“ Cœur! Toi et Moi sommes ici, tristes et solitaires; Je demande, pourquoi ai-je ri? O mortel souci! O Ténèbres! Ténèbres! dois-je me lamenter sans fin, Pour interroger en vain Enfer, et Ciel, et Cœur [1] . Pourquoi ai-je ri? Je connais la durée de l'Etre; Ma fantaisie lui prodigue ses extrêmes remerciements. Encore voudrais-je à cette heure même de minuit cesser d'être, [Pg 142] Et voir ces fastueuses insignes du monde réduites en lambeaux; Poésie, Gloire et Beauté sont éclatantes, c'est vrai, Mais la mort est plus éclatante encore—la mort est la haute récompense de la Vie. ”
John Keats
Élements biographiques
John Keats (1795-1821), poète romantique britannique de la deuxième génération, incarne l’essence de la sensibilité et de la quête esthétique du XIXe siècle. Son œuvre, marquée par une abondance d’imagerie naturelle et une réflexion approfondie sur la mortalité, la beauté et la fugacité, se distingue par des odes majeures comme À une urne grecque ou À un rossignol.
Bien qu’il ait été critiqué de son vivant, son héritage posthume le place parmi les plus grands de la littérature anglaise, ses textes et correspondances demeurant des références incontournables en raison de leur intensité émotionnelle et de leur exploration des frontières de l’art.
Citations de John Keats
John Keats,
Poésies de John Keats
“ N’ont jamais été oubliées. — Gémissant ainsi elle inspire De plus douces paroles au brûlant Porphyro, Si malheureux, si profondément affligé, Qu’Angèle promet qu’elle fera Tout ce qu’il désire, qu’il en advienne bien ou mal pour elle. XIX Et elle lui promet de l’amener, en profond secret, A la chambre même de Madeline, et de l’y cacher Dans un cabinet si privé Qu’il pût voir sa beauté sans être espionné Et gagner peut-être cette nuit une fiancée incomparable Pendant que les fées en légion dansent sur la courtepointe Et qu’un pâle enchantement tient ses paupières closes. ”
“ Cherche, Théa, Cherche! et dis-moi si tu discernes Quelque forme ou quelque ombre, arrivant Impétueusement, avec des ailes ou sur un char, pour reprendre possession Du ciel perdu naguère: cela doit être,—c'est A maturité [3] —Saturne doit être Roi. Oui, il faut qu'il ait une victoire resplendissante comme l'or, Il faut qu'il y ait des Dieux renversés et des éclats de trompette Dans un calme triomphe, et des hymnes de fête Sur les nuages dorés de l'Olympe, Des voix sereines qui proclament la victoire, et des cordes d'argent Qui résonnent dans de creuses écailles ”
John Keats,
Poésies de John Keats
“ Ouvre tes yeux de grâce, pour la douce sainte Agnès Ou près de toi, je vais m’assoupir tant mon âme est chargée de souffrance. XXXII Murmurant ainsi, il glisse son bras chaud et fébrile Sous les coussins. Le rêve de Madeline était abrité Par la nuit des rideaux : c’était un philtre nocturne Plus difficile à rompre qu’un torrent gelé. Les étincelants plateaux reluisent sous la lune, Les larges franges dorées traînent sur les tapis, Jamais, jamais, lui semblait-il, il ne pourrait libérer D’un aussi magique emprisonnement les yeux de sa dame. ”
“ Laisse, laisse les amoureux se consumer— Mais, je t'en supplie, ne détourne pas, Sitôt de moi, l'élan de ton cœur. Oh! conserve, par charité Les pulsations les plus rapides pour moi. [Pg 137] IV Conserve-les pour moi, doux amour! quoique la musique souffle De voluptueuses visions dans l'atmosphère embrasée, Lorsque tu tourbillonnes au milieu des dangereux festons de la danse; Sois comme un jour d'Avril, Souriante, et froide, et gaie, Un lis tempéré, aussi tempéré que beau; Alors, Ciel! il y aura Pour moi un Juin plus ardent. V Mais, ceci—vous le direz, ma Fanny, n'est pas vrai! ”
