“ Être lady Bertram ! Mademoiselle Baker n’était point un ange ; il entrait dans sa composition un soupçon de vanité ; seulement, je doute que la vanité féminine ait jamais revêtu dans aucun cœur une forme plus pardonnable que chez elle. Le mariage, se disait-elle, produirait peut-être sur sir Lionel l’effet tant souhaité de réformer sa manière de vivre ; et combien un pareil résultat serait désirable ! Quelle œuvre glorieuse pour elle que de ramener un colonel dans le droit chemin ! ”
Lady Bertram
Définition et enjeux
Le thème de “Lady Bertram” a été abordé par des auteurs tels que Anthony Trollope, Jane Austen ou Walter Scott. Il est souvent associé à des termes comme Caroline, George, Harcourt, Henry ou M.
Citations sur “Lady Bertram”
“ En disant ces mots, sir Henry prit son chapeau et quitta la maison. Qu’aurait-il fait, si Bertram lui avait dit que lady Harcourt était chez madame Jones, dans la grande maison de briques rouges qu’on voyait de l’autre côté de la pelouse ? Que peut-on faire, en somme, à l’égard d’une femme rebelle ? On a dit depuis longtemps qu’il est sage de faire un pont d’or à l’ennemi qui veut fuir ; et qui donc un homme doit-il considérer comme son ennemi, si ce n’est sa femme, lorsqu’elle n’est point son amie ? Puis sir Lionel s’en alla à son tour en compagnie de M. Pritchett. ”
“ Une femme peut s’occuper de sa maison et de sa toilette, et pourtant il peut se faire qu’il lui reste encore trop de temps pour la réflexion. Sir Henry eût donné des dîners tous les jours, lady Harcourt s’en serait peut-être félicitée. Comment se conduire ? que dire ? que faire, lorsque George Bertram serait là en convive chez elle ? Comment pouvait-il être assez cruel, assez inhumain pour faire une chose pareille ? Le chemin de la vie était déjà si rude pour ses pauvres pieds meurtris ! ”
“ Vous n’avez pas d’idée comme nous sommes facétieuses, nous autres vieilles, quand nous nous trouvons entre nous ! Il n’y avait pas là un seul homme, si ce n’est M. Fuzzibell, et il ne compte pas. Mais il faut vous dire, sir Lionel, qu’une certaine amie à vous n’a pas eu l’air d’être très-contente quand on a appelé madame Shortpointz lady Bertram. ”
“ Même devant elle des mots désobligeants avaient été prononcés ; et alors Caroline s’était retournée vers son amie, avec un sourire amer, comme pour lui dire : « Voyez ce que c’est que d’être la femme d’un homme si considérable, d’un si grand personnage ! Quel beau mariage j’ai fait là ! » Mais, bien que ses regards parlassent ainsi, aucune plainte ne s’échappait de ses lèvres, — ni aucune confidence. Nous avons dit que sir Henry semblait voir avec satisfaction les visites de Bertram. Cela dura ainsi jusqu’à la grande soirée que donna lady Harcourt à la veille du départ d’Adela. ”
“ Le plus sage était de se servir d’elle, — de ne point la molester tant que vivrait son grand-père. Le vieil avare mort, il serait temps de se venger. En attendant ce moment, sir Henry ne gagnerait rien à pousser sa femme à bout. Toutes réflexions faites, il dit à la domestique qu’il désirait voir M. George Bertram. Le hasard voulut que George et lady Harcourt fussent ensemble au salon, et que mademoiselle Baker fût en ce moment occupée à veiller le malade au premier étage. Le salon touchait au vestibule, et Caroline, toujours inquiète, reconnut aussitôt la voix de son mari. ”
“ Mais je sais que je n’ai que moi à blâmer. — Allons donc ! Quelle idée ! Il faudra bien que vous alliez retrouver votre mari. — Jamais, monsieur Bertram, jamais. Je lui obéirai et à vous aussi ; je vous obéirai à tous deux si cela est possible, en tout, excepté en cela. Je ne puis obéir à personne pour cette chose-là. — Bah ! dit M. Bertram. Telle fut la réception de lady Harcourt quand elle revint à Hadley. Ni mademoiselle Baker ni Adela ne lui parlèrent beaucoup de ses affaires le premier jour. Sa tante, à vrai dire, ne lui en parla jamais ouvertement. ”
