“ DOM-CARLOS. Si je suis son époux, mon honneur est le sien. DOM-PEDRE. Vous me rendez l'honneur, le repos, et la joie. DOM-LOUIS. Mais de tous vos soupçons que voulez-vous qu'on croie ? DOM-CARLOS. Que j'aime Léonore, et que de mon erreur [1625] Son innocence enfin triomphe dans mon coeur. LÉONORE. Il est donc vrai Carlos, qu'enfin ma patience, Bannit de ton esprit l'injuste défiance ? Tu ne doutes donc plus, que ne t'aie aimé Tout ce peut aimer un coeur bien enflammé : [1630] Tu m'aimes maintenant à cause que je t'aime, Est-il quelque autre amant qui ne m'aimât de même ? ”
Résumé
L’Oeuvres de Scarron rassemble les pièces dramatiques de l’auteur, marquées par des conflits familiaux, l’honneur et l’amour. Les personnages comme Dom Pedre, Blanche ou Diègue incarnent des dilemmes émotionnels et sociaux, tandis que les thèmes de l’hymen, du beau-père ou de la vertu animent les intrigues.
Les dialogues, riches en tension, révèlent une réflexion sur les rapports de pouvoir et les passions humaines. Cette œuvre, publiée au XVIIe siècle, témoigne d’une dramaturgie en quête de raffinement moral et linguistique.
Citations de Oeuvres de Scarron (Scarron)
“ DOM DIÈGUE Dites, si bon vous semble, Je vais chez Léonor, pour l'amener ici. [1455] HÉLÈNE Vous enragerez bien tantôt. DOM DIÈGUE Et vous aussi. FILIPIN Il sort de l'Alcôve. Ha le mauvais parent ! Madame, je vous jure, Si je n'ai eu peur de vous faire une injure, Que j'aurais fait sur lui notable irruption : Mais j'en retrouverai bientôt l'occasion. [1460] Au prix de moi, Madame, un lion n'est qu'un ase, Quand je suis en colère, une antipéristase Me trouble le dedans, la consanguinité Fait la guerre en mon âme, à sa méchanceté. Si je mangeais son coeur, je mordrais en la grappe. ”
“ Blanche. Le Ciel ne sera pas pour moi si rigoureux ; Mais quand il seroit tel que le fait ta peinture, L’ennemi du bon-sens, l’horreur de la nature, Un injuste tyran, de son ombre jaloux, Pour l’aimer, il suffit qu’il seroit mon époux. Lizette. Madame, si l’époux que le ciel vous destine, A de ce Cavalier le visage et la mine, S’il est d’esprit, de biens et de vertus pourvu, On peut tout espérer devant que l’avoir vu. Que sait-on ? Blanche. Que sait-on ? Ha Lizette ! il faudroit être heureuse. Lizette. Ha ! madame, ma foi, vous êtes amoureuse. Blanche. ”
“ DOM BLAIZE et ses gens, DOM COSME, ORDUGNO, BLANCHE, LIZETTE.D. Blaize. Lizette ! quel malheur ! Ne craignez rien.Holà ! Ne vous dispensez pas, ma sotte valetaille, En un jour important comme un jour de bataille ; En un tems où l’amour mon ennemi cruel Contre un fier basilic me suscite un duel ; Car ma belle en est un dont la mortelle vue, Fait d’un homme vivant un mort à l’imprévue : Ne vous dispensez pas, dis-je, mes sottes gens, D’être au moindre clin d’œil, à ma voix diligens, Afin que la déesse à qui mon cœur encense Juge de mon esprit par votre obéissance. ”
“ DOM-SANCHE. Ce langage moqueur est un peu fort, Madame. FLORE. C'est l'effet de la joie où s'emporte mon âme, De vous revoir vivant, et vous avoir cru mort. DOM-SANCHE. Être absent, ou mourir, ne diffèrent pas fort. FLORE. On ne vous crut pas mort des rigueurs d'une absence : [510] Mais d'un coeur sans pitié : c'est le bruit de Valence : Quelle apparence aussi de vivre sans amour, Entre tant de beautés qui brillent à la Cour ? DOM-SANCHE. Pour une autre que vous, moi soupirer Madame ? Ha ! Vous connaissez mal les secrets de mon âme. ”
