Antoine de Malherbe

Définition et enjeux

Antoine de Latour Revue des Deux Mondes

Ce qu’il fallait à l’époque de Malherbe, ce n’était pas une langue pour les hommes de génie qui ne sont jamais embarrassés pour se créer la leur ; ce qu’il fallait, c’était une langue pour tous, une langue pour la France, et si Malherbe a voulu la faire claire, limpide et concise, convenons qu’il y a merveilleusement réussi. Cette langue une fois faite, il l’appliqua à la poésie, mais à la façon de ces dialecticiens habiles qui, peu soucieux de la vérité en elle-même, n’abordent la métaphysique que pour essayer leur méthode. Quand Malherbe s’avise d’être poète, béni soit Dieu !
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Antoine de Latour Revue des Deux Mondes

S’il se fût arrêté là, la réponse était d’un critique et d’un poète. Mais il ajouta par malheur : « Et on doit croire que qui saute bien pourra bien marcher. » Ceci n’est plus que ridicule. La critique véritable ne reconnaît pas d’hiérarchie parmi les genres et croit à la fatalité des vocations spéciales.
Toutes ces anecdotes expliquent à merveille le caractère du talent de Malherbe, et font admirablement comprendre à combien de titres il était fait pour la mission qu’il s’imposa. La voie qu’il s’était tracée à lui-même, il y poussait avec ardeur tous ses disciples.
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Antoine de Latour Revue des Deux Mondes

Placé entre les aventureux disciples de l’école de Ronsard et les pacifiques créateurs du grand siècle, Malherbe parut comprendre qu’à cette littérature qui allait naître d’une ère moins orageuse dans sa grandeur que l’âge qu’il voyait finir, il fallait une langue. Ce fut sa gloire d’avoir créé cette langue. Son tort fut de croire qu’une langue était à elle seule toute une poésie. Mais ainsi va l’esprit humain. On n’est fondateur qu’à la condition d’abaisser toute idée devant celle que l’on édifie, et de ne reconnaître à l’édifice d’autre base que la pierre que l’on a posée.
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