Antoine de Latour

Résumé

Antoine de Latour Revue des Deux Mondes

Ce qu’il fallait à l’époque de Malherbe, ce n’était pas une langue pour les hommes de génie qui ne sont jamais embarrassés pour se créer la leur ; ce qu’il fallait, c’était une langue pour tous, une langue pour la France, et si Malherbe a voulu la faire claire, limpide et concise, convenons qu’il y a merveilleusement réussi. Cette langue une fois faite, il l’appliqua à la poésie, mais à la façon de ces dialecticiens habiles qui, peu soucieux de la vérité en elle-même, n’abordent la métaphysique que pour essayer leur méthode. Quand Malherbe s’avise d’être poète, béni soit Dieu !
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Antoine de Latour Revue des Deux Mondes

Placé entre les aventureux disciples de l’école de Ronsard et les pacifiques créateurs du grand siècle, Malherbe parut comprendre qu’à cette littérature qui allait naître d’une ère moins orageuse dans sa grandeur que l’âge qu’il voyait finir, il fallait une langue. Ce fut sa gloire d’avoir créé cette langue. Son tort fut de croire qu’une langue était à elle seule toute une poésie. Mais ainsi va l’esprit humain. On n’est fondateur qu’à la condition d’abaisser toute idée devant celle que l’on édifie, et de ne reconnaître à l’édifice d’autre base que la pierre que l’on a posée.
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Antoine de Latour Revue des Deux Mondes

La première passion qui inspira des vers à Malherbe eut pour objet une jeune et belle Provençale que le poète a quelque part appelée Nérée, anagramme sous lequel il est aisé de retrouver ce nom de Renée, si commun en Provence. Il l’aima vainement, et, quoiqu’il ne fût pas homme, c’est lui qui parle, à courtiser long-temps qui ne le payait de retour, il soupira pendant quatre années. Lorsqu’il se sentit enfin la force de rompre sa chaîne, il jeta pour adieu à la femme qu’il avait aimée quelques stances assez fières, mais dont le dépit éloquent décèle encore la passion.
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