins bien traités. Sans doute il les comprend ; car qu’est-ce que ne comprend pas M. Faguet ? Mais pourtant, il entre moins en eux, moins volontiers, et comme avec regret ; on sent qu’il a pour eux une sympathie moins spontanée et moins profonde. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Celui qui parle ainsi, non sans injustice peut-être, c’est un écrivain de verve et de talent qui, de son propre aveu, s’est cantonné exclusivement dans la critique, et qui y a dépensé sans compter des trésors d’esprit, de bon sens, de lucidité et d’expérience morale. M. Emile Faguet, — car c’est lui, — est ici trop modeste, comme toujours. Il feint d’ignorer que la critique, telle qu’il la pratique avec quelques autres, exige des dons aussi rares que le roman, le théâtre ou la poésie ; il affecte même de croire qu’elle « n’a aucune espèce d’influence ; » en un mot, il oublie ses livres. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Pareillement enfin, les cinq volumes qu’il a consacrés à Rousseau, à l’occasion du bicentenaire, sont extrêmement curieux et tout foisonnans d’idées ; mais ils n’ont pas fait oublier, sur le même sujet, l’admirable étude de son Dix-huitième siècle. Bref, tous ces ouvrages développent, complètent, prolongent l’œuvre et la pensée d’Émile Faguet ; ils ne la renouvellent pas ; ils n’en manifestent pas un nouvel aspect. Et l’on pourrait, à la rigueur, les ignorer pour tenter de cette œuvre et de cette pensée une définition suffisamment exacte. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ « Le plus grand dérèglement de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » M. Faguet, lui, regarde la réalité face à face ; il s’efforce de la comprendre ; il essaie de l’expliquer ; il tâche de modeler sur elle sa pensée. S’il ne trouve pas toujours la réalité conforme à ses désirs, — qui, de parti pris, sont modestes, — il cherche dans la réalité elle-même le moyen de la corriger ; il demande aux faits des remèdes contre les faits. Il observe le réel, il en induit le possible, il indique le souhaitable. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Il y avait toujours eu dans M. Faguet, à côté d’un goût très vif pour les idées générales et les discussions abstraites, un besoin, non moins vif, de sentir la réalité toute proche, de ne pas la perdre de vue, de s’y appuyer toujours, bref une certaine défiance instinctive à l’égard des chimères de l’idéologie, des folles équipées de la raison raisonnante. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ La critique sous toutes ses formes, tel est, en effet, le domaine propre de M. Faguet. Un peu sévère quelquefois, nous l’avons dit, pour les purs artistes, pour les écrivains de pure imagination ou de sensibilité dominatrice, il est aujourd’hui sans rival dans la critique des écrivains à idées. Il y a des critiques dont les études, d’ailleurs ingénieuses et agréables, sont dépassées par les livres mêmes dont ils parlent ; tel n’est jamais le cas de M. Faguet : il remplit toujours toute la tâche du vrai critique : il rend un compte exact, fidèle des ouvrages qu’il étudie ; il les juge ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Mais combien d’autres, — sur Joseph de Maistre, par exemple, sur Benjamin Constant, sur Ballanche, sur Renan, — dont il sera difficile de surpasser, ou même d’égaler, la lumineuse et agile concision ! À ces nouveaux sujets d’études politiques et morales, M. Faguet applique toujours la même méthode d’analyse et de reconstruction que nous avons essayé de définir tout à l’heure ; mais cette fois, elle est appliquée à des esprits dans lesquels le critique entre pleinement, et qui ont agité des problèmes qui l’intéressent lui-même passionnément. ”
Jacques Bainville,
Le critique mort jeune
(1927)
“ Mais tenons-le déjà pour un dialecticien ingénieux et redoutable ; n'oublions pas surtout qu'il est un passionné de discussion. a Avec une pareille tournure d'esprit il ne paraît pas inéluctable qu'on devienne un critique universitaire. Préférant les philosophes à la philosophie, comme il le dit de quelqu'un avec qui il n'est pas sans affinités, M. Faguet n'était point né pour la spéculation hautaine et solitaire. Le goût des idées au degré où il l'avait, et qui fait qu'on aime à les expliquer, à les répandre, à les contredire, crée surtout des journalistes et des polémistes. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ « Le style d’un bon auteur, a-t-il dit quelque part, est avant tout le style d’une conversation entre « honnêtes gens » convenablement instruits [15] . » Jamais peut-être M. Faguet n’a réalisé plus complètement son idéal que dans ses livres sur les « problèmes politiques du temps présent. » On y retrouve toutes ses qualités habituelles : parfaite possession et domination des sujets traités, remarquable lucidité de l’exposition, vigueur entraînante de la dialectique, mais rehaussées peut-être par l’aimable familiarité du tour, par la vivante allure de la causerie. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Or, c’est une question de savoir si cela eût au fond mieux valu. Je suis de ceux qui hésiteraient fort à la trancher par l’affirmative . L’essentiel, après tout, en critique comme ailleurs, c’est peut-être encore d’être intelligent. Il y a un dernier reproche qu’on serait en droit d’adresser à M. Émile Faguet. Sa critique, comme d’ailleurs celle de Taine, est trop statique : elle immobilise, elle cristallise, si je puis ainsi dire, l’objet de son étude ; elle embrasse l’ensemble d’une pensée et d’une œuvre, et non pas la succession des époques d’une pensée et d’une œuvre ”
