“ Zélie, brune piquante, plus formée que je ne l’étois, de taille à braver vingt satyres & de force à les terrasser, partagea ses plaisirs avec moi ; je ne lui dissimulai rien, c’eût été vainement. La nature m’a donnée le talent heureux de masquer mes jouissances, elle m’a refusé celui de cacher mes désirs ; un mal-aise involontaire se fait alors sentir, mes joues se colorent, mes yeux ont une langueur mêlée de feu : mon amie auroit donc deviné mes besoins irrésistibles ; d’ailleurs une fille de dix-huit ans ne sait-elle pas ce qu’il faut à celle de quinze ? ”
Anonyme
Citations de La Belle libertine (Anonyme)
“ Sans doute il faut appliquer cette réflexion aux premiers sacrifices que les jeunes personnes font à l’amour ; rarement on est couché sur un lit de roses. Pour moi, la cave au bois fut mon premier temple, quelques fagots de sarmens mon premier autel ; que ce réduit ressembloit peu au boudoir voluptueux de nos charmantes coquettes : c’étoit peu que d’avoir risqué de me casser le cou en escaladant un bûcher pour parvenir au rendez-vous, c’étoit peu que mon amant eût passé avec peine par un soupirail étroit pour y arriver ”
“ Ah ! chere Adeline, s’écria-t-il, dans le transport de la volupté, que ne puis-je m’attacher à vous ! le jour que vous m’accordez est le plus heureux de ma vie, mais il aura la rapidité d’un éclair ; les jouissances que vous me procurez sont trop délicieuses pour un mortel ordinaire ; après les avoir savourées, il ne me restera plus qu’à mourir...... Quelle gorge ! en y imprimant mille baisers : quel bouton de rose ! en le pressant entre ses lèvres brûlantes ”
“ Dieux ! que vous m’avez fait languir, désespérante Adeline, s’écria Lubersac dès qu’il m’apperçut ; m’abandonner à une solitude affreuse, lorsque je sais que vous etiez seule : — Pas tout-à-fait, lui répondis-je, j’avois quelqu’un que je brûlois de renvoyer, mais me voici, le jour s’avance, réparons les instans perdus. — Il faut donc vous quitter demain, adorable maîtresse : hélas ! vous savez que l’amour doit se taire quand l’honneur & le devoir parlent ”
“ Hélas ! pourquoi nos jouissances sont-elles bornées par la nécessité du repos ; il fallut reprendre des habits dont il est si joli de se passer, quand on veut, d’après mes principes d’économie, tirer le meilleur parti d’un jeune homme vif & vigoureux. Ma parure rajustée par Rosette & par mon amant, non sans couvrir de baisers reconnoissans toutes les parties qu’il sembloit cacher avec peine, je le laissai dans cette langueur délicieuse dont les véritables amans savent encore jouir, & que le bon Jean-Jacques sçut si bien définir [1] . ”
“ L’héroïne, introduite dans une abbaye de Bernardins, pour les plaisirs de dom prieur, trouve moyen de le cocufier avec un jeune novice ; la scène se passe dans un dortoir, point de meuble commode, une chaise se présente ; le moinillon qui vaut mieux que dom Frapart, cloue si fortement la petite friande, que la maudite chaise se brise. Le couple amoureux tombe avec fracas, le bruit attire les cénobites qui sortent de leurs loges ; tu peux juger du reste, ma chere Adeline... ”
“ Après Paris, il n’est point de ville où le spectacle soit plus brillant & plus fréquenté qu’à Bordeaux, je les suivois tous ; le théâtre est pour une femme ardente d’une ressource singuliere ; c’est là qu’elle jette le mouchoir ou le reçoit ; là les lumieres augmentent sa beauté, la parure lui donne de l’éclat, ses yeux se promènent sur un sérail masculin ; les ariettes amoureuses échauffent l’imagination ”
“ Je n’avois senti la veille que l’approche du plaisir ; malgré les légères cuissons qui en retardoient encore l’existence, je le connus ; nature, jeunesse, santé sont des maîtres uniques. Je me prêtai à tout ; je saisis avec un frémissement inconnu, le v.t de mon amant ; j’aidai à le diriger dans sa route obscure ; moins effrayée de ses proportions, je hâtai l’instant où, répandant ensemble cette liqueur brûlante, qui mit le comble à mon délire, nos âmes confondues s’anéantirent pour renaître. Ce soir nous eûmes le tems de redoubler ”