“ Moi, Lizette ! Lizette. Moi, Lizette ! Oui vous, car, mon beau cavalier, Puisqu’il vous faut convaincre, oserez-vous nier Que par un feint amour, une lâche finesse, Vous n’ayez attenté d’éprouver ma maîtresse ; Elle s’en douta bien, et pour s’en assurer, Elle feignit aussi, vous permit d’espérer. Dom Sanche y fut trompé ; car l’amour de soi-même, Persuade aisément un jeune homme qu’on l’aime : Mais il ne savoit pas que Blanche l’écoutoit, Lorsqu’au marquis jaloux jurant il protestoit Que c’étoit seulement à dessein de lui plaire, Qu’il s’étoit déclaré de Blanche tributaire. ”
“ Foucaral ? foucaral. On y va. D. Japhet et Foucaral s’en vont.marc-antoine. Nous voilà, dieu merci, Enrôlés dans le train de Japhet d’Arménie, Ou plutôt nous voilà gradués en folie ; Madame votre mére... d. alfonse. Hà ! ne me dis plus rien, Tu pourrois faire mieux, et je le sais fort bien ; Et pour toi, tu feras sagement de te taire : Ou retourne à Madrid, ou bien me laisse faire. Mais j’apperçois venir celle qui m’a charmé. Vis-tu jamais un corps par le ciel mieux formé ? Et si je te disois qu’un esprit admirable Anime ce beau corps, te serois-je croyable ? marc-antoine. ”
“ Stefanie. Ignorant mon dessein, tu n’as rien qu’à te taire. Louize. Au moins m’avouerez-vous que l’on y vient que tard, Et qu’on n’y laisse point son carrosse à l’écart. Stefanie. Tais-toi. Je te disois tout à l’heure, Louize, Qu’à moins que d’un seigneur, je ne puis être éprise. Je hais le petit noble à l’égal du bourgeois ; L’écu seul à couronne est l’objet de mon choix : Enfin, nul, quel qu’il soit, n’aura sur moi d’empire, Si dans ses qualités il n’entre du Messire. Louize. Et dom Sanche, madame, est-il un grand seigneur, À qui si franchement vous donnez votre cœur ? ”
“ Ha ! tout à l’heure, Il faut que je t’étrangle, ou qu’un de nous deux meure. D. Blaize. Haye, haye, haye, Ordugno ! mon cher frére ! Merlin. Venez me délivrer de cet esprit malin. Stefanie. Perfide ! scélérat ! D. Blaize. Perfide ! scélérat ! Seigneur, en qui j’espére, N’étoit-ce pas assez de ce maudit beau-pére ? Sans lâcher contre moi la Dame d’Angola ? Stefanie. Dis d’Alcalca, méchant ! auprès de Malaca. D. Blaize. D’Angola, d’Alcalca, Malaca : que m’importe, De bien dire son nom ? que le diable m’emporte, Si je t’ai jamais vue, et si je crois jamais Te voir ! ”
“ FLORE. On refrappe, hâte-toi de cacher cet ingrat. MARINE. Ils s'en vont. Il paraît tout contrit. FLORE. Ce n'est qu'un scélérat. [565] Ô qu'il est malaisé de garder sa colère, Quand celui qui la cause, a le secret de plaire, Et que le souvenir d'une offense d'amour Dure trop dans un coeur, s'il dure plus d'un jour. À peine ai-je fait craindre une éternelle absence [570] À cet ingrat amant que j'aime, et qui m'offense. Que j'ai peur de le perdre, et mon coeur impuissant Qui le hait criminel, le souhaite innocent ; Amour trop violent ! Trop sévère conduite ! ”
“ LÉONOR , tout bas. Ma crainte, et mes soupçons font place à l'espérance. [330] HÉLÈNE Que dites-vous ? LÉONOR Je dis qu'en épousant un gueux, Quelque bien que l'on ait, d'un pauvre on en fait deux. HÉLÈNE Dom Diègue est aimable, et son nom est Mendoce, Mais cela ne fait pas bien rouler un carrosse, Un oncle, à ce qu'il dit, Gouverneur au Pérou, [335] Lui garde bien du bien : mais il n'est pas venu, Je n'aime pas le bien qui n'est qu'en espérance, Je l'amuse pourtant de quelque complaisance, Qui ne me coûte guère, et ne m'engage à rien, N'en ai-je pas sujet ? LÉONOR Ha ! ”
“ Dom Félix Ôte-toi. Le Comte tout bas à Léonore. Tout à l'heure Gagnez vite la rue, et delà ma demeure. Dom Félix Enfin donc, fils sans coeur, à quoi te résous-tu ? Dom Pedre À croire mon honneur, à croire ma vertu, À garder ma parole, à venger mon offense. [925] Dom Félix Tu mets donc l'une et l'autre en égale balance ? Tu lui fais perdre un frère, il suborne ta soeur ; L'un est un déplaisir, l'autre, est un déshonneur ; L'un ne veut qu'un combat, l'autre veut une vie, L'un fait porter le deuil, et l'autre l'infamie. [930] Vois, vois, comme je sais me venger, et sans toi. ”
“ Où d’abord que j’arrive, on me court nuit et jour, Où l’homme est le cruel, la femme y fait l’amour ; Où l’on obséde un homme au milieu d’une rue ; Où l’on peut être pris par une malotrue. Et que seroit-ce donc, si, séjournant ici, Quelqu’autre chaque jour m’entreprenoit ainsi ? Quoi ! si je me trouvois au milieu de cent d’elles, Et qu’étant convoité de ces cent demoiselles, Mon corps de cent côtés fût à la fois tiré, Dom Blaize en cent morceaux se verroit déchiré ? Ordugno, notre noce, ou je me trompe, est faite, Je veux dès ce matin déloger sans trompette. Ordugno. ”
“ Dom Blaize, il faut quitter cette maudite terre, Où tout le genre humain me déclare la guerre ; Où l’on voit tant de fous, où l’on force les gens Au fâcheux joug d’hymen, même malgré leurs dents. Dom Cosme pour r’avoir ma maudite promesse, Et pour n’épouser pas ta fille, ou ta comtesse, Un dangereux dragon qui m’a pris au gosier, Et qui me dérobant certain portrait hier, M’égratigna les mains, je reconnois sa taille, Et je gagerois bien que ce n’est rien qui vaille : Pour m’en délivrer donc, et partir à l’instant, Je veux bien qu’il m’en coûte un peu d’argent comptant. ”
“ DOM-CARLOS. Pour rendre à ton honneur quelque sorte d'éclat. LÉONORE. Inhumain peux-tu croire à tes soupçons encore ? Et n'as-tu pas ouï ce que j'ai dit à Flore, Et de quelle façon j'ai traité ton rival, [1280] Quand elle m'a parlé de cet Hymen fatal ? DOM-CARLOS. Hé ne savais-tu pas que je pouvais t'entendre ? Et dis-moi quand ton père a pensé te surprendre, Te serais-tu sauvée, à moins que d'avoir su Dans la chambre où j'étais ? À cela que dis-tu ? [1285] LÉONORE. Qu'alors qu'on nous accuse, et que notre innocence, Quoi que vraie en effet, est fausse en apparence ”
“ LUCIE Mon Dieu, venez-moi prendre, [1725] J'entre en convulsion. HÉLÈNE Ce qu'elle veut entendre, Elle l'entend fort bien ; et vous l'allez bien voir. Ma Soeur, mon mariage est en votre pouvoir ; Mon Père ne veut pas qu'on fasse l'un sans l'autre, Pour achever le mien, consentez donc au vôtre. [1730] Ne m'entendez-vous pas ? LUCIE, haussant la voix. C'est pour avoir été Tous les jours au serain, tant qu'a duré l'été. HÉLÈNE Je ne dis pas cela. LUCIE Que faut-il que je fasse ? HÉLÈNE Ce brave Cavalier se présente à la place Du méchant Dom Félix, donnez-lui donc la main ? ”
“ Blanche. Bien que j’aie pour vous toute sorte d’estime, Je ne puis plus long-tems vous écouter sans crime ; Vous revoir, c’est manquer à ce que je me dois, Et peu faire pour vous, mais beaucoup contre moi. Emméne-le, Lizette. Lizette. Emméne-le, Lizette.Allons, allons, mon brave ! Et si vous devenez notre amoureux esclave, Comme vous en avez tout-à-fait la façon, Sachez qu’un jeune cœur n’est pas toujours glaçon, Que Lizette vous peut servir, et que Lizette A pour vous dans son ame une estime parfaite. ”
“ Que l’amour n’a flatté d’une vaine espérance, N’a trompé par l’éclat d’une belle apparence, Qu’afin que le penser d’avoir pu vivre heureux, Accrût le désespoir de son cœur amoureux. Dom Blaize paroît au bout du théâtre. Mais ce frére odieux à mon repos funeste, Ne vient-il pas m’ôter le seul bien qui me reste ? Ne vient-il pas encor mon trépas empêcher, Après m’avoir ravi ce qui me fut plus cher ? Hélas, si je lui dis que Blanche est vertueuse, N’est-ce pas augmenter son ardeur amoureuse ? Si je lui dis que Blanche ne l’est pas, N’est-ce pas offenser un ange plein d’appas ? ”