“ Ce court entretien à voix basse qui avait eu lieu entre Bertram et lady Harcourt — ce rapide instant d’épanchement — qu’Adela avait remarqué, avait attiré aussi l’attention de sir Henry, et pourtant, bien peu de paroles avaient été échangées. — Lady Harcourt, avait dit Bertram, comme vous vous acquittez bien de votre rôle de maîtresse de maison. — Vous trouvez ? avait-elle répondu. Que voulez-vous ? il faut bien savoir faire quelque chose. ”
Jane Austen,
Le Parc de Mansfield
“ Sa tante Bertram s’était rappelé que Fanny pouvait avoir besoin, pour une toilette de bal, de soins plus habiles que ceux de sa femme de chambre ; et quand elle fut habillée, elle envoya à Fanny madame Chapman, sa propre femme de chambre, pour l’aider. Mais miss Price sortait de son appartement, complètement habillée, lorsque madame Chapman s’y présenta. Fanny n’eut qu’à la remercier, et fut aussi sensible à cette attention que lady Bertram ou madame Chapman pouvaient le désirer. ”
“ Elle agrandit tous les jours le cercle de ses chers, et bons amis, et, qu’elle aille où elle voudra, elle fait toujours plus de bien aux autres qu’ils ne lui en font. À elle aussi, nous tirons un dernier coup de chapeau. Il ne nous reste plus à parler que de George Bertram et de lady Harcourt, ainsi que de mademoiselle Baker, qui désormais sera inséparable de sa nièce. Dès que la première surprise occasionnée par la mort de sir Henry Harcourt se fut calmée, Bertram comprit qu’il lui serait impossible de voir tout de suite Caroline. ”
“ Les motifs qui dirigent généralement les hommes dans leur conduite ne sont pas seulement très-variés, ils sont encore, pour la plupart, de nature mixte. Bertram, en songeant ainsi à lady Harcourt — à cette Caroline Waddington qui jadis avait dû être à lui — ne se proposait aucun acte perfide ou infâme, il ne rêvait pas la satisfaction d’un malheureux amour, et la honte pour cette femme que le monde croyait aujourd’hui si heureuse ”
Jane Austen,
Mansfield Park
(1814)
“ Parler du terrible évènement avec Fanny, parler et se lamenter, c’était là toute la consolation de lady Bertram. ”
“ Un homme qui a des principes ne soutiendra jamais une femme dans sa désobéissance à l’égard de son mari. — Mon père, dit George, lady Harcourt n’est pas sous ma garde. Elle est juge de ses actions dans cette affaire. — Vous trouvez ? dit sir Henry. Il lui faudra apprendre qu’il n’en est rien, et cela avant peu. Me direz-vous où elle est ? — Je ne vous dirai rien à son sujet, sir Henry. — Tu as tort, George, tu as tort, dit sir Lionel. Si tu sais où se trouve lady Harcourt, tu es tenu de le dire à son mari. Franchement, c’est mon avis. ”
“ Ô lecteur, mon frère ! quand tu vois de pareils manèges se déployer vis-à-vis des autres hommes, ton cœur se gonfle de fiel et tu flétris hautement ces ruses, — qui sont si féminines, bien qu’elles soient indignes d’une femme. — Mais qu’éprouves-tu quand cette même comédie se joue à ton intention ? Le fiel est moins noir et moins amer, la condamnation moins absolue ; ton propre mérite semble excuser la préférence qu’on te montre ; ton cœur accorde d’abord le pardon et puis l’approbation. N’en est-il pas ainsi, mon frère ? Ce fut là du moins ce qui arriva à George Bertram. ”
“ Si George Bertram n’eût pas été l’homme le plus irrésolu et le plus faible de la terre, il aurait quitté Londres, — du moins pour quelques mois, — à la suite de ce bal. Il se dit et se redit vingt fois qu’il était de son devoir de partir. Jusqu’à ce jour il s’était toujours posé la question ainsi : Qu’avait-on fait pour lui, qu’il dût considérer les autres ? Mais maintenant, tout avait changé d’aspect. Il se trouvait que c’était lui qui avait eu les plus grands torts ? Caroline ne lui avait-elle pas dit elle-même qu’elle était malheureuse aujourd’hui parce qu’il avait été jadis implacable ? ”
