Résumé

A. de Latour Revue des Deux Mondes

Une nouvelle vient troubler son bonheur. Il apprend que des copies de son poème courent le monde. L’imprimer devient nécessaire. Il y a regret, je vous assure : c’est son poème de prédilection ; il y met l’histoire de ses amours ; c’est un compagnon qui le suit à la guerre, c’est un ami qui anime la solitude du manoir. Lorsqu’il l’emporte avec lui à Laroche-Racan, le souvenir de Mme de Thermes ne lui apparaît plus qu’à travers un léger nuage de douce poésie, et s’il écrit à Malherbe, ce n’est plus pour lui parler d’elle, mais pour l’inviter à venir entendre ses vers et goûter ses melons.
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A. de Latour Revue des Deux Mondes

C’est souvent dans sa manière le même laisser-aller de rhythme et de langage, c’est dans ses opinions le même épicuréisme indolent et sensuel, c’est dans l’instinct de ses goûts le même amour des champs et de la solitude, c’est jusque dans sa vie privée la même bonhomie : Racan, par la naïveté de ses distractions, appartient aussi à la famille de ces rêveurs que Dieu n’a pas le courage de damner.
Ce poète nous apparaît donc comme l’anneau qui lie dans l’histoire de notre poésie ces deux hommes de races si diverses, Malherbe et La Fontaine.
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A. de Latour Revue des Deux Mondes

C’était par distraction, sans doute, qu’il l’avait aimée si long-temps.
Toutefois, il ne faut pas s’y tromper, l’amour ne faisait pas perdre à Racan tout souci de sa renommée. Il avait achevé, en 1625, son poème des Bergeries. Retiré dans son domaine, il écrivait avec une candeur charmante : « Je jouis, dans ma solitude, d’un repos aussi calme que celui des anges ; j’y suis roi de mes passions aussi bien que de mon village ; j’y règne paisiblement dans un royaume qui est une fois aussi grand que le diocèse de l’évêque de Bethléem. » Ce n’est pas là le langage d’un homme que la passion dévore.
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