“ Quand autant que tu dis je serais infidèle, Peux-tu n'accepter pas cette condition ? [65] DOM-CARLOS. Hé bien ! Je vous écoute avec attention. LÉONORE. Tu m'aimas, Dom Carlos, qu'ai-je dit insensée ? Mon indiscrète langue a trahi ma pensée, Et j'ai mal commencé par une fausseté, Un discours qui sera la même vérité ; [70] Tu feignais donc d'aimer, et je crus être aimée, Je crus que je régnais dans ton âme charmée ; Mais tu ne fus jamais d'amour bien enflammé, Qui peut cesser d'aimer n'a jamais bien aimé. Tu sais bien si mon coeur fut facile à surprendre ”
“ Le véritable aimant des gens de qualité, Titre, que je préfére au beau titre de reine. Louize. Vous êtes Portugaise ? Stefanie. Vous êtes Portugaise ?Il est vrai, je suis vaine. Louize. Mais par l’ordre du ciel à qui tout est sujet, Si dom Sanche n’est pas un seigneur contrefait, Lui ferez-vous encor, de l’humeur dont vous êtes, La mine, et les doux yeux, que par-tout vous lui faites ? Stefanie. Il est vrai que je dis ce que je ne fais pas : Il est vrai qu’à le voir je trouve trop d’appas : Et bien qu’il ne m’ait pas par mon foible attaquée, Qu’il m’a pourtant vaincue. Louize. ”
“ De mon esprit jaloux augmente la fureur. Louize ! Olivarès ! écoutez... D. Blaize. Louize ! Olivarès ! écoutez...Ô dom Cosme ! Dans Madrid, ou plutôt dans tout ce grand royaume, Trouvez-vous quelquefois quelqu’un fait comme vous ? Croyez-vous que la paix soit long-tems entre nous ? Moi chaud comme le feu, vous froid comme la glace, Et quoi que l’on vous dise, et quoi que l’on vous fasse, Vous allez toujours droit où vous voulez aller : Vous me déplaisez fort, je vous veux quereller, Et vous m’assassinez à force de me plaire. ”
“ Et s’appelle ? Dom Juan Paloméque.Est-ce moi ? Bons dieux ! et votre mére ? Stefanie. Bons dieux ! et votre mére ?Elvire de Pachéque. D. Cosme. Ha ma fille ! je suis ce dom Juan Paloméque, Qui déguisois mon nom dans Lisbonne : ô bon dieu ! Que je reçois de joie à vous voir en ce lieu, Et que je suis fâché de vous voir de la sorte ! Mais apprenez-moi donc comment elle se porte, Cette aimable beauté, de qui l’œil mon vainqueur, Malgré l’éloignement, régne encor dans mon cœur. Stefanie. Hélas ! un sort cruel me l’a trop rôt ravie, Et depuis, le malheur m’a toujours poursuivie. ”
“ La plupart en sont faux : sans les bien éplucher, N'en acquérez jamais. HÉLÈNE Et vous sans le cacher Ne retenez jamais ce qu'il faut que l'on cache. LÉONOR Votre face est en feu, quelque chose vous fâche. HÉLÈNE Je rougis, mais de vous. LÉONOR De moi ? Je le veux bien ; [1055] Et moi je ris de vous, pour ne vous devoir rien. BÉATRIX Ha, Madame, elle enrage. LÉONOR Et moi je suis ravie, Je ne passai jamais mieux le temps de ma vie ; Mais Dom Diègue a tort, il se devait cacher. BÉATRIX L'aventure est pour rire, et non pour se fâcher. [1060] LÉONOR Dom Diègue ! ”
“ Vous mande que demain vous le verrez paroître Auprès du commandeur ; je voudrois bien savoir Ce qu’il peut espérer de l’honneur de vous voir ; Avec juste raison pour lui je m’intéresse, Souhaitant plus que lui de vous voir ma maîtresse : Mais avec la fortune un esprit peut changer. léonore. La chose vaut assez la peine d’y songer ; Dites-lui cependant qu’il aime, et qu’il espére, Qu’il peut se montrer tel qu’il plairoit à mon pére ! Et s’il daigna m’aimer pauvre que j’étois, Qu’un pareil sentiment peut lui donner mon choix, Pourvu qu’il soit constant, et qu’il soit véritable. ”
“ LUCIE Et moi je sais fort bien qu'un homme de la Cour, Feint fort facilement qu'il va mourir d'amour. BÉATRIX J'ai trouvé le Cocher, il était dans la place. LUCIE Ha ! Vraiment ce coquin mérite qu'on le chasse. [590] BÉATRIX Ce sera fort bien fait, car ce n'est qu'un vaurien. LUCIE Cupidon vous assiste et vous fasse du bien. Adieu mon Cavalier. DOM DIÈGUE Ô Dieu qu'elle est aimable ! Et que je suis, Alphonse, un Amant misérable, Si celle que je viens en ces lieux épouser [595] N'est pas cette beauté qui vient de m'embraser. ”
“ DOM-SANCHE. Autre ennemi cruel qui se vient joindre à Flore, Mais Ingrate ! Assemblez tous ces fiers ennemis, Dom Pedre, Léonore, Dom Carlos, Dom Louis, [1530] Quand toute leur valeur par vos pleurs animée, M'empêcherait d'ouvrir cette porte fermée, Malgré ces ennemis contre moi conjurés, Je verrai cet amant que vous me préférez. FLORE. Dom Sanche regardez ce que vous allez faire. [1535] DOM-SANCHE. Il n'est plus question de plaire, ou de déplaire, D'être dans le respect ; d'être dans son devoir, Qu'a-t-on à ménager, quand on n'a plus d'espoir ? ”
“ Dom Sanche, Cardille CARDILLE. Oui, le fier Dom Louis, et sa bizarrerie, Vient d'entrer à l'instant dans cette hôtellerie : Mais pourquoi n'osez-vous entrer en sa maison ? [300] DOM-SANCHE. Il me l'a défendue, et me hait sans raison, Et c'est celle que j'ai de lui cacher la flamme, Que son aimable soeur allume dans mon âme : Je viens donc en secret voir cette aimable soeur. CARDILLE. Vous ne pouviez jamais mieux placer votre coeur : [305] Mais l'aimez-vous encore ? DOM-SANCHE. Oui, Cardille, je l'aime, Autant qu'on peut aimer, enfin plus que moi-même. ”
“ Aussi-bien qu’un portrait, on y perdroit ses pas. Encor un coup, ici l’on ne m’attrape pas ; Mais allons nous coucher. À propos, notre frére, Coucher avec quelqu’un n’est pas mon ordinaire : Passe pour une fois. Ô dom Cosme ! ô Madrid ! Ô maudit mariage ! ô marquis sans esprit ! Il sort. D. Sanche. Ô destin ! ô amour ! ô toute aimable Blanche ! Pourrez-vous rendre heureux un autre que dom Sanche ? Il sort.Merlin. Ô dom Blaize ! ô dom Sanche ! ô cher couple de fous ! Que le pauvre Merlin va souffrir avec vous ! Il sort.Ordugno. Ô cher ami Merlin ! ”
“ OLIVARÈS, STEFANIE, LOUIZE.Olivarès. Qu’as-tu de bon ? Tais-toi, sultane des coquettes. Je me suis informé, comme vous m’aviez dit, Du logis de dom Sanche, et je sais comme il vit, Et que pour le servir, il n’a qu’une personne : Mais on m’a dit de plus, et c’est ce qui m’étonne, Que son appartement, dont je me suis enquis, Étoit l’appartement de même marquis, De ce dom Blaize Pol qu’on attend de Castille. Stefanie. Eh bien ! c’est un matois, un petit noble, un drille, Vois-tu ! je me connois en gens de qualité. Olivarès. ”
“ LÉONOR Et de fort mauvais yeux De mépriser la forme, et choisir la matière. HÉLÈNE Votre portrait en l'un et l'autre ne vaut guère. LÉONOR Peut-être en avez-vous tâté, car autrement Vous ne parleriez pas de lui si hardiment. [1040] HÉLÈNE Je ne tâte jamais d'une chose mauvaise. LÉONOR Vous êtes délicate, et moi je sui bien aise Aux dépens de mon goût de croire en tout honneur Qui dans la vertu seule établit le bonheur. HÉLÈNE Vous êtes bien parfaite. LÉONOR Et point du tout avare. [1045] HÉLÈNE C'est trop voir pour un coup une dame si rare. ”
“ Vous vous coulez, dom Cosme ; allez, vous faites bien. Dom Cosme et Blanche sortent. Et vous, astre d’amour qui suivez votre pére, Empêchez l’esprit doux de se mettre en colère, Ordugno ! Ordugno. Ordugno !Monseigneur ? D. Blaize. Ordugno ! Monseigneur ?Il faut assurément Que le ciel m’ait donné de ses biens largement. Ô les rares talens que je laisse détruire ! Je n’ai pas plutôt fait mon mérite reluire Dans Madrid, et j’y suis à grand’peine arrivé, Qu’on m’y court, que j’y suis, peu s’en faut, enlevé. Il n’est, ma foi, rien tel que d’être né bel homme. ”
