“ Peut-être, si de suprêmes et impérieuses nécessités n'enchaînent pas sa clémence, l'Empereur, dans sa bonté, dans sa grandeur d'âme, après avoir protégé, au moment de l'attentat, les jours de l'accusé contre l'indignation publique, voudra-t-il encore se venger par un magnanime pardon, et condamner celui que vous auriez déclaré coupable, au supplice d'un éternel remords et d'une reconnaissance sans bornes. ”
Citations de Attentats et complots contre Napoléon III, histoire complète des attentats et des complots jusqu'à ce jour… ()
“ Est-ce que vous n'êtes pas certains qu'Orsini n'a cédé qu'aux entraînements que je vous signalais? Est-ce que vous n'êtes pas convaincus qu'au moment où il allait exécuter le crime qu'il déplore, qu'il voudrait pouvoir racheter au prix de son sang, il n'avait devant les yeux que le bien, l'affranchissement et l'indépendance de sa patrie? Qu'il obéissait à de grandes pensées qui ont pu être flétries avec éloquence dans un procès d'assassinat? " Messieurs, dans les cabinets des rois il peut y avoir des hommes qui disent à une nation : Votre gouvernement me déplaît, et je le change! ”
“ Nous pouvons différer d'opinions, M. le procureur général et moi; je demande la permission de ne pas m'incliner devant les principes et devant les hommes qu'il défend ; je demande la permission de conserver dans mon coeur le dépôt sacré de mes impressions et mes croyances ; monsieur le procureur général sait aussi bien que moi que ces croyances n'ont pas pour symbole l'assassinat et le poignard. Je déteste la violence, et je condamne la force quand elle n'est pas employée au service du droit. ”
“ Sachons, en effet, messieurs, défendre la société contre ses implacables ennemis. Sachons défendre, par les lois répressives, le pouvoir qui nous abrite et le souverain que nous avons acclamé, ramenant au milieu de nous la sécurité du présent et le droit de compter sur l'avenir. Au reste, les événements actuels semblent, comme d'eux-mêmes, faire un appel au bon sens et au patriotisme du pays. Voyez ce qui se passe autour de vous. Le duel séculaire entre les deux grandes nations, la France et l'Angleterre, est remplacé par la plus cordiale alliance. ”
“ L'Italie demande que la France n'intervienne pas contre elle; elle demande que la France ne permette pas à l'Allemagne d'appuyer l'Autriche dans les luttes qui vont peut-être bientôt s'engager. Or, c'est précisément ce que Votre Majesté peut faire, si elle veut. De cette volonté dépendent le bien-être ou les malheurs de ma patrie, la vie ou la mort d'une nation à qui l'Europe est en grande partie redevable de sa civilisation. ”
“ Ils ont semé dans les écoles, dans les ateliers, dans les mansardes, le germe de ces passions détestables qui se traduisent par l'assassinat et l'insurrection. Ici, c'est l'ex-colonel Charras appelant à la révolte et au massacre ces soldats français sous le drapeau desquels l'honneur s'est toujours réfugié; c'est lui qui leur crie de «frapper le tyran et ses complices, parce que l'humanité les en conjure et que la justice le leur ordonne ! » Et cette infâme provocation, on la trouve dans les papiers de presque tous les accusés, comme un mot d'ordre auquel ils doivent obéir. ”
“ Italien, Orsini a conspiré pour sa patrie. Descendez dans son coeur, mais ne le méprisez pas! Ne joignez pas au crime qu'il a commis, et que je n'excuse pas, l'accusation accessoire qui comprend les nombreuses victimes de l'attentat du 14 janvier! De la mort de ces victimes, il répondra devant Dieu ; mais il n'a pas à répondre devant la justice des hommes, car, pour la loi criminelle, le crime est dans l'intention. ”
“ Mais l'esprit révolutionnaire ne voit, dans nos armées absentes, qu'une occasion nouvelle pour ses projets d'assassinat et de bouleversement. L'Empereur, — qui le nierait? — veut notre patrie puissante et honorée, marchant dans la voie de la modération et du bon droit, à la tête des peuples civilisés. Il veut que, par l'humanité, le travail et l'ordre, le sort des classes pauvres soit amélioré ”