“ Si une femme dit à un soupirant qu’il ait à attendre quelque peu sa décision, il se croit parfaitement en droit de faire savoir au monde entier qu’elle consent à lui appartenir. Chacun sait ce que veut dire une jeune fille, quand elle renvoie à ses parents pour sa réponse. Il faut que le ton d’une femme soit décidé, — très-décidé, — si elle veut que son « non » soit pris au sérieux. Or, le ton de Caroline n’avait pas été très-décidé, tant s’en faut. Quelles que fussent les pensées ou les espérances de Bertram, il n’en parla plus pour le moment, il redescendit la côte en silence avec Caroline. ”
Charles Robert Maturin,
Bertram, ou le Château de St-Aldobrand…
“ Va ! porte ton fils tremblant dans tes bras adultères, et fais de lui l’objet du mépris public. Pauvre créature ! l’implacable ennemi de son père le plaint, et sa mère n’en a pas pitié ! Banni par ses égaux, et condamné à la honte, une pensée amère dévorera son cœur dans la solitude et dans l’opprobre... Il dira : « Ma mère étoit une misérable ! » Imogène, tombant à genoux. Je suis une misérable ; mais qui m’a rendue ce que je suis ? Je me prosterne devant toi, comme une épouse indigne, mais qui du moins ne mérite pas ta colère ! Bertram, prends pitié de moi ! ”
Charles Robert Maturin,
Bertram, ou le Château de St-Aldobrand…
“ Imogène. Je ne puis... je succombe !... que je meure ! Bertram. Non ! il faut que tu vives dans un monde qui te reprochera l’existence ! Une femme dont les égaremens seront cités par les mères pour l’instruction de leurs filles ! une femme qui seroit méprisée des plus viles esclaves de la débauche ! une femme que les justes ne nommeront pas sans se signer, et dont la pensée est pour les démons un éternel sujet de triomphe ! ”
“ Sir Henry Harcourt s’était marié, et il avait conduit sa jeune femme à Paris et à Nice ; sir Lionel Bertram avait essayé de se marier, mais sa femme — celle, du moins, dont il avait espéré faire sa femme — s’était enfuie toute seule à Hadley ; et, pendant tout ce temps, George Bertram avait vécu solitairement dans son triste et sombre logement de Londres. Il aurait souhaité d’être complètement solitaire ; mais, au moment où sa douleur était le plus amère, son père était venu le trouver. ”
“ Bertram avait bien des défauts, et elle y avait souvent pensé quand il lui avait appartenu, mais il avait aussi bien des qualités, et, maintenant qu’elle l’avait perdu, ce n’était plus qu’à ses qualités qu’elle pouvait penser. Elle avait dit qu’il était parti pour toujours, et il ne lui avait pas été difficile de dire cela d’une voix calme à mademoiselle Baker. Rien de plus facile que la bravade. Le misérable qui va être pendu monte d’un pas léger à l’échafaud quand la foule le regarde. La femme qui perd tout ce que son cœur aime dira tout haut que cela lui est indifférent. ”
“ Son fils avait montré de l’indépendance ; l’oncle avait prouvé le vif intérêt qu’il portait à son neveu, et sir Lionel avait pu emprunter à son fils une somme de six mille francs qui lui était, dans ce moment-là, très-particulièrement utile. Le triomphe de Bertram l’enrichit de tous les côtés, car son éditeur lui paya fort cher son œuvre sceptique. Le scepticisme qui réussit a toujours un avantage : il rapporte de l’argent. ”
“ Bertram connaissait-il le secret de son cœur ? Ce secret qui une fois, une seule fois, lui était involontairement échappé, Caroline le lui avait-elle dit ? Avait-elle été à ce point perfide ? — fausse en amitié comme en amour ? — Adela, Adela, pourquoi ne nous sommes-nous pas rencontrés plus tôt dans cette vie ? Oui, — vous et moi. Ces derniers mots il les ajouta après qu’elle eut vivement retiré sa main. Car elle l’avait bien vite retirée, et moins vite relevé son visage tout inondé de larmes pour soutenir bravement tout le poids du regard de Bertram. ”
“ Dites-lui que, si je pars sans la voir, c’est que je veux lui épargner un chagrin. Adieu, Caroline ; que Dieu vous garde ! Et il lui tendit la main. — Adieu, monsieur Bertram. Elle aurait voulu ajouter quelque chose, mais elle craignit de se laisser aller à quelque parole trop tendre. Elle lui donna la main cependant, et répondit à son étreinte. ”