“ Ne se hasarder point, c'est bien faire sa cour. DOM DIÈGUE Si ce grand Fanfaron par malheur allait battre [1165] Mon laquais, il faudrait l'assommer ou combattre ; Je hasarde bien moins, empêchant son dessein. LÉONOR On ne conserve pas un jugement bien sain, Quand on a de l'amour ; mais souvent le courage L'emporte dessus lui, sans être le plus sage. [1170] DOM DIÈGUE Je crains trop de mourir, puisque je vous suis cher : Si je fais jamais rien qui vous puisse fâcher, Ne me souffrez jamais : mais voici Roquespine. LÉONOR Ha, tout cet attirail de guerre m'assassine ! ”
“ Le Ciel qui vous a fait sans doute l'un pour l'autre, Devait bien à son coeur, un coeur comme le vôtre. Mais ne lui parlons plus par des déguisements, Découvrons à l'ingrat mes justes sentiments. Dom Sanche ! Je vous hais d'une haine mortelle, [550] Comme un amant ingrat, un lâche, un infidèle. Un homme dans Madrid pour venger son amour, Vous a quasi réduit à votre dernier jour. Une femme peut bien vous faire dans Valence, Contre un même péril pour une même offense. [555] DOM-SANCHE. Si vous vouliez m'ouïr... FLORE. Ne me parlez jamais. ”
“ Le Comte Je n'en aurai pas moins. Béatrix Ne faisons pas de bruit. Le Comte Je vous ferai passer une mauvaise nuit. Dom Pedre Ne songez point en moi, songez à votre affaire. [785] Le Comte Vous avez de l'honneur. Dom Pedre Contre mon propre père, Contre le monde entier contre moi conjuré. Je pérorais pour vous, puisque je l'ai juré ; Je vous l'ai déjà dit, et je vous le répète. Le Comte Je n'attendais pas moins d'une âme aussi bien faite. [790] Béatrix Trêve de compliment ; notre ennemi commun Est tendre à s'éveiller autant qu'un homme à jeun. ”
“ DOM FÉLIX Cher ami, nous vivons trop à la familière. [115] JODELET Quand un valet sert bien, un valet ne craint guère : Songez à me répondre, au lieu de contester. DOM FÉLIX Je n'y gagnerais rien, il le faut contenter. Quand tu vois que d'amour, je soupire et je pleure, Ne crois pas pour cela, cher ami, que j'en meure ; [120] À toutes quelquefois tu penses que j'en veux, Au diable si je suis de pas un amoureux : Quand j'offre à des beaux yeux mon âme en sacrifice, C'est moins par passion que j'aime, que par vice ; Je deviens amoureux, et si je n'aime rien ”
“ OROSMANE. Un malheureux, qu'opprime une indigne fortune, Vous ayme, & souffrira qu'elle vous soit commune; Un Prince trop heureux d'avoir porté vos fers, Et trop recompensé des maux qu'il a soufferts, Pour peu qu'en ses malheurs vous preniez part encore, Verra mourir pour luy la beauté qu'il adore? O Dieux! ce seul penser dans l'esprit d'un Amant, Est son plus veritable, et plus cruel tourment. Songez, songez, Princesse à mes maux trop sensible, Que vostre mort rendroit la mienne plus horrible, Et songez que mourant & pour vous, & sans vous, Le plus cruel trépas me peut devenir doux. ”
“ Contre un homme puissant. Stefanie. Contre un homme puissant.Quoique pauvre étrangére, Mon pére fait ici sa demeure ordinaire ; Il ne laissera pas une fille au besoin : De lui, jusqu’à ce jour, je me cache avec soin, Redoutant son courroux, de ma faute honteuse, Mais je sais bien qu’il a l’ame fort généreuse. Je suis, pour vous parler avec sincérité, Fille d’un Castillan homme de qualité : Il devint dans Lisbonne amoureux de ma mère, Qui n’a point eu depuis nouvelles de mon pére. D. Cosme. Homme de qualité ? Stefanie. Homme de qualité ? Noble comme le roi. ”
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