“ Le jeudi soir, il se tenait près de la portière de la voiture impériale, lorsqu'éclata la première bombe. Alessandri se précipite, écarte la foule qui encombrait la voie publique; puis, les deux autres explosions ayant eu lieu, il aperçoit, se glissant à travers les groupes, un individu aux allures suspectes : il devine un assassin, s'élance sur lui et l'arrête. Cet homme était armé d'un revolver. C'est Alessandri qui a ouvert la portière de la voiture impériale en priant l'Impératrice de descendre. ”
“ Italien, fils d'une patrie opprimée par l'étranger, j'aurais voulu souffrir comme vous, j'aurais voulu verser mon sang pour elle ! offrez votre tête en holocauste à la société que vous avez offensé, à la loi que vous avez méconnue et violée ! Votre vie va disparaître pour expier le crime que vous avez commis ! J'irai avec vous devant le jury, non pas pour glorifier mais pour expliquer votre conduite, pour dire sous l'empire de quels sentiments vous avez commis cet acte que je déplore et que je condamne ”
“ « La République n'est pas l'assassinat. Car, je dois le dire ici publiquement, l'assassinat n'entre pas dans mes principes (rumeurs au fond de l'auditoire) . Il faut' que la liberté de l'Italie se fonde, non par l'assassinat, mais par la douceur, par les moeurs et par la vertu. » J'avais institué une junte militaire contre des individus qui avaient déraciné des arbres de la Liberté. Ceux qui avaient fait cela étaient tout bonnement des traîtres, car ils appartenaient à l'administration. Or, dans la révolution, il faut faire vite : ils furent condamnés à mort ! ”
“ Quoi qu'en dise M. le procureur général, Orsini n'a cédé ni à une pensée de convoitise, ni à des idées d'ambition, et il n'a obéi à aucun sentiment de haine. Quand on a parlé de tout cela, ce n'est pas l'histoire d'Orsini qu'on vous a faite. Sa vie entière proteste contre de semblables imputations. Italien, il a lutté toute sa vie contre l'oppression de sa patrie par l'étranger. Il a reçu cet amour de la patrie avec le sang de son père ”
“ S'il était une nation assez malheureuse pour tomber entre les mains d'un despote, ce ne serait pas le poignard qui briserait ses chaînes. Dieu, qui les compte, sait les heures des despotes : il leur réservé des catastrophes plus inévitables que les machines des conspirateurs. Voilà, messieurs, voilà ma foi profonde, et cependant, quand Orsini a fait appel à ma parole, je ne l'ai pas repoussé. ”
“ Mais l'esprit révolutionnaire, qui se désole de la restauration de notre grandeur nationale, de la paix publique rétablie, de la justice et du calme rendus aux classes laborieuses ; l'esprit révolutionnaire ressuscite le régicide, et le voilà, armant la main d'un bandit italien contre la vie de l'Empereur, parce que l'Empereur est, aux yeux de tous, l'expression providentielle de l'ordre social. ”
“ Quand il s'agit d'un assassin isolé, pris les armes à la main, traduisant par un coup de couteau ou par la balle d'un pistolet les doctrines régicides de son parti, à quoi bon l'appareil solennel d'une justice exceptionnelle? Il faut que les assassins sachent que, quand ils ne sont pas à l'instant broyés par l'indignation publique, ils sont saisis et promptement jugés par la justice du pays. ”
“ Dès la sortie de la prison, Piéri avait entonné le Chant des Girondins, et c'était vraiment quelque chose de lugubre que de voir le voile noir qui couvrait sa figure, se soulevant périodiquement sous la respiration haletante et les chants patriotiques du condamné, —168 — Orsini continuait à garder le silence. Arrivés au pied de l'échafaud, quand on les découvrit; qu'on vit tout à coup la figure impassible et sereine de cet homme qui allait mourir, il y eut dans la foule un murmure d'étonnement. ”
“ M. l'avocat-général arrive aux faits de l'Opéra-Comique, à l'occasion desquels il résume les renseignements que l'instruction et les débats ont fournis à l'accusation. Après avoir ainsi reproduit, à grands traits, l'ensemble des faits généraux, M. l'avocat général continue en ces termes : Mais tous les coupables ne sont pas sur ces bancs : tous peut-être ne sont pas en France. En présence, d'actes si graves, il ne faut rien exagérer ni rien amoindrir, il faut dire la vérité : il faut faire retomber la part de responsabilité sur quiconque l'a encourue ”
“ Je me confie, messieurs, à la sagesse, à l'esprit de justice de mes juges, à la probité des jurés, qui sauront dégager ce que j'ai fait de toutes circonstances étrangères et fausses, déclarées par mes coaccusés; déclarations faites sous l'influence de la peur, et MM. les jurés savent que la peur est une mauvaise conseillère. Permettez-moi de revenir sur les déclarations que j'ai faites concernant Allsop et Bernard. Quant à Allsop, il a fait faire les bombes sur ma demande, mais comme étant des objets qui pouvaient servir à des expériences de gaz. ”
“ Il ne m'appartient pas, messieurs, à moi qui n'ai pas les privilèges dont M. le procureur général est investi, de rechercher les causes qui depuis tant d'années, dans notre société troublée, ramènent si souvent de pareils forfaits. Et pourtant, c'est bien le moins que la société, au moment de frapper un de ses membres, puisse se recueillir et rechercher le mobile et l'intérêt des crimes qu'elle va punir. C'est donc sur la tête d'Orsini que ma faible main va s'étendre, non pour le sauver, non pour le défendre, mais pour expliquer à quel funeste entraînement il a cédé ”
“ Je viens de développer rapidement ce qui constitue les nécessités de l'accusation. Elle est évidente, irréfutable; il n'y a point à la discuter. Le crime est flagrant, et l'accusé est convaincu avec ou sans ses aveux. ”
“ L'Empereur, en outre, parcequ'il est l'élu de ce pays, ne cherche pas d'autre défense que celle qui appartient à tous. Il se réfugie dans la loi commune, et nous venons demander pour lui, pour sa vie, contre le meurtrier, la protection que la société accorde au plus humble de ses membres. ”
“ Ici ce sont des réunions, sur lesquelles la police avait l'oeil, et où l'on proposait l'assassinat pour arriver à l'insurrection. Quand tout est convenu, au moment où l'exécution va commencer, les conspirateurs sont suivis jusque chez eux et saisis sur les lieux, les armes à la main, les vêtements regorgeant d'armes et de poudre. Ainsi, flagrant délit et aveux formels: voilà les éléments qui devront former vos convictions. ”
“ Orsini comme un conspirateur vulgaire, rêvant le renversement des gouvernements établis pour mettre la main sur le pouvoir et les voluptés. Ah ! je le demande à M. le procureur général ! Italien, est-ce qu'il ne sentirait pas le mal qui ronge sa patrie ? Est-ce qu'il ne sentirait pas le poids des chaînes clans lesquelles elle se débat ? La pensée à laquelle Orsini s'est dévoué, mais elle a été celle de Napoléon Ier, qui voulait l'unité de l'Italie, qui a fait beaucoup pour y arriver, et qui savait que la première chose à faire était la destruction du pouvoir temporel du pape. ”
“ Oui, messieurs, s'écrie l'avocat général, il est impossible de ne pas apercevoir la main de Dieu dans cette précieuse protection ; car, vous le savez, l'Empereur est confiant; il marche souvent sans escorte, ne pouvant rien soupçonner d'odieux du caractère français, et s'entourant de sa glorieuse auréole de huit millions de suffrages ! ”
“ Le cauchemar de décembre étreint encore les imaginations, les âmes sont détrempées... L'amour des jouissances matérielles remplace chez presque tous l'idéal de la liberté et les grandes pensées de la Révolution. Pendant trois jours, il visite les anciens Républicains et les garnisons de la banlieue sans rencontrer nulle part les chances de succès d'une tentative insurrectionnelle, et il se préparait à repartir pour Londres, lorsqu'il rencontra par hasard un démocrate connu qui l'engage à venir chez lui le lendemain pour s'y trouver avec un groupe de camarades. ”
“ N'oublions pas aussi que la France est chargée des malédictions de la démocratie européenne, qui attendait de notre initiative son signal de délivrance ; malgré nos faiblesses et nos défaillances, les nations lèvent encore vers nous leurs mains enchaînées et leurs yeux où brille un dernier rayon d'espoir; montrons-nous dignes de la sublime mission de progrès et d'avenir que le monde entier semble nous avoir confiée ”
“ Les dépositions que j'ai faites contre moimême dans ce procès politique, intenté à l'occasion de l'attentat du 14 janvier, sont suffisantes pour m'envoyer à la mort, et je la subirai sans demander grâce, tant parce que je ne m'humilierai jamais devant celui qui a tué la liberté naissante de ma malheureuse patrie, que parce que, dans la situation où je me trouve, la mort est pour moi un bienfait. ”