“ Disparaître dans l'espace, me dissoudre, oublier Ce qu'au milieu des bois tu n'as jamais connu, Le dégoût, la fièvre et l'agitation, Parmi les hommes qui s'écoutent gémir les uns les autres; Où le tremblement secoue les vieux aux rares cheveux gris, Où la jeunesse devient blême, puis spectrale, et meurt; Où rien que de penser remplit de tristesse Et sur les paupières pèse d'un poids de plomb, Où la Beauté ne peut conserver un jour ses yeux lumineux, Sans qu'un nouvel Amour le lendemain en ternisse l'éclat! ”
“ O folie! car de supporter les vérités sans voiles, Et d'envisager les circonstances, en gardant son sang-froid, N'est-ce pas le summum de la toute puissance. Notez le bien! De même que le Ciel et la Terre sont plus beaux, beaucoup plus beaux Que le Chaos et les Ténèbres vides, quoique rois autrefois; Et de même que nous montrons supérieurs à eux, le Ciel et la Terre, Par la forme, la cohésion et la beauté, Par la volonté, la liberté, la fraternité, Et par des milliers d'autres signes d'une vie plus pure ”
“ Dont les yeux ont vu les nuages de neige suspendus dans la brume Et les faîtes des ormes noirs au milieu de la froide lueur des étoiles! Pour toi le Printemps sera un temps de moissons. Toi dont le seul livre a été la lumière De l'obscurité suprême, dont tu t'es repu Nuit après nuit, lorsque Phœbus était au loin! Pour toi le Printemps sera un triple matin. Oh! ne t'épuise pas en courant après la science! Je ne sais rien, Et pourtant mes chants jaillissent naturellement avec la chaleur. Oh! ne t'épuise pas en courant après la science! Je ne sais rien, Et pourtant le soir écoute [1] . ”
“ Et le serpent tout maigri par l'hiver, Dépouillé de sa peau, sur un talus ensoleillé; Tu verras une nichée d'œufs tachetés Près d'éclore dans l'aubépine, Lorsque la femelle demeure les ailes Immobiles sur son nid moussu; Puis le tumulte et l'alarme Lorsque la mouche à miel lance son essaim; Et la pluie de glands qui tombent Pendant que siffle la brise d'automne. O charmante Fantaisie! mets-la en liberté: Toutes choses sont gâtées par l'usage! Où est la joie qui ne se fane pas D'être trop regardée? Où est la vierge Dont la lèvre mûre est toujours fraîche? ”
“ A tes lèvres, un hymne à la désespérance d'un seul. Laisse-les, ô Muse! Tu trouveras bientôt Plus d'une ancienne Divinité tombée Errant à l'aventure sur des rivages inconnus. En attendant, touche pieusement la harpe de Delphes, Et aucune autre qu'une brise céleste n'exhalera, Pour l'accompagner, un doux gazouillement à travers la flûte Dorienne; Car Io! c'est en l'honneur du père de tous les vers. Nuance tout ce qui a une teinte vermillon Que la rose s'épanouisse et réchauffe l'atmosphère; Que les nuées du soir et du matin Flottent comme de voluptueuses toisons au-dessus des coteaux ”
“ Tout au fond de la tristesse d’une obscure vallée [2] , Dans une retraite éloignée de la brise vivifiante du matin, Loin de l’ardent midi et de l’étoile solitaire du soir, Était assis Saturne aux cheveux gris, immobile comme un roc, Aussi muet que le silence planant autour de son repaire ; Forêts sur forêts s’inclinaient autour de sa tête Comme nuées sur nuées. Aucun souffle dans l’air, Pas même autant de vie qu’il n’en faut un jour d’été, Pour faire envoler de l’herbe effilée la graine la plus légère ”
“ La belle Dame sans Mercy est peut-être, de toute l'œuvre du maître écrivain, la pièce capitale en laquelle idée, image et musique s'équilibrent dans les proportions les plus justes avec la perfection la plus inattaquable [58] .Un poète aussi exclusivement sensuel, qui n'écrivait que sous la fascination et la domination de ses sens, qui s'écriait: «O vivre d'une vie de sensations plutôt que de pensées!» devait surtout choisir comme types d'humanité des personnages animés de passions violentes, de la passion surtout la plus insurmontable de toutes, de l'amour. ”
