“ Le capitaine ne semblait pas comprendre la logique de Charras aussi bien que le distributeur de mousquetons de la rue de Tournon avait compris celle de Millotte. Charras redoublait d’éloquence, mais n’avançait pas ; il est vrai que, s’il n’avançait pas, lui, ses hommes avançaient peu à peu. On connaît le Parisien, marchant incessamment vers le but de sa curiosité ou de sa passion ; se glissant entre les gendarmes, entre les sentinelles, entre les escadrons ; mettant un pied devant l’autre avec sa voix mielleuse, son geste caressant, moitié chat, moitié renard ”
Charras
Définition et enjeux
Citations sur “Charras”
“ Charras était furieux. Quant à moi, j’avais complètement oublié la situation politique : j’étais un simple philosophe étudiant l’humanité. Il ne me manquait plus qu’un tonneau et Laïs pour que je m’établisse à perpétuité sur la place de l’Odéon, comme Diogène s’était établi dans le gymnase de Corinthe. Une grave discussion me tira de ma rêverie. On voulait absolument faire Charras général en chef, et Charras ne voulait pas être général en chef. Il désignait Lothon — grand et beau garçon tenant à la fois de l’Hercule et de l’Antinoüs — au suffrage de ses concitoyens. ”
Pierre Lanfrey,
Oeuvres complètes de P. Lanfrey…
(1883)
“ On comptait si bien sur lui, on lui savait une telle vitalité que, malgré les avertissements funèbres qui nous arrivaient chaque matin, on se refusait à croire sa fin aussi prochaine. Arrêté brusquement au début de sa carrière, au moment où il entrait dans la pleine possession de ses forces, Charras était loin d'avoir donné la mesure de ses rares qualités. Ces qualités, qui ont été comme perdues pour nous, elles eussent été l'honneur d'un pays libre. Elles allaient en progressant et en s'épurant sans cesse. ”
“ Carrel lui tendit la main. — Ah ! c’est vous, Charras ? lui dit-il. — Oui, bien... Je vous cherchais. — Pour quoi faire ? — Pour vous demander où l’on se bat. — Est-ce qu’on se bat ? dit Carrel. — Mordieu ! je le crois bien ! dit Charras. N’importe, je n’aurais jamais cru qu’il fût si difficile de se faire casser la tête... Depuis hier au soir, je cours pour cela, et je n’en puis pas venir à bout ! ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ À la chute du jour, M. Charras conduisit à l’Hôtel-de-Ville une partie de ceux qui avaient emporté la caserne de Babylone. Il trouva le général Lafayette fort tranquille ; et lui ayant demandé ce qu’il fallait faire des deux cents volontaires qui attendaient sur la place de Grève, il reçut cette réponse : « Qu’ils retournent paisiblement chez eux ; ils doivent avoir besoin de repos. » M. Charras fit observer au général que beaucoup de ces braves gens ne trouveraient pas de pain chez eux en y rentrant. « Eh bien dit-il, qu’on leur donne cent sous par tête. » L’offre fut transmise aux ouvriers. ”
Alcide Gauguié, La Charente communale illustrée… (1868)
“ On arrive à Charras par une route superbe ; à partir de Grassac, elle est pavée de débris de minerai de fer et résonne agréablement sous les pas du cheval. Le bourg, à dix-sept kilomètres de Montbron et à vingt-cinq d'Angoulême, a 207 habitants. Il est assez bien bâti et mérite l'attention du voyageur par son château style Louis XIV, ancienne résidence des marquis de Charras, vieille famille dont le fondateur, François de La Laurencie, écuyer, épousa, le 25 février 1493, Marie de Plouer, fille de Jean, seigneur de Charras et de Claix, qui lui fit don de cette terre. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Peu de mois après, le général Tempoure (Moniteur, 5 décembre 1843) appelait de nouveau l’attention « sur le capitaine d’artillerie Charras, auquel est due une grande partie du succès, qu’il a préparé avec l’adresse, la précision et la connaissance du pays et des hommes dont il a déjà donné tant de preuves. » Il s’agissait de la destruction complète de Sidi-Embarek, un des principaux lieutenants d’Abd-el-Kader. Néanmoins Charras resta simple capitaine. Enfin, en 1844, sur de nouvelles instances de Bugeaud et de Lamoricière, il fut nommé chef de bataillon, mais dans la légion étