“ Des gentilshommes philosophes d’alors, Rumesnil avait le masque spirituel : un air vif, des yeux clairs à fleur de tête, d’une mobilité singulière, la bouche gourmande et rieuse. Il était grand, bien pris dans une taille fine, très blond avec un teint blanc et rose de jeune fille, la moustache floconneuse, quelque chose d’insolent et de presque effronté dans toute son allure, mais aussi une grâce irrésistible, quand il voulait plaire. Ses jolies façons avaient tellement attiré Jean, lorsqu’ils s’étaient rencontrés, dans ce même Louis-le-Grand où il avait connu Crémieu-Dax ! ”
Citations sur “Rumesnil”
“ « À Rumesnil. » — « Rumesnil ne lui en a pas prêté, j’espère ? Tu l’en as empêché ? Il faut que tu le revoies, mon Jean, et que tu insistes en mon nom pour que ton ami ne lui donne jamais d’argent, jamais, quand il saurait que l’autre meurt de faim. Je veux qu’Antoine mange de la vache enragée. C’est la nourriture qui lui a manqué jusqu’ici. Elle est excellente pour la jeunesse. (L’universitaire se croyait énergique en employant cette métaphore et cette formule de l’argot pédagogique de sa jeunesse !) Promets-moi que tu verras Rumesnil aujourd’hui... » ”
“ Ce billet allait lui rappeler d’une dure manière ce qu’il oubliait depuis le moment où, sur l’estrade de l’Union Tolstoï, le messager de Rumesnil était venu l’avertir, qu’il avait un père, — ce père au repos duquel il avait tout sacrifié si longtemps, — et que la période des mensonges de pitié était vraiment, irrévocablement close. Le heurt du chef de famille optimiste et illusionné contre les réalités cruelles de son milieu était définitif, maintenant, et le billet d’Antoine à Rumesnil disait que, sur un point, ce heurt avait déjà produit son terrible effet. ”
“ La pauvre enfant n’eut pas plutôt conçu ce projet qu’elle l’exécuta, impulsivement, avec la rapidité que donne la sensation des moments comptés, de l’heure qui s’en va et qui emporte avec elle des occasions peut-être irremplaçables. Ce ne fut qu’en se trouvant en face de ce frère, son unique secours, qu’elle se rendit compte de l’impossibilité où elle était de lui parler de Rumesnil. ”
“ « Nous la paierons à nous deux, cette dette. Je travaillerai, je gagnerai de l’argent... » — « En effet, » reprit Jean, « j’ai la somme. Les cinq mille francs seront restitués à Rumesnil dès son retour, mardi... La personne qui me les a prêtés m’a donné le temps nécessaire pour m’acquitter. » Puis, détachant ses mots, et d’une voix impérieuse : « Laissons donc cela. Mais je veux savoir si, oui ou non, il avait été question de Rumesnil entre Antoine et toi, dans votre conversation de cette nuit ? » ”
“ Rumesnil s’était, en effet, mis en campagne, aussitôt Julie partie. Il avait pensé à une ancienne maîtresse de sa toute première jeunesse, connue dans le Quartier Latin, au sortir du collège, et âgée de trente ans à cette date, qui faisait ses études de sage-femme. Dans ce monde interlope qui hante les cafés de la rue des Écoles et du boulevard Saint-Michel, il se rencontre toujours une demi-douzaine de créatures qui rêvent d’une carrière un peu moins aventureuse, et que la fréquentation des carabins conduit à suivre une clinique d’accouchement. Il arrive qu’une ou deux persévèrent. ”
“ Il entendait sommer son camarade de remplir son devoir, et, s’il refusait, le souffleter. Il se souvenait bien, comme Julie, du billet reçu le matin même, et où Rumesnil disait qu’il déjeunait dehors. Était-ce vrai ? Jean n’y croyait pas. Ce fut une véritable déception, quand, arrivé rue de Varenne, et sur sa demande : « Monsieur le comte est-il chez lui ? « il se heurta contre une réponse négative. Le concierge ne sut pas davantage lui dire à quelle heure son maître rentrerait. — « Je vais l’attendre dans la rue, tout simplement... » pensa Jean. ”
“ Es-tu avec eux, Bobetière, ou avec nous ? Il faudrait le dire... » — « Ce n’est pas la question, » reprit Rumesnil, en coupant de nouveau la parole à l’irascible relieur, « Je te dirai, moi, Riouffol : avons-nous un règlement, oui ou non ? Avons-nous arrêté qu’à la Tolstoï, on raisonnerait scientifiquement ? Oui. Hé bien ! C’est le premier principe d’une bonne méthode intellectuelle de n’étudier qu’un point à la fois. Nous avons l’opinion de Bobetière sur un point précis et son vote. Donne la tienne sur ce même point et ton vote... » ”
“ Un plan s’ébauchait dans son esprit, celui de le trouver, de son côté, cet argent, et tout de suite. Une fois trouvé, de deux choses, l’une : ou bien Rumesnil l’aurait prêté déjà et on le lui rendrait, ou bien il ne l’aurait pas encore prêté, soit faute de l’avoir à sa portée, soit parce que la démarche d’Antoine n’aurait pas eu lieu. La restitution faite au bureau, cette démarche n’aurait plus lieu... Mais à qui s’adresser ? D’où les faire sortir, ces cinq billets bleus qui ne pouvaient pas, qui ne devaient pas venir de l’amant ? ”
“ S’étant heurté à la même réponse, que « Monsieur le comte rentrerait mardi », — sans plus, — il prit le parti d’écrire un billet à son camarade pour lui demander d’être chez lui, le mercredi matin, à dix heures, « ayant à lui parler d’une affaire importante. » Le vague de la rédaction convenait également à l’emprunt d’argent qu’avait fait Antoine et aux assiduités du jeune noble auprès de Julie Monneron. Il comptait que Rumesnil ne reculerait pas sa rentrée à Paris, devant assister le mercredi soir à la conférence de l’abbé Chanut à l’Union Tolstoï. ”
“ « Jean sait tout. Il te cherche. Évite-le à tout prix, jusqu’à ce que je t’aie parlé. Je serai rue d’E... aujourd’hui au lieu de demain, à cinq heures. Par pitié, sois Là. » Quand elle eut mis ce billet sous enveloppe et libellé l’adresse, elle demeura plusieurs minutes encore, — ces minutes pourtant comptées, — la tête dans ses mains à se figurer par avance l’accueil de Rumesnil dans ce rendez-vous qu’elle lui demandait pour le jour même et qu’elle avait placé à une heure un peu tardive, afin d’être plus sûre qu’il y viendrait. ”
“ La proposition de Rumesnil fut donc acceptée aussitôt, les « oui » et les « non » recueillis sans autre explication, et le jeune noble clôtura la séance : — « Je vais prévenir M. Chanut et lui demander de fixer lui-même le jour de sa conférence. Il avait proposé la semaine qui vient. Nous n’avons comme soirée libre que le mercredi 7, — toutes les autres sont déjà prises... Cette date convient-elle au comité ?... Que ceux qui en désirent une autre lèvent la main... Personne n’y voit d’objections ? Bon. Si M. Chanut n’en voit pas non plus, c’est une chose entendue... » ”
“ Sera le genre humain. — « Nous ne sommes pas un comité électoral, » dit-il sèchement, « si nous travaillions ?... » — « Travailler, » répondit Rioufîol, en dardant sur son cousin le fauve éclair de ses petits yeux, « hé ! là-bas ! ça nous connaît autant et plus que toi !... » — « La parole est au camarade Bobetière, » dit vivement Rumesnil, pour couper court à une riposte de Jean, « et silence partout !... » Bobetière était un étudiant en médecine, fort distingué, et à qui ses maîtres pronostiquaient le plus bel avenir. Il projetait de se spécialiser dans l’étude des maladies nerveuses. ”
“ Décidément, il ne voulait pas aborder avec Monneron un certain sujet, car, au lieu de relever ces mots, qui appelaient une controverse, il se mit à expliquer, avec sa lucidité ordinaire, les motifs qu’avait chacun des cinq membres qui composaient avec eux deux le comité de la Tolstoï, pour voter contre la conférence de l’abbé Chanut ou en sa faveur : — « Trois contre trois, » finit-il par conclure. « C’est donc Rumesnil qui nous départagera. Que t’a-t-il dit ? » — « Je ne l’ai pas vu, » répondit Jean. « Il est venu pendant que je n’y étais pas... » — « Ah !... » fit simplement Crémieu-Dax. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ Messieurs, dit-il, il est sans doute superflu que je prenne la parole en faveur de la proposition de loi de l'honorable M. Chapperon pour le rétablissement de la province de Rumilly. Le développement qu'il vient d'en faire, les notices que vous avez sous les yeux, la justice des raisons qu'il a fait valoir, ont déjà bien certainement formé vos convictions. Oui, Messieurs, vous avez déjà décidé dans votre âme et conscience la séparation du mandement de Rumilly de la province d'Annecy et le rétablissement de cette province ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ La ville est en fête, toutes les maisons sont pavoisées ; les rues sont couvertes de mousse et ornées defeuillage. Leurs Majestés arrivent de Saint-Julien par le faubourg Saint-Joseph, où la compagnie des pompiers, le bataillon de la garde nationale et les troupes de la garnison se trouvent sous les armes. A l'entrée de la ville, sous un arc de triomphe1, Leurs Majestés sont complimentées par M. Girod, syndic de Rumilly, entouré du conseil municpal. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ Un état des bénéfices à cure d'âmes et simple de la ville de Rumilly et des paroisses de Boussy, de Marcellaz 1 et de Sales, sous la date du 14 juin 1728, fait ensuite de lettre de l'intendant général Louer" porte : « Le bénéfice. de Rumilly a cure d'âmes de la paroisse de Sales ; cette paroisse est de collation libre dont la nomination dépend alternativement, mois par mois, du Saint-Siège et.de. Mgr l'cvêque de Genève. Il y a dans l'église une chapelle sous le vocable de SaintSébastien de la présentation des révérendes dames de la Visitation de Rumilly 3. » ”
Joseph Béard, Histoire de Rumilly. Supplément… (1882)
“ Louis habitait Rumilly en 1617. Puthod. Jean feu Pierre habitait la rue d'Hauteville (dite ci-devant côte Puthod) . De Montfalcon. Philibert, président de la Chambre des Comptes en 1623. De la Fléchère Claude. Magdeleine de la Forêt, sa veuve, fait donation, en 1625, aux religieuses de la Visitation de Rumilly de sa maison qui fait partie du Collège-Petit-Séminaire actuel de cette ville. Monon Amed (noble) , chambrier de M. de Nemours et ayant la charge des meubles du château d'Annecy en 1561. Il avait pour armoiries : d'azur à l'aigle d'argent becqué et membré de gueules. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ Une lettre du maire de Rumilly, Vandat, adressée le 7 juin 1793 au bureau du district, dit que les professeurs du collége de Rumilly, par une suite de la criminelle coalition des prêtres, avaient donné leur démission le même jour ; que. pour ne pas laisser la jeunesse sans moyens d'instruction, la municipalité nomma, à leur place, les citoyens Augustin Bouvier, pour enseigner la philosophie ; Claude Favre, pour enseigner la rhétorique et les humanités, et Joseph Gruffat, pour enseigner la troisième et quatrième. ”
Joseph Béard, Histoire de Rumilly. Supplément… (1882)
“ La fanfare du Collége et celle de la ville prêtent leur concours à cette cérémonie, à laquelle assistent les prêtres de l'Archiprêtré et du Collège, les officiers du 1er escadron (6me dragons) en garnison à Rumilly, la plupart des fonctionnaires et les représentants de la municipalité. Révérend Maréchal, curé de Rumilly, officie; avant l'absoute, il monte en chaire et prononce le panégyrique de Sa Sainteté qu'il loue comme homme et comme pape dans ses vertus et dans ses œuvres, en prenant pour texte ces paroles : Ecce sacerdos magnus. ”
Joseph Béard, Histoire de Rumilly. Supplément… (1882)
“ J'avais le plaisir d'être alors avec vous dans le même régiment des Gardes. Vous pouvez me rendre un grand service en rendant justice prompte à la bonne cause qui est entre les mains de la ville de Rumilly, et en rendant encore un bénéfice au public. ”
Joseph Béard, Histoire de Rumilly. Supplément… (1882)
“ Qu'en l'année 1629 la ville de Rumilly obtint de la bonté de feu S. A. R. Charles-Emmanuel, de glorieuse mémoire, des patentes d'exemption à perpétuité de tailles extraordinaires dont elle a joui jusqu'en 1638; qu'étant survenu un incendie presque général la dite ville obtint exemption de toutes tailles pendant dix ans. ”
Joseph Béard, Histoire de Rumilly. Supplément… (1882)
“ Il y rappelle la piété des anciens habitants de Rumilly, louée par Saint François de Sales, commentant ces paroles du saint, au retour de sa prédication du carême à Rumilly, en 1608: Je reviens de mes délices ; j'ai enseigné un peuple facile, humble et dévot. Le lendemain, Mgr fait une visite au sanctuaire de Notre-Dame-de-r Aumône, sanctuaire dont il a parlé d'une manière si élogieuse dans sa lettre pastorale au clergé et aux fidèles de son diocèse, à l'occasion de la prise de possession de son siège. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ La province de Rumilly serait composée des mandements d'Albens, Rumilly, Seyssel et partie de celui de SaintJulien, qui formerait l'ancien mandement de Frangy. Elle forme un vaste bassin jusqu'au revers occidental du Montde-Sion, lequel bassin est entièrement séparé par une chaîne de monts de la province d'Annecy. Ce bassin, dont la ville de Rumilly occupe le centre, renferme un pays agricole de la plus grande fertilité et une population d'environ 57,000 âmes, qui serait supérieure à celle de plusieurs autres provinces. ”
Joseph Béard, Histoire de Rumilly. Supplément… (1882)
“ Le curé de Rumilly percevait la grande dîme dite de Rumilly, indivise avec le prieur de Ste-Agathe, plus les dîmes de Martenex, de Cœla, de Salagine à raison de 15 gerbes, l'une. (Visite de Jean-François de Sales, évêque de Genève du 18 janvier 1625) . Les dîmes étaient très souvent accensées. En 1699, Dom Romuald Chevrier, prieur de Ste-Agathe, accense par acte du 30 juin, Cartier, notaire, la grande dîme appelée de Rumilly pour 3 ans, sous la cense annuelle de 53 coupes de blé, de deux chapons gras, de deux fagots de paille. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ Les biens de ses enfants pupilles se montent à 300 marcs d'argent. Outre les sires de Rumilly que nous avons mentionnés dans cet Abrégé, à la date du XIe siècle, on trouve encore les nobles ou sires de Rumilly suivants, vassaux des comtes de Genève : Gautier de Rumilly (Galterius de Rumiliaco) ; il est témoin dans une concession que le comte de Genevois Amédée fait, vers 1132, aux Frères nouvellement établis à Tamié. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ Rumilly a été la résidence de la maison de Conzié dans les xive, xve et XVIe siècles. 1 Rumilly et son mandement furent sons la domination de Marguerite de Joinville pendant dix-huit ans, soit de 1393 à 1411. La cession qu en fit cette princesse eut lieu avec le consentement de son second mari, Ferry de Lorraine, comte de Yaudemont, tué à la bataille d'Az incourt. 1414. — François de Conzié, archevêque de Narbonne et camérier de Sa Sainteté, fait construire la chapelle de Saint-Claude, de style gothique, contiguë au midi à l'église paroissiale1. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ Par billet royal du 9 juillet 1731 , CharlesEmmanuel III met à la charge du trésor public, pour l'enseignement des écoles à Rumilly, une somme annuelle de 2,100 livres, répartie comme suit : 500 livres pour le professeur de philosophie2; 450 livres pour celui de rhétorique ; 400 livres pour celui d'humanités ; 350 livres pour celui de grammaire, et 200 livres pour chacun des directeurs spirituels. 1737. — Révérend François Renaud fonde, par testament du 29 juillet, Thomas Descostes, notaire, une école pour les jeunes filles de Rumilly. — Dom d'Arcollières, prieur du prieuré de Sainte-Agathe. ”
François Croisollet, Histoire de Rumilly : abrégé chronologique des principaux faits municipaux… (1869)
“ Napoléon Bonaparte est nommé consul à vie. État de la population dit de l'an x. La population de Rumilly est de 2,757 habitants ; celle du canton, de 13,385 habitants. Naissance à Saint-Félix, canton de Rumilly, le 3 janvier, de Dupanloup Félix-Antoine-Philibert i. 1803. -Mgr René des Monstiers de Mérinville , évêque démissionnaire de Dijon, est nommé à l'évêché de Chambéry. Il prend solennellement possession de son siège le 3 pluviôse (23 janvier) . Une école secondaire communale, à laquelle est annexé un pensionnat, est substitué à l'ancien collége de Rumilly. ”