“ La souffrance par la pitié. Ainsi parlait cette voix solitaire: «Quand m'éveillerai-je hors de cette tombe enguirlandée? Quand pourrai-je me mouvoir dans un corps apte à jouir de la vie, De l'amour et du plaisir, de la lutte vermeille Du cœur et des lèvres! Ah, malheur à moi!» Le Dieu aux ailes de colombe, glissa silencieusement Parmi les buissons et les futaies, effleurant avec légèreté, dans sa hâte, Les graminées les plus hautes et les roseaux en pleine floraison. Il aperçut enfin, palpitant, un serpent Etincelant, roulé en cercle dans l'obscurité des broussailles. ”
“ A passer de salles en salles en colossales enjambées ; Tandis qu’au loin dans chaque nef latérale et dans les chambres profondes, Ses favoris ailés se tenaient en groupes serrés Attentifs et remplis de crainte, tels des gens inquiets Qui se rassemblent en troupes terrifiées, par les vastes plaines, Lorsque les tremblements de terre ébranlent leurs remparts et leurs tours. En ce moment même, pendant que Saturne, sorti de sa glaciale léthargie. Marchait sur les traces de Théa à travers les bois, Hypérion laissant le crépuscule derrière lui Redescendait sur le seuil de l’Ouest. ”
“ Une idée jusqu'au seuil du paradis, Et vous laisserait le cerveau désespéré: sois toujours le levain Qui fermente en ce monde bestial et grossier L'élève jusqu'au ciel—lui donne une vie nouvelle: Sois toujours un symbole d'immensité: Un firmament reflété sur l'infini des eaux; Un élément qui comble l'espace entre eux; [Pg 216] Un inconnu—mais silence: humblement nous masquons Nos fronts de nos mains soulevées, nous courbant jusqu'à terre, Nous poussons des clameurs pour que l'Olympe entende, Et te conjurons d'exaucer notre hymne implorateur Du haut du Mont Lycée! ”
“ Maintenant à l'heure des phalènes et du clair obscur, Il reprendrait cette route, elle le savait bien, Pour revenir du rivage à Corinthe; car fraîchement soufflait La douce brise de l'Est, et sa galère en ce moment Heurtait de sa proue d'airain les quais en pierre, Arrivant de l'île d'Egine, dans le port de Cenchrée Récemment mouillée; là, il avait passé quelque temps Pour sacrifier à Jupiter dont le temple en cette île Laisse entrer par ses hautes portes les victimes et le précieux encens. Jupiter écouta ses vœux et exauça son désir. ”
“ Et nous n'éprouvons pas simplement ces sensations Pour une heure rapide; non, de même que les arbres Bruissant autour d'un temple deviennent bientôt Aussi vénérés que le temple lui-même, de même fait la lune, La passion pour la poésie, gloires infinies, qui Nous hantent jusqu'à ce qu'elles deviennent une lueur consolatrice [Pg 205] S'insinuant dans nos âmes, et se liant si intimement à nous, Que, brillantes ou sombres, Toujours elles devront demeurer en nous, sinon nous mourrons. —C'est donc avec une allégresse infinie que je Retracerai l'histoire d'Endymion. ”
“ LES SAISONS HUMAINES Quatre saisons comblent la mesure de l'année; Quatre saisons se partagent l'esprit de l'homme: Il a son vigoureux printemps, lorsque sa pure fantaisie Saisit en tout la Beauté, simplement en étendant la main. Il a son Eté, lorsque voluptueusement Récoltant le miel des jeunes pensées printanières, il se plaît A ruminer, et, en s'élevant dans ces hauteurs de rêve, Il se rapproche le plus du ciel; de paisibles baies Abritent son âme en Automne, alors que, les ailes Etroitement repliées, il se contente de regarder Les brumes, dans l'oisiveté—de laisser les belles choses ”
“ Les jours de paix et de calme sommeil sont envolés; Ces jours, tous innocents des guerres destructives, Alors que toutes les loyales Existences du ciel Ouvraient les yeux pour deviner ce que nous voulions dire: C'était avant que nos fronts eussent appris à se plisser, Avant que nos lèvres n'eussent connu que des phrases solennelles, Avant que nous eussions appris que cette chose ailée, La victoire, peut être perdue, aussi bien que gagnée. Surtout n'oubliez pas qu'Hypérion Notre frère le plus brillant est encore invaincu— Hypérion—Io! Voici son rayonnement! ”