“ Elle s’exalte plutôt qu’elle ne s’aigrit ; elle ne se tourne pas du côté de l’action ; elle se tourne à se répéter elle-même indéfiniment, avec variété, si elle peut, avec un redoublement de preuves, d’arguments et de développements. Arnauld, s’il avait été privé absolument du droit de parler, aurait pu devenir un dangereux conspirateur. Sachant, malgré les gênes, que sa pensée arriverait toujours à tout le monde, il a écrit quatre-vingts volumes et n’a jamais conspiré. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Une quarantaine de volumes sont là pour témoigner, aux yeux de ceux qui savent lire, de ces quarante années de vie intellectuelle. « Dédaigneux de la musique, dédaigneux de la couleur, » spirituel, trop spirituel quelquefois, mais admirablement translucide, et vivant de la seule vie des idées qu’il exprime, le style de M. Faguet ne vise ni à évoquer, ni à peindre, mais uniquement à faire comprendre, et c’est à quoi il réussit à merveille : c’est essentiellement le style d’un « esprit penseur » appliqué à la critique. ”
Émile Faguet,
Revue des Deux Mondes
“ L’imagination sera toujours une faculté qui a quelque chose de primitif ; elle abonde chez les peuples jeunes, et dans les civilisations vieillies elle éclate chez les hommes primitifs à leur manière, nés de races obscures et assez incultes, de franche et naturelle sève. Un fils de garde forestier, un descendant de chasseurs bretons ou de hobereaux maçonnais, voilà nos poètes. Comme l’imagination d’un Musset, Parisien, fils de littérateur, est déjà moins puissante ! Constant est fils de lettrés et de philosophes ; il trouve une plume dans son berceau, et à douze ans il s’en sert trop bien. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Il n’est pas douteux tout d’abord qu’elle ne soit un peu subjective. C’est de l’impression personnelle qu’elle part, ce sont des impressions personnelles qu’elle met en œuvre. Une étude de M. Faguet, c’est un auteur, c’est une âme vue à travers son esprit. C’est donc là de l’impressionnisme, un impressionnisme très intelligent, si l’on veut, mais de l’impressionnisme. Le critique peut être parfois soupçonné de mettre dans ses représentations une logique qui n’est pas toujours dans la réalité. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Comme tous les hommes de sa génération, son imagination, sa pensée même en restèrent très fortement ébranlées : il dut se dire dès lors, j’imagine, qu’il était d’un bon citoyen d’aider ses compatriotes à voir clair dans les problèmes politiques et sociaux, et à les résoudre en esprit de justice, de charité et de vérité. Ne nous étonnons pas non plus de rencontrer chez M. Faguet un patriotisme très clairvoyant, ombrageux même et fort peu « pacifiste. » ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ En fait, peu d’esprits ont été plus armés, plus en défiance contre l’individualisme que M. Faguet. Seulement, s’il rend très volontiers à l’État ce qui appartient à l’État, il ne consent pas à tout lui sacrifier. Il reprend à son compte, et il développe, et il commente le mot célèbre de Benjamin Constant : « Le gouvernement en dehors de sa sphère ne doit avoir aucun pouvoir ; dans sa sphère, il ne saurait en avoir trop. » ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ « Par l’effet tout naturel, — écrivait M. Faguet, il y a huilans, — par l’effet tout naturel de causes qu’il serait bien inutile d’énumérer, tant elles sont évidentes, la plupart des hommes de lettres considérables qui ne s’étaient depuis vingt ans occupés que de littérature, se sont, depuis quelques années, préoccupés avec inquiétude, avec ardeur et même avec passion, de questions politiques. C’est M. Jules Lemaître, c’est M. Anatole France, c’est M. Coppée, c’est M. Brunetière. Je ne nomme que les plus grands. » À tous ces noms on peut joindre celui de M. Faguet. ”
Henri Malin, Un collégien de Paris en 1870… (1898)
