“ Elle conta ses craintes, la démarche chez Gundermann, la réponse de celui-ci, en mentant d’ailleurs sur la fièvre de trahison qui l’avait poussée. Et Daigremont s’égaya, s’amusa à l’effarer davantage, l’air ébranlé, près de croire que Gundermann disait vrai, quand il jurait qu’il n’était pas à la baisse ; car est-ce qu’on sait jamais ? c’est un vrai bois que la Bourse, un bois par une nuit obscure, où chacun marche à tâtons. Dans ces ténèbres, si l’on a le malheur d’écouter tout ce qu’on invente d’inepte et de contradictoire, on est certain de se casser la figure. ”
Gundermann
Définition et enjeux
Citations sur “Gundermann”
“ C’est notre système social entier à détruire... Ah ! Gundermann étouffant sous l’accablement de ses bons de jouissance ! les héritiers de Gundermann n’arrivant pas à tout manger, obligés de donner aux autres et de reprendre la pioche ou l’outil, comme les camarades ! Et Sigismond éclata d’un bon rire d’enfant en récréation, toujours debout près de la fenêtre, les regards sur la Bourse, où grouillait la noire fourmilière du jeu. ”
“ L’Universelle avait si miraculeusement grandi, pourquoi cette maison, soutenue par toute la chrétienté, ne serait-elle pas, en quelques années encore, la souveraine maîtresse de la Bourse ? Et il se posait en rival, en roi voisin, d’une égale puissance, plein d’une forfanterie batailleuse ; tandis que Gundermann, très flegmatique, sans même se permettre une moue d’ironie, continuait à guetter et à attendre, l’air simplement très intéressé par la hausse continue des actions, en homme qui a mis toute sa force dans la patience et la logique. ”
“ Brusquement, Moser, qui était allé rôder derrière le dos du célèbre Amadieu, en grande conférence avec un petit homme chafouin, revint très exalté, bégayant:«Je l'ai entendu, entendu de mes oreilles.... Il a dit que les ordres de vente de Gundermann dépassaient dix millions.... Oh! je vends, je vends, je vendrais jusqu'à ma chemise!—Dix millions, fichtre! murmura Pillerault, la voix un peu altérée. C'est une vraie guerre au couteau.»Et, dans la clameur roulante qui croissait, grossie de toutes les conversations particulières, il n'y avait plus que ce duel féroce entre Gundermann et Saccard. ”
“ Gundermann occupait là un immense hôtel, tout juste assez grand pour son innombrable famille. Il avait cinq filles et quatre garçons, dont trois filles et trois garçons mariés, qui lui avaient déjà donné quatorze petits-enfants. Lorsque, au repas du soir, cette descendance se trouvait réunie, ils étaient, en les comptant, sa femme et lui, trente et un à table. Et, à part deux de ses gendres qui n'habitaient pas l'hôtel, tous les autres avaient là leurs appartements, dans les ailes de gauche et de droite, ouvertes sur le jardin; ”
“ Gundermann venait d’entrer, le banquier roi, le maître de la Bourse et du monde, un homme de soixante ans, dont l’énorme tête chauve, au nez épais, aux yeux ronds, à fleur de tête, exprimait un entêtement et une fatigue immenses. Jamais il n’allait à la Bourse, affectant même de n’y pas envoyer de représentant officiel ; jamais non plus il ne déjeunait dans un lieu public. Seulement, de loin en loin, il lui arrivait, comme ce jour-là, de se montrer au restaurant Champeaux, où il s’asseyait à une des tables pour se faire simplement servir un verre d’eau de Vichy, sur une assiette. ”
“ En effet, Gundermann, un des premiers, s’était offert, pour éviter l’immédiate déclaration de faillite, avec l’extraordinaire sens pratique d’un monsieur, qui, forcé de mettre le feu chez un voisin, se hâterait ensuite d’apporter des seaux d’eau, afin que le quartier entier ne fût pas détruit. Il était au-dessus de la rancune, il n’avait d’autre gloire que d’être le premier marchand d’argent du monde, le plus riche et le plus avisé, ayant réussi à sacrifier toutes ses passions à l’accroissement continu de sa fortune. ”