“ D'un coup féroce, et lui ramenant Le sens du feu dévorateur au cœur et au cerveau. XXXV Ce fut une vision. Dans l'engourdissante obscurité, Dans la tristesse de minuit, aux pieds de sa couche Lorenzo se tenait, et pleurait; la tombe de la forêt Avait souillé sa luisante chevelure qui autrefois lançait Ses éclats jusqu'au soleil, et mis sa froide empreinte Sur ses lèvres, et brisé le suave luth De sa voix rendue au silence; le long de ses oreilles fangeuses Un lit de boue était creusé par ses larmes. XXXVI Etrange fut le son que fit vibrer l'ombre blafarde ”
“ IMITATION DE SPENSER I Maintenant le matin émergeant de son oriental séjour, Dès ses premiers pas rencontra une verdoyante colline; Il couronna de flammes ambrées sa crête dénudée, Puis argenta les limpides cascatelles de son ruisseau; Oui, jaillissant pur de sa source moussue, suintait goutte à goutte, Et après un adieu à son lit de fleurs des champs, Divisé en maints ruisselets, formait un petit lac; Celui-ci, le long de ses rives, reflétait des berceaux de ramures entrelacées, Et dans l'espace central, un ciel qui jamais ne s'abaisse. ”
“ Assurément Celui qui voit tout, Qui est heureux de nous savoir satisfaits de ses dons, Ne donnera jamais d'ailes au criminel qui entraîne Tant d'innocence à sa ruine—qui vilement dupe [Pg 85] Un cœur naïf de colombe. Pour dire vrai, rien ne peut libérer Nos pensées d'une telle beauté: lorsque j'entends Un lai dont j'ai vu une fois sa main évoquer le rythme, Son contour me semble flotter palpable et proche; L'eussé-je jamais vue cueillir d'un berceau Une fleur trempée de rosée, souvent cette main m'apparaîtrait, Et sur mes yeux secouerait les perles tremblotantes de l'humidité. ”
“ Beaucoup se cachèrent la face dans l’obscurité. Mais l’indomptable Encelade fixement jeta les yeux Sur ses frères ; et sous leur flamme Se leva Iäpetus, de même que Creüs. Et Phorcus, issu de la mer ; ensemble ils se dirigèrent Vers l’éminence d’où il les dominait. Là tous quatre proclamèrent le nom du vieux Saturne ; Hypérion de son pic, à haute voix, répondait « Saturne ! » Saturne était assis auprès de la mère des Dieux, Sur sa physionomie ne se reflétait aucune joie, quoique tous les Dieux Du fond de leur gorge fissent retentir le nom de « Saturne ». ”
“ Elles disparurent, et en vérité! je n'avais pas d'ailes: O folie! qu'est l'Amour? et où est-il? Et quant à cette pauvre Ambition! elle fait naître Dans le cœur de l'homme un court accès de fièvre. Mais la Poésie!—non—elle n'offre pas une joie— Du moins pour moi—aussi attrayante que les après-midi assoupissantes, Et les soirées plongées dans une indolence aussi suave que le miel; Oh! pour un temps ainsi abrité contre l'ennui, Puissé-je ne jamais savoir comment changent les lunes, Ou entendre la voix du bon sens affairé! V Encore une fois de plus elles revinrent;—hélas! ”
“ Je terrifierai cet enfant maître du tonnerre, ce Jupiter rebelle, Et je demanderai au vieux Saturne de reprendre possession de son trône. » Il dit, puis se tut, tandis qu’une menace plus formidable Luttait pour sortir de sa gorge, sans y parvenir ; Ainsi, lorsque les hommes sont en foule dans les théâtres, Le brouhaha augmente plus ils crient : « Hush » De même aux paroles d’Hypérion, les livides fantômes S’enfuirent, trois fois horribles et glacés : Et du lieu, uni comme un miroir, où il parlait S’éleva un brouillard, comme d’un lac couvert d’écume. ”
“ O Titans, vous dirai-je « Levez-vous ? » — Vous gémissez. Vous dirai-je « Rampez. » — Vous gémissez. Que puis-je alors ? O vaste Ciel ! O cher parent que je ne vois pas ! Que puis-je ? Dites-moi, vous tous, Dieux, mes frères, Comment pouvons-nous combattre, comment assouvir notre grande colère ! O donnez-nous un conseil maintenant, l'oreille de Saturne Est avide de l’entendre. Toi, Océanus, Tes pensées sont hautes et profondes ; et sur ta face Je lis, étonné, ce sévère contentement Qui naît de la réflexion et de la pensée : viens à notre aide ! » ”