“ C'est dans le courant de l'année dernière que Piéri et moi nous avons commencé à parler du projet mis à exécution le 14 janvier. Nous étions convaincus que le plus sûr moyen de faire une révolution en Italie, c'était d'en produire une en France, et que le plus sûr moyen de faire cette révolution en France, c'était de tuer l'Empereur. ”
“ La discussion du plan de barricades revient sur le tapis. Ruault tranche la question en disant que l'on fera des barricades comme à l'ordinaire. L'action est résolue ; l'assemblée se déclare en permanence et l'on attendra l'occasion favorable. On étudiera les habitudes de l'Empereur, et quand on le trouvera sans escorte, on tirera sur lui. Son cadavre sera traîné dans les rues, on dressera des barricades, on fera appel par tous les moyens à l'insurrection. ”
“ Soit que depuis le départ d'Orsini pour la France, Bernard eût déposé à Bruxelles de nouveaux instruments de meurtre, soit que l'une des bombes précédemment venues de Londres eût été oubliée à Bruxelles par Orsini ou par le témoin Zeguers, le sieur Giorgi était encore dépositaire, le 7 janvier, d'une boule en métal, que plusieurs témoins ont vue chez lui, et dont la description donnée par eux ne permet pas le doute sur son identité ou sa ressemblance avec celles qui ont servi à l'attentat. ”
“ D. On vous a surveillé; vous avez donné des ordres, placé des hommes sur le passage de l'Empereur?—R. Je n'y étais pas. Si l'on m'avait vu pousser des cris et frapper dans mes mains, on aurait dû m'arrêter. D. Vous devancez ce que j'allais vous dire. Ne triomphez pas déjà, vous allez trop vite et vous parlez trop. Vous êtes signalé comme ayant Sonné des instructions, fait des signaux et placé du monde. — R. C'est faux. Le juge d'instruction a fait placer des agents qui ne me reconnaissent pas, et le juge d'instruction a dit : « Comment! c'est Lux, et vous ne le reconnaissez pas! » ”
“ On ne retrouve pas bien évidemment les traces de Decroix dans l'action ; mais il suffit pour l'accusation qu'il ait été le centre des discussions qui ont traité de l'assassinat. Lux s'est rendu à l'Hippodrome en voiture avec Ruault; il a donné un signal. Il a un mérite de moins que quelques autres de ses coaccusés, c'est qu'il n'est pas aussi explicite qu'eux, et, quoique accablé du poids des charges, il nie jusqu'à l'évidence. ”
“ «Un des principaux accusés (de Méren) s'exprime ainsi, en s'adressant à un des conspirateurs : « Venez, nous aurons des nouvelles de Londres... notre société correspond avec Londres : il le faut, pour donner à nos opérations l'ensemble et la force nécessaires. » Arthur Ranc est sur ces bancs : son frère, Emile Ranc, s'est soustrait par la fuite aux recherches de la justice; mais de l'île de Jersey, où Alavoine est allé le rejoindre, il correspond en France avec des hommes connus pour leurs opinions démagogiques. ”
“ Vous le verrez allant de débauche en débauche, de café en café, toujours oisif, le matin même du crime déjeunant chez une maîtresse et y buvant du vin pour s'exciter au crime qu'il a commis dans la soirée. « Et il vient ici vous dire : « Je ne suis pas " né méchant. Chaque fois que j'étais témoin des « acclamations qui accueillaient l'Empereur, je « me sentais entraîné par ces acclamations. » Il m'a dit à moi: «J'admirais l'Empereur; j'étais « frappé de ses grandes pensées et des grandes « choses qu'il a faites. » ”
“ « A ces détails, qui se rapportent spécialement à la bombe saisie sur Piéri, il convient d'ajouter (ce qui sera établi plus tard par les aveux mêmes de Gomez et de Rudio) que deux des trois bombes lancées contre l'Empereur étaient plus grosses que les autres. Enfin, plusieurs des fragments qui ont causé tant de ravages ont pu être représentés aux experts ; un de ces fragments, extrait du corps d'un cheval, pesait un hectogramme... « Leur seul aspect, « ont dit les experts, suffit pour convaincre de « l'effet meurtrier qu'ils peuvent produire. » ”
Termes fréquents
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