“ DOM-CARLOS. Si je suis son époux, mon honneur est le sien. DOM-PEDRE. Vous me rendez l'honneur, le repos, et la joie. DOM-LOUIS. Mais de tous vos soupçons que voulez-vous qu'on croie ? DOM-CARLOS. Que j'aime Léonore, et que de mon erreur [1625] Son innocence enfin triomphe dans mon coeur. LÉONORE. Il est donc vrai Carlos, qu'enfin ma patience, Bannit de ton esprit l'injuste défiance ? Tu ne doutes donc plus, que ne t'aie aimé Tout ce peut aimer un coeur bien enflammé : [1630] Tu m'aimes maintenant à cause que je t'aime, Est-il quelque autre amant qui ne m'aimât de même ? ”
Scarron
Élements biographiques
Paul Scarron, écrivain français du XVIIe siècle, incarne l’humour burlesque et la satire dans une œuvre marquée par la souffrance et la résilience. Né en 1610 à Paris, son corps tordu par une maladie invalidante ne l’a pas empêché de réinventer le théâtre et la prose, notamment avec Le Roman comique, chef-d’œuvre satirique qui dénonce les normes sociales.
Son style, mêlant ironie et précision, s’inscrit dans le mouvement baroque, tout en résonnant avec les récits picaresques espagnols. Marié à Françoise d’Aubigné, future Madame de Maintenon, sa vie tumultueuse et ses réflexions sur l’amour et la condition humaine traversent ses textes, de Le Virgile travesti à ses comédies.
Citations de Scarron
“ Blanche. Le Ciel ne sera pas pour moi si rigoureux ; Mais quand il seroit tel que le fait ta peinture, L’ennemi du bon-sens, l’horreur de la nature, Un injuste tyran, de son ombre jaloux, Pour l’aimer, il suffit qu’il seroit mon époux. Lizette. Madame, si l’époux que le ciel vous destine, A de ce Cavalier le visage et la mine, S’il est d’esprit, de biens et de vertus pourvu, On peut tout espérer devant que l’avoir vu. Que sait-on ? Blanche. Que sait-on ? Ha Lizette ! il faudroit être heureuse. Lizette. Ha ! madame, ma foi, vous êtes amoureuse. Blanche. ”
“ DOM BLAIZE et ses gens, DOM COSME, ORDUGNO, BLANCHE, LIZETTE.D. Blaize. Lizette ! quel malheur ! Ne craignez rien.Holà ! Ne vous dispensez pas, ma sotte valetaille, En un jour important comme un jour de bataille ; En un tems où l’amour mon ennemi cruel Contre un fier basilic me suscite un duel ; Car ma belle en est un dont la mortelle vue, Fait d’un homme vivant un mort à l’imprévue : Ne vous dispensez pas, dis-je, mes sottes gens, D’être au moindre clin d’œil, à ma voix diligens, Afin que la déesse à qui mon cœur encense Juge de mon esprit par votre obéissance. ”