“ A MES FRÈRES De petites flammes agitées traversent le charbon dont on vient d'emplir l'âtre, Et leur léger pétillement se fait entendre au milieu de notre solitude, Tels des chuchotements de dieux familiers qui gardent Un affectueux empire sur nos fraternelles âmes. Et pendant qu'à la recherche de rimes je voyage jusqu'aux pôles, Vos regards sont fixés, comme en un sommeil poétique, Sur la légende si abondante et si profonde Qui toujours, à la tombée de la nuit, apaise nos soucis. C'est votre jour de naissance, Tom, et je me réjouis Qu'il se passe ainsi en une reposante quiétude. ”
“ Car lorsque les ailes de la Muse sont déployées dans l'espace, Qui arrêtera son vol ? Et elle doit chanter Sur Saturne, et son guide qui a maintenant escaladé Les pieds glissant dans l’humidité, surgissant des abîmes Plus affreux encore. Au-dessus d’une sombre falaise Leurs têtes apparurent et leur taille croissait Jusqu’à ce qu’étant de niveau avec le sol, ils pûssent marcher à l'aise : Alors Théa étendit au loin ses bras frémissants Au-dessus des frontières de ce séjour de douleur, Et furtivement fixa ses regards sur la figure de Saturne. ”
“ Leurs éclats avec des colorations plus ternes— Ainsi, les flancs comme un arc-en-ciel, accablée de malheurs, Elle semblait en même temps une elfe expiant ses fautes, La fiancée de quelque démon, ou le démon lui-même. Sur sa crête elle portait une lueur blafarde Piquetée d'étoiles, comme la tiare d'Ariadne: Sa tête était celle d'un serpent, mais quel charme ironique! Elle avait une bouche de femme avec sa parure complète de perles: Quant à ses yeux: que pouvaient ici faire de tels yeux Si ce n'est pleurer, et pleurer de ce qu'ils étaient nés si beaux? ”
“ Et du soyeux capiton des nuages suspendus Là où l'on contemple les étoiles. Oh! sûrement il a brisé nos barrières humaines; Dans quelque merveilleuse région il a pénétré, Pour te rechercher, toi, divin Endymion! C'était un Poète, à coup sûr un amant aussi, Celui qui hantait le sommet du Latmos, alors qu'y soufflaient Des émanations parfumées montant des myrtes de la vallée, Apportant en une pâmoison solennelle, douce et lente, Un hymne du temple de Diane! pendant que le tourbillon De l'encens s'enlevait vers sa demeure étoilée. ”
“ Elle demeure avec la Beauté—la Beauté qui doit mourir; Et la Joie, dont la main est toujours à ses lèvres Faisant un signe d'adieu; et près d'elle le douloureux Plaisir Se changeant en poison au fur et à mesure que l'abeille le suce: Oui, dans le temple même de la jouissance, La Mélancolie voilée a son autel souverain [Pg 158] Que seul peut voir celui dont la langue énergique Peut écraser le raisin de la Joie contre son palais délicat; Son âme goûtera la tristesse de sa puissance Et sera suspendue parmi les trophées des nuages. ”
“ L'un, agenouillé à côté d'une lyre, en touchait les cordes, Dont il assourdissait les sons avec ses ailes; Et, de temps en temps il se levait pour observer Le sommeil de l'éphèbe; pendant qu'un autre saisissait Une branche de saule, qui distillait une rosée odorante, Et la secouait sur sa chevelure; un autre pénétrait Par la toiture tissée, et à chaque battement d'aile Faisait pleuvoir des violettes sur ses yeux assoupis. Tout à coup sous une arche rugueuse, à travers la pénombre au-dessous d'eux Apparaît la mère des dieux, Cybèle, seule, toute seule, Sur un sombre char ”
“ Voix suave, lèvres suaves, douce main et sein plus doux encore, Souffle chaud, léger soupir, tendre murmure, Yeux brillants, forme accomplie et taille langoureuse! Effacée est la fleur et tous ses charmants bourgeons, Effacée la vue de la beauté hors de mes regards, Effacée la forme de la beauté hors de mes bras, Evaporés la voix, la chaleur, la blancheur, le paradis.— Tout s'est évanoui prématurément au crépuscule, Lorsque sombre le jour de fête—ou que la nuit de fête De l'Amour sous les rideaux parfumés, commence à tisser La trame d'épaisses ténèbres, qui cache ses délices ”