“ Cela venait d’être fait pour une petite compagnie de chemins de fer, la maison d’émission avait tout ramassé sur le marché ; et les vendeurs, ne pouvant livrer, s’étaient rendus en esclaves, forcés d’offrir leur fortune et leur personne. Ah ! s’il avait traqué, effaré Gundermann jusqu’à le tenir, impuissant, à découvert ! S’il l’avait ainsi vu, un matin, apportant son milliard, en le suppliant de ne pas le prendre tout entier, de lui laisser les dix sous de lait dont il vivait par jour ! Seulement, pour ce coup-là, il fallait sept à huit cents millions. ”
“ En décembre, le cours de mille francs fut dépassé. Et alors, en face de l’Universelle triomphante, la haute banque s’émut, on rencontra Gundermann, sur la place de la Bourse, l’air distrait, entrant acheter des bonbons chez le confiseur, de son pas automatique. Il avait payé ses huit millions de perte sans une plainte, sans qu’un seul de ses familiers eût surpris sur ses lèvres une parole de colère et de rancune. Quand il perdait ainsi, chose rare, il disait d’ordinaire que c’était bien fait, que cela lui apprendrait à être moins étourdi ”
“ On le rencontrait sur les boulevards, le long de la rue Vivienne, avec sa face blême et impassible, son pas de vieillard épuisé, sans que rien en lui décelât la moindre inquiétude. Il ne croyait qu’à la logique. Au dessus du cours de deux mille francs, la folie commençait pour les actions de l’Universelle ; à trois mille, c’était la démence pure, elles devaient retomber, comme la pierre lancée en l’air retombe forcément ; et il attendait. Irait-il jusqu’au bout de son milliard ? On frémissait d’admiration autour de Gundermann, du désir aussi de le voir enfin dévorer ”
“ Moi, mon raisonnement est simple. Je suis avec Gundermann, parce que Gundermann, n’est-ce pas ? c’est Gundermann... Ça finit toujours bien, avec lui. — Mais, dit Pillerault ricanant, qui vous dit que Gundermann est à la baisse ? Du coup, Moser arrondit des yeux effarés. Depuis longtemps, le gros commérage de la Bourse était que Gundermann guettait Saccard, qu’il nourrissait la baisse contre l’Universelle, en attendant d’étrangler celle-ci, à quelque fin de mois, d’un effort brusque, lorsque l’heure serait venue d’écraser le marché sous ses millions ”
“ Si l’on acceptait le succès, il fallait bien accepter les risques. Quand on chauffe trop une machine, il arrive qu’elle éclate. Du reste, il n’avouait aucune faute, il avait fait, simplement avec plus de carrure intelligente, ce que tout directeur de banque fait ; et il ne lâchait pas son idée géniale, son idée géante de racheter la totalité des titres, d’abattre Gundermann. ”
Gustav Nieritz,
Le Sifflet magique, ou les Enfants de Hameln…
(1851)
“ Pourquoi obéissez-vous à un malotru et à son méchant garnement d'enfant ? Vous devriez tous être honteux d'être les très humbles esclaves d'un pareil homme. Aussi je vous laisserai un souvenir de ma personne. 84 LE SIFFLET MAGIQUE. — Pas de menaces ! dit Gundermann ; ce rôle ne convient point à un homme libre, à plus forte raison à... Il vous sied, bien, ma foi, de murmurer, de faire le rodomont, étant prisonnier. Le chasseur aux rats se moqua de l'observation de Gundermann. — Ne vous souvient-il plus, dit-il, de l'histoire du satrape Aman? ”
Gustav Nieritz,
Le Sifflet magique, ou les Enfants de Hameln…
(1851)
“ Tobias rendit grâce à Dieu de son départ. Il caressa le pauvre Pasch, comme pour le consoler d'avoir été battu, et le ramena au grenier. Lorsque le prévôt, qui se nommait Gundermann, porta de nouveau à manger à son prisonnier, celui-ci lui dit : — Eh bien! prévôt, avez-vous toujours mal au ventre comme hier? Je vais vous donner une poudre au moyen de laquelle vous n'aurez plus dorénavant de coliques. — Je le crois bien, répondit Gundermann. Celui qui prend de votre mort aux rats n'aura certainement plus mal aux dents de sa vie, non 5. 82 LE SIFFLET MAGIQUE. plus qu'aux doigts. ”
“ Plus de concurrence, plus de capital privé, donc plus d'affaires d'aucune sorte, ni commerce, ni marchés, ni Bourses. L'idée de gain n'a plus aucun sens. Les sources de la spéculation, les rentes gagnées sans travail, sont taries.Oh! oh! interrompit Saccard, ça changerait diablement les habitudes de bien du monde! Mais ceux qui ont des rentes aujourd'hui, qu'en faite vous? Ainsi, Gundermann, vous lui prenez son milliard?—Nullement, nous ne sommes pas des voleurs. Nous le rachèterions son milliard, toutes ses valeurs, ses titres de rente, par de bons de jouissance, divisés en annuités. ”
Armand Dubarry, L'Allemagne chez elle et chez les autres (1880)
“ Fier de ces largesses inespérées Gundling reprit son collier et s'appliqua à en tirer profit, soit en faisant payer cher aux officiers de cour, dont il était le plastron, aux diplomates, son influence qui était réelle, soit en vendant sa neutralité, son silence, sa qualité lui permettant de dire impunément, devant Sa Majesté, des choses dangereuses pour ceux qu'elles visaient. Tel était Jacob-Paul Gundling,le comte Gundling, auteur d'ouvrages d'érudition, le successeur de Leibnitz à l'Académie de Berlin. ”
“ Le saut était accompli, la pierre était là couchée à terre, et l’on n’avait vu personne d’autre que le guerrier Gunther. Brunhilt la belle devint rouge de colère ; Siegfrid avait sauvé Gunther de la mort. Quand elle vit le héros à l’autre extrémité du cercle hors de danger, elle dit à demi-voix à ceux de sa suite : — « Approchez vite, vous mes parents et mes hommes, vous allez devoir vous soumettre tous au roi Gunther. » Alors ces braves déposèrent leurs armes. Maint homme hardi se mit aux pieds de Gunther, le puissant roi du pays des Burgondes. ”
“ Le même précieux docteur, mis dans la confidence de la vente sous condition, avait composé un breuvage qui devait tromper tous les calculs de l’acheteur Mosès Geld, et prolonger la vie du comte au delà des limites d’un siècle. Tout allait pour le mieux, comme on le voit, et Gunther était entouré d’amis incomparables. Comme si le hasard eût voulu donner raison aux pronostics du docteur, Margarethe devint enceinte. — Tout le monde fut étonné ; le docteur fut le plus étonné de tous. ”
“ « Je vous dirai plus encore, ajouta l’homme hardi, touchant ce dont le roi vous prie lorsqu’il arrivera aux bords du Rhin. Si vous faites cela, ô dame, il vous en sera toujours obligé. « Je l’ai entendu exprimer le désir que vous receviez bien ses hôtes puissants et que vous lui accordiez d’aller à leur rencontre devant Worms, sur le sable. Voilà ce que le roi Gunther vous fait savoir avec ferme confiance. » La vierge digne d’amour parla : — « Je suis toute prête à le faire. Je ne refuserai jamais rien de ce qui pourra lui plaire. Il en sera fait ainsi en toute amitié. » ”
Albert Lavignac,
Le Voyage artistique à Bayreuth
(1897)
“ Les chasseurs, parmi lesquels se trouve Gunther, déposent le corps au milieu de la salle. La consternation est générale. La malheureuse Gutrune tombe évanouie en voyant sans vie celui qu’elle aimait. Gunther veut la relever ; mais, revenant à elle, elle repousse avec horreur son frère, qu’elle accuse d’avoir assassiné son époux. Gunther se disculpe et dévoile alors le crime de Hagen, qu’il maudit et voue au malheur et à l’angoisse. Le traître s’avance impudemment et proclame avec hauteur son acte odieux ; il exige comme droit de dépouille la bague qui brille au doigt du héros. ”
“ Et il y avait chaque jour, joie, plaisir et grand bruit devant la salle de Gunther, et dedans et dehors beaucoup de vaillants hommes. Ortwîn et Hagene firent merveille. Tout ce qu’on peut tenter, ils étaient prêts à l’accomplir, sans crainte ni retard, ces héros joyeux au combat. Ces guerriers furent remarqués par tous les hôtes. Ce fut un grand honneur pour le pays entier de Gunther. On vit s’avancer ceux que leurs blessures avaient retenus. Ils voulaient prendre part aux divertissements des convives et combattre avec la lance et le bouclier. Beaucoup joutèrent avec eux ”