“ J’étois partie de mon village avec une dignité qui en imposoit à ses stupides habitans ; je portai l’orgueil jusqu’à ne pas faire mes adieux à cette cave chérie qui avoit reçu ma première offrande à l’amour ; je ne vis pas même celui qui m’avoit ouvert la carrière des plaisirs ”
“ Je n’ai point d’art, je tiens de la nature ce que vous louez, vous voyez que je n’en profite pas mal. Quelques coups m’imposèrent silence ; dès que mon amant me vit occupée, il appella Rosette, & lui dit : Prenez-la jambe droite de madame, mettez-vous à côté de moi ; touchez-moi par un contact entier de votre corps ; soulevez la jambe d’Adeline à la hauteur de mon épaule, sans la serrer ; vous sentirez ainsi chaque mouvement que je ferai ; ce mouvement se communiquera à ma belle patiente ; & toi, chere amie, laisse tomber la jambe gauche & allons notre train. ”
“ La nature ne perd jamais ses droits sur les cœurs même les plus corrompus ; j’adorois ma bonne maman, je ne perdis pas un instant pour voler auprès d’elle ; j’arrivai assez à tems pour recevoir sa bénédiction & son dernier soupir. Mon intention étant d’amuser mon lecteur, & non pas de l’intéresser, je lui ferai grâce de cette triste scène & de ses suites. J’avois seize ans ; J’étois charmante, maîtresse absolue de ma personne, mais sans fortune, & sans moyens honnêtes pour subsister ; je savois très-bien me parer, mais j’ignorois même l’art de faire mes parures. ”
“ Je ne suis pas habile dans l’art héraldique, quoique d’antique noblesse se soit greffée sur ma roture ; mais ai-je besoin d’ayeux ? une jolie femme ne jouit-elle pas de tous les avantages ? si j’étois née d’un sang illustre, j’aurois le bon sens de ne m’en pas vanter ”
“ J’étois relevée & à-peu-prés remise en ordre, lorsque mon amant me dit : — Non, adorable Adeline, je ne puis vous quitter encore ; la maniere trop commune que nous avons employée, vous auroit-elle déplu ? Essayons-en une autre pour varier nos attitudes & nos plaisirs : peut-être ne connoissez-vous pas la ressource d’une chaise ? Les dames de ma garnison s’en servent avec succès. Elles y trouvent en même-temps position avantageuse, promptitude à la quitter, & discrétion ; car tout autre meuble est souvent un témoin qui dépose fortement, quoique muet. ”
“ A une demi-lieue de notre habitation, demeuroit un ancien militaire, homme de quarante-cinq ans, retiré du service, avec la croix ; il jouissoit d’une fortune considérable, qu’il mangeoit, partie dans la terre superbe qu’il habitoit l’été, partie à Bordeaux où il passoit tous les hivers. C’étoit un homme de plaisir qui n’avoit jamais voulu se marier pour être son maître absolu ”
“ Un roué m’a donné l’être : entendez par ce mot, si usité à la cour & dans les coulisses, un homme qui, avec quelque sorte d’esprit, s’en adjuge libéralement beaucoup plus qu’il n’en a ; détracteur du mérite, fourbe, séducteur, marchant à son but par la fraude & l’astuce ”
“ Une bonne maîtresse ne se gêne point avec des domestiques qu’elle aime ; je vous regarde comme une seconde Fanchette, votre âge, votre innocence me sont garants de votre prudence ; il alloit répondre. Rosette coupa la phrase, & lui dit : Honoré, ouvre le lit de madame, donne lui la main, couvre la bien, & tu verras que les nouveaux sont mieux traités que les anciens : puis elle se retira, en lui souhaitant bonne nuit. ”
“ Il est vrai que mon heureuse conformation me rendoit étroite à l’excès ; je n’avois jamais connu l’onanisme, ni ses secours trompeurs, & j’étois trop passionnée pour me contenter d’une demi-jouissance ; mais je ne sais si l’on m’entend, j’ai joué la prude sans m’en appercevoir ; j’ai emprunté des mots qui n’ont pas la force des termes techniques, mais je suis trop franche pour vouloir me forcer dorénavant à chercher des expressions qui, en m’embarrassant beaucoup, affoibliroient la chaleur de mes avantures. ”