“ Faget cherchait à se rappeler s'il avait vu cela quelque part, mais il ne se souvenait de rien. Nous pénétrâmes dans la galerie inférieure; presque aussitôt, je sentis quelque chose de glacial sur ma main; je levai les yeux. Le plafond très bas était constellé de bulles d'eau qui suintaient à travers la pierre et qui tombaient sur le sol détrempé. « Tiens, voilà qu'il pleut », dit Jules. Il avait raison; plus nous avancions, plus les gouttes se multipliaient nombreuses et serrées, comme une vraie pluie. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Car, si épris des faits qu’il soit, M. Faguet est trop, de sa nature, un « esprit penseur » pour ne pas avoir une doctrine liée, une philosophie politique. Ses vues théoriques sur cette matière, il les a exposées en un volume dont le titre seul est un symbole et un programme : le Libéralisme. M. Faguet se définit lui-même un « vieux libéral, » et son livre débute, en guise d’introduction ou de préface, par les deux Déclarations des droits de l’homme, celle de 1789 et celle de 1793. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Ne nous en étonnons point : il y avait entre l’auteur des Émaux et Camées et son critique une trop violente opposition de nature. Mais les écrivains qu’aime visiblement M. Faguet, et qu’il analyse et qu’il comprend à fond, ce sont ceux qui pensent, qui ont des idées. Et plus ils en ont, plus ces idées sont hautes et fortes, plus il est ravi, plus il leur est sympathique, mieux il les comprend et les fait comprendre. Son étude sur Montesquieu par exemple, dans son Dix-huitième siècle, c’est presque du lyrisme. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Ce « libéral » n’a pas peur du socialisme, et ni le mot, ni la chose ne l’effarouchent. Elles l’effarouchent si peu qu’il a, plus récemment, et dans le même esprit, repris et remis au point et développé son article de 1899 en un juste volume sur le Socialisme en 1907. Quelque « radical » que soit, de son trop modeste aveu, le « scepticisme » de M. Faguet touchant « sa force de persuasion, » le succès même de ce livre doit lui prouver qu’on le lit [16] ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ De fait, n’est-ce pas un peu un roman que ce livre où l’on nous fait assister à !a naissance et au développement des croyances, ou des « préjugés » qui nous paraissent former l’armature morale des sociétés civilisées ? Émile Faguet était peut-être avant tout un homme d’imagination, j’entends d’imagination philosophique. Ce positiviste qui, le plus souvent, s’attachait à ne pas quitter le solide terrain des faits, s’y dérobait quelquefois avec volupté, et s’échappait dans la région des idées pures ”
F. Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Et peut-être qu’enfin, pour juger George Sand, comme aussi bien tout romancier, il ne faudrait pas s’enfermer dans son œuvre, mais, au contraire, après l’avoir lue, s’élever au-dessus d’elle et la résumer par ses traits essentiels. M. Faguet, dans cette étude, me semble avoir tenu trop de rigueur à George Sand de la fable de ses romans, ou du moins y avoir attaché trop d’importance, et sans faire attention qu’il y a toujours dans le roman comme dans le drame ou la comédie une part d’artifice, de convention et de métier qu’une critique impartiale doit commencer par négliger. ”
“ Ce qui est le but d’un petit État ne peut pas tout à fait être réalisé par le grand, précisément parce qu’il est grand. Il n’y a pas un très grand inconvénient dans un petit État à ce que tout, ou presque tout, soit fait par l’État lui-même. Ces gens qui forment une fratrie sur un territoire de dix ou vingt ou trente kilomètres carrés, ils ont, je l’ai dit, même caractère, mêmes habitudes de vie, même religion, le plus souvent, même langue et même façon de la prononcer. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Le bon sens ainsi compris, s’il n’est pas plus rare que le génie, est assurément plus rare que le talent, — et il est plus précieux. C’est mieux qu’une qualité, c’est, par le temps qui court, une véritable vertu. Et c’est, en matière politique, la qualité, la vertu éminente de M. Faguet. ”
Léon Daudet,
Souvenirs des milieux littéraires…
“ De sorte que, pour faire sa cour à son directeur, Faguet, les soirs de Revue des Deux Mondes, se tachait un peu plus que de coutume, remettait de la sauce sur son pantalon. En critique littéraire ou dramatique, ce brave Faguet est aussi inconsistant que Brunetière, dans une autre formule. Il se permet d’être plaisantin. Il est diffus, incertain, d’une cuistrerie tellement poussée, par endroits, qu’elle semble voulue. ”
“ Il ne s’en inquiète que si quelqu’un veut empêcher les acteurs de jouer ou les spectateurs d’entrer ou de sortir. Tout cela, étant de police et d’ordre public, le regarde. Ce qui s’y pense et ce qui s’y dit ne le regarde aucunement. Il n’est pas auteur dramatique. De même il n’est pas théologien ni philosophe. C’est précisément à vouloir être philosophe, théologien et même auteur dramatique qu’il me met, moi, sous le joug, et qu’il se met, lui, dans une foule d’embarras inextricables, où il s’épuise et où il fait le plus souvent la plus piteuse figure du monde. ”
Victor Giraud , Revue des Deux Mondes
“ Mais tout ceci revient à dire que la méthode de M. Faguet, comme toutes les méthodes du monde, encore une fois, a ses inconvéniens. Seulement, il faut s’empresser d’ajouter que les inconvéniens seraient plus graves, si la méthode était maniée par des mains plus gauches, par des esprits moins consciencieux et moins vigoureux que M. Faguet. ”