“ Mademoiselle Caroline Waddington était la petite fille de M. George Bertram l’aîné, et par conséquent, pour m’exprimer avec toute la netteté possible, — elle était nièce, à la mode de Bretagne, de son amoureux, M. George Bertram le cadet. C’est là un degré de parenté qui, Dieu merci, n’exclut ni l’amour ni le mariage. ”
“ Harcourt refusa d’abord. Une voulait pas être condamné à vanter une femme qu’il supposait ne pas devoir lui plaire ; aussi tâcha-t-il d’échapper à la corvée. Mais Bertram tint bon, et il fut enfin convenu qu’ils iraient ensemble à Littlebath. Tout ceci se passait vers la fin de l’hiver. Dans l’intervalle, mademoiselle Baker avait, selon sa promesse, vu M. Bertram, et la réponse de l’oracle de Hadley, comme presque toutes les réponses d’oracle, avait été fort ambiguë. Le vieillard n’avait montré ni colère ni plaisir en apprenant ce qui s’était passé. ”
“ Cette visite avait été promise depuis longtemps, — depuis bien longtemps, car c’était à madame George Bertram qu’elle avait dû être faite dans l’origine. Chacun sait comment de telles promesses survivent à leurs causes. Caroline avait continué à en réclamer l’exécution longtemps après qu’elle eut compris que la présence d’Adela ne lui apporterait aucun plaisir, et celle-ci n’avait pas osé se dégager de peur de paraître infliger un blâme. Mais elle comprenait bien que Caroline Harcourt ne serait jamais pour elle Ce qu’eût été Caroline Bertram. ”
“ Tout en marchant à ses côtés, Bertram se demandait ce qu’il fallait penser de la réponse de Caroline. Si on ne reçoit pas d’une femme un refus absolu, on est toujours fort disposé à croire que sa réponse, quelle qu’elle soit, renferme quelque espérance. Les femmes en sont tellement convaincues elles-mêmes, qu’à moins d’un non péremptoire, elles se considèrent comme à peu près engagées. ”
“ On lui avait dit d’aller voir madame Stistick, et elle y était allée ; on lui disait de recevoir M. Bertram, et elle était toute prête à le recevoir. En supposant que sir Henry eût pu convier à sa table les anges du ciel et les démons de l’enfer, elle eût accueilli les uns et les autres avec une égale aménité. Elle faisait son devoir, et cela devait naturellement plaire à un mari assez disposé à avoir une volonté ; mais le devoir lui-même, quand il est tout seul, peut finir par lasser un mari, et un homme peut en arriver à désirer que sa femme le contrarie quelquefois. ”
Charles Robert Maturin,
Bertram, ou le Château de St-Aldobrand…
“ Le souvenir de celui qu’elle aimoit ne lui apparoissoit plus que sous l’aspect de la mort... bien plus que la mort... le néant !.... Sa vie agitée a connu tous les changemens ; son cœur seul est demeuré le même. Dans l’heure solitaire de la tempête, au moment de la terreur de tous les êtres animés, elle étoit sur la montagne obscure avec Bertram ; et quand le Ciel étoit embrasé, et que la foudre qui rouloit autour d’elle menaçoit sa vie de tous les côtés, les prières ferventes de son âme étoient pour Bertram. N’est-ce pas là de l’amour ?... Oui... et c’est ainsi qu’une simple femme sait aimer. ”
Choix de légendes populaires (série A-C)… (1860-1861)
“ Bertram se retira, et trente-six heures s'écoulèrent sans qu'il reparût. Ce fut le lendemain soir seulement que, ainsi qu'il l'avait promis, il se présenta devant Robert. — Je suis prêt, lui dit celui-ci, que faut-il faire? — Vous laisser conduire, monseigneur, et ne vous effrayer de rien. - M'effrayer ! Qui donc aurait la prétention de me faire connaître l'effroi? Ce n'est pas toi, je pense, et ton compère le diable perdrait son temps à le tenter. Pour ne rien craindre, il me suffit de sentir mon épée à mon côté. ”
“ Il ne vit personne en passant à Londres. C’était la morte saison, et son ami, sir Henry, se délassait, en chassant le grouse pendant quelques jours, des fatigues de sa brillante campagne parlementaire. Mais il aurait été à Londres, que Bertram ne l’aurait pas vu : il ne voulait voir personne. Il ne fit aucune question au sujet de Caroline ou de son oncle. Il ne fit pas même une visite à son véritable ami, M. Pritchett. S’il eût été le voir, il aurait appris que mademoiselle Baker et sa nièce étaient à Hadley. ”