“ J’y trouvai Rosette qui m’attendoit ; la coquine avoit bien l’air d’un lendemain de nôces. Elle ne m’eut pas plutôt apperçue, avec ma nouvelle suite, qu’elle me dit. — Mon dieu, madame, le joli mouton que vous avez trouvé ! — Oui, mais ne va pas le mettre dans ta bergerie. — Pas de quelque tems au moins ; comment nommerai-je mon camarade ? — Honoré. — Seigneur Honoré, joli serviteur d’une maîtresse charmante, j’ai l’honneur de vous offrir mes petites instructions, afin que madame soit bien servie. ”
“ En arrivant chez Théodore, je ne lui avois pas dit, non plus qu’à son mari, que j’étois brouillée avec M. Belval, aussi m’avoient-ils reçue à bras ouverts : mais lorsqu’ils virent Rosette arriver chez eux avec mes malles, leurs mines commencérent à s’allonger, & Dumarsan m’adressant la parole avec un sourire faux : — Que veut dire cela, ma charmante, me dit-il, est-ce qu’il y auroit de la querelle dans le petit ménage ? on peut se bouder, mais il ne faut jamais se quitter ; fi donc ! M. Belval est un homme essentiel, un homme à ménager ”
“ Je donnai à Rosette la reconnoissance ; elle la porta à Duprat, & le soir, au soleil tombant, je me fis conduire chez lui, après m’être costumée le plus modestement possible, pour éviter d’être remarquée. Rosette m’accompagnoit en qualité de tante ; on nous introduisit dans le cabinet du vieux paillard, qui ne se fit pas attendre long-tems. Je vis paroître un grand homme décharné, vieux, laid & dégoûtant, tel que me l’avoit peint Rosette ; sa bouche toujours pleine de tabac qu’il mâchoit, se sentoit de dix pas ; quelques dents noires étoient enchâssées dans des gencives rongées par le scorbut ”
“ Certain d’être dans la plus grande liberté, assez connoisseur pour savoir qu’il falloit agir, & non pérorer, il me presse amoureusement dans ses bras ; & me prie de ne le pas faire mourir d’impatience ; la mienne étoit égale : pouvois-je le faire désirer long-tems ? Faute d’autre meuble ; il me renversa sur le lit de Rosette, après avoir jetté une lévite qui l’embarrassoit, & me fit voir une lance en arrêt, qui eût fait peur à une combattante moins aguérie que moi. ”
“ Mais le ciel se rit des projets les mieux combinés ; un jour mon pere peignoit la jeune épouse du major de la ville, homme vieux & brutal, dans le charmant costume de la belle coucheuse de Porporati, lorsque son mari, qui n’étoit pas dans la confidence, entra brusquement, & la surprit dans cette attitude ; il ne connoissoit ni les regles de la peinture, ni les privileges de peintres, & sans se donner la peine d’examiner si mon pere avoit le droit de peindre les femmes sans chemise, il lui passa son épée au travers du corps, & renvoya son cadavre à ma mere. ”
“ Contentes de nos amans, nous vivions, Zélie & moi, dans l’union la plus parfaite ; jamais le moindre nuage de jalousie ne vint obscurcir nos beaux jours ; j’étois cependant mieux servie que ma fidelle amie ; mon amant avoit cinq ans de moins que son frère, &, dans les champs de l’amour, il n’en est pas comme dans les champs de mars, il faut, pour triompher, vieux guerriers, jeunes f...eurs ; mais je faisois regagner à Zélie par ma complaisance ce que son amant pouvoit perdre en vigueur sur le mien. J’avois une croupe superbe ”
“ Je n’avois point à craindre d’être ratée, rien ne me retint davantage : — viens, mon cher petit, connois le suprême bonheur, & souviens-toi que c’est à ta maitresse que tu dois la première leçon ; imites-moi & obéis à la nature. ”
“ Mon amant & moi finîmes ensemble ; nous fûmes inondés par nos mutuelles libations, qui disparurent bientôt par les soins de l’officieuse Rosette. Lubersac avoit besoin de restaurans ; je le laissai avec Rosette qui lui servit un déjeûner analogue à la circonstance. Elle étoit jeune & jolie : la scène dont elle venoit d’être le témoin passif, devoit la mettre en bonne disposition, & je ne doute pas que mon galant militaire ne se soit consolé avec elle de mon absence. J’ai eu plus d’une fois des soubrettes qui m’ont escamoté des passades ; mais qu’y faire ? il faut que tout le monde s’amuse. ”