“ Il n’avait perdu que soixante hommes. On devait les pleurer comme on pleura depuis beaucoup d’autres héros. Ceux qui étaient sains et saufs rapportaient au foyer de Gunther maints boucliers hachés, maints heaumes percés à jour. La troupe descendit de cheval devant la salle du roi ; pour cette cordiale réception, on entendait de grands cris de joie. On fit loger les guerriers dans la ville ; le roi pria qu’on les traitât avec grand soin. Il ordonna de veiller aux blessés et de leur procurer toutes les commodités nécessaires. On vit sa magnanimité à l’égard de ses ennemis. ”
Albert Lavignac,
Le Voyage artistique à Bayreuth
(1897)
“ Gunther frémit à la pensée de trahir celui qu’il a nommé son frère d’armes ; mais Hagen cherche à endormir ses remords : il lui rappelle à voix basse quelle puissance découlera pour lui de cet acte, puisqu’il le rendra maître de l’anneau. Gunther hésite encore en songeant à la douleur de Gutrune. Ce nom éveille toute la haine jalouse de Brünnhilde : cette femme qui a dû, par un charme, lui ravir son époux, il faut qu’elle soit châtiée dans son amour ; et Brünnhilde associe ses instances à celles de Hagen. Siegfried périra donc, Gunther s’y résigne ”
J.-J. Ampère,
Revue des Deux Mondes
“ Le jour où elle avait apparu à Gundiok sous le chêne, la harpe du vieux scalde à la main, Gundiok avait été frappé subitement de la beauté d’Hilda ; il avait ressenti une impression pour lui nouvelle en l’entendant parler et chanter en inspirée, au milieu des Francs étonnés et ravis. Jusqu’à cette heure, le cœur de Gundiok n’avait battu que pour la chasse et la guerre. On sait qu’un jeune Germain eût rougi de faire attention aux femmes avant l’âge de vingt ans, et d’offrir à une jeune fille de sa nation une main qu’il n’eût pas trempée plusieurs fois dans le sang de ses ennemis. ”
“ Ils avaient parlé de cette nuit terrible où l’âme de Gunther s’était éteinte au sommet de la tour du Guet. Ils avaient parlé du pacte fait avec Satan, et de l’héritier promis. Quelques-uns même avaient affirmé que l’enfer avait tenu parole, et qu’on verrait, quelque jour, en Allemagne, le fils acheté par le vieux Gunther au prix de son salut éternel. Ces choses plaisent outre-mesure aux imaginations allemandes. Les trois bâtards, qui se ressemblaient, disait-on, de cœur et de visage, n’eussent été par eux-mêmes que des héros de roman. ”
Anonyme, La Saga de Gunnlaug Langue de Serpent
“ « maintenant tu as le choix, » ajouta-t-il, « fais comme tu l’entends ; veux-tu que nous combattions tous ou nous deux seulement ? » Gunnlaug déclara qu’il aimait autant une manière que l’autre. En ce moment, Grim et Olaf, les parents de Hrafn, intervinrent en disant qu’ils n’entendaient point rester inactifs pendant la lutte. Ce fut également l’avis de Thorkel le Noir, parent de Gunnlaug. Alors Gunnlaug dit aux guides du jarl : « Vous resterez assis à cette place et n’aiderez aucun des deux partis afin de pouvoir rendre compte des péripéties de notre combat. » C’est ce qu’ils firent. ”
Anonyme, La Saga de Gunnlaug Langue de Serpent
“ VII Là-dessus, Gunnlaug mit à la voile, quitta l’Angleterre et se dirigea vers le nord sur Dublin [46] . Là régnait alors le roi Sigtrygg [47] , fils d’Olaf Kvaran et de la reine Kormlod. Il n’occupait le trône que depuis peu de temps. Gunnlaug se présenta aussitôt devant le roi pour lui offrir ses hommages. Le roi l’accueillit honorablement. Gunnlaug dit : « J’ai une poésie à vous réciter, seigneur, et je vous prie de m’écouter. » — « Jusqu’à ce jour, » répondit le roi, « personne n’a eu l’idée de réciter des vers en mon honneur ; aussi écouterai-je ta strophe. » ”
Anonyme, La Saga de Gunnlaug Langue de Serpent
“ Gunnlaug arriva à Uppsalir [62] au moment où les Suédois tenaient leur thing du printemps. Il parvint à s’approcher du roi et le salua. Le roi lui demanda qui il était. Gunnlaug répondit qu’il était Islandais. À la cour du roi Olaf vivait à ce moment Hrafn, fils d’Önund. « Hrafn, » dit le roi, « quel rang cet étranger occupe-t-il en Islande ? » Un homme se leva d’un des sièges inférieurs et s’approcha du roi en disant : « Seigneur, il appartient à une des meilleures familles et lui-même est un personnage des plus distingués. » — « Qu’il vienne alors et prenne place à côté de toi, » dit le roi. ”