“ Il y a dans cette ville, un vieux cuistre bien laid, bien ladre, bien fripon, & encore plus paillard ; c’est un notaire, que l’archevêque a voulu faire pendre pour avoir, d’un seul coup de filet, volé cent mille livres à l’archevêché dont il étoit le receveur ; il a une fortune immense dont il jouit impunément, parce qu’il paie largement la protection du commandant, dont il est l’âme-damnée ; il y a long-tems qu’il vous lorgne, & qu’il est amoureux-fou de vous ; vous viviez encore avec Belval, que déjà il vouloit vous avoir ”
“ Je poussois cependant des cris si aigus, que bientôt toute la maison fut à la porte ; il fallut l’enfoncer, car le scélérat ne voulut jamais ouvrir : qu’on juge de l’étonnement des spectateurs de trouver, d’un côté, une jeune fille toute nue, & dont le sang couloit à grands flots, qui, sans songer à cacher ses charmes à des yeux avides & curieux qui les dévoroient, ne s’occupoit qu’à pleurer, & de l’autre côté, un vieillard furieux haletant de luxure, tenant encore d’une main son v.t qu’il secouoit encore involontairement, & de l’autre une énorme poignée de verges teintes de sang. ”
“ Je suis, me dit-il en barbouillant & en me jettant sa salive au visage, monsieur le chevalier B*** de F***, lieutenant de messieurs les maréchaux de France ; le vicomte de H***, lieutenant de maire, est mon gendre ; il a la haute-police sur toutes les coquines de la ville, & il ne tient qu’à lui de vous faire mettre au cachot & de vous y faire pourrir, pour la scène scandaleuse qui est arrivée chez vous ; il convient bien à une drôlesse comme vous de compromettre un honnête homme qui a la foiblesse de s’amuser avec vous. ”
“ La vanité ou l’intérêt ont toujours été les motifs de ceux qui ont écrit des mémoires ; les miens sont uniquement le désir d’amuser & d’instruire. On ne manquera pas de dire, en lisant le titre de cet ouvrage ; mais nous savons tout cela, on voit cela par-tout ; l’art de multiplier les jouissances, en variant les préludes & les positions, est poussé à sa perfection ”
“ Jugeant alors que j’étois assez émue pour me donner les plaisirs les plus vifs, il se leva rapidement, & me le mit avec toute l’ardeur d’une premiere jouissance ; mes pieds appuyés contre le mur qui formoit la ruelle, me prêtoient une force supérieure. ”
“ Je découvrois des fenêtres de mon hôtel, un vallon rempli d’orangers dont les fleurs odorantes parfumoient l’air qui venoit jusqu’à moi ; plus loin la vue se porte sur des marais salins, & l’aspect de la mer termine ce coup-d’œil qui s’embellit par les navires qui passent pour gagner Marseille ou le Levant. Saint-Aubin aimoit la promenade ; elle n’avoit rien de mieux à faire ; le chevalier Walton étoit attaqué du Spléen, sa maîtresse avoit besoin de moi pour se distraire, ne pouvant jouir des consolations galantes que de jeunes provençaux lui offroient, parce que Walton étoit mauvais plaisant. ”
“ Ce spectacle étoit nouveau pour moi ; son élégante simplicité me parut d’un luxe très-recherché ; le goût y régnoit plus que la magnificence, & rien de ce qui est commode, n’y étoit épargné. Adeline ne se trouvoit plus réduite à ses fagots ; elle ne voyoit plus même qu’avec mépris le sopha de Zélie. Elle alloit s’exercer sur un charmant lit à la turque, & voir ses petites singeries répétées dans les glaces qui l’environnoient. Le pressant Monrose ne perdit pas un temps précieux ”
“ Belle & bonne maîtresse, par où voulez-vous que je commence ? tous ses doigts étoient en mouvement, mais ce qui valoit mieux encore, c’est que la nature avoit été pour lui généreuse & précoce ; il portoit un outil de société qui auroit fait honneur à un jeune homme de vingt ans, & dont il ne savoit ou n’osoit que faire en si belle occasion, puisqu’il le tenoit alternativement caché de chaque main. Pour le forcer de le laisser en liberté, je lui dis : Honoré, passe tes bras sous les miens, pour frotter doucement mes épaules ”
Termes fréquents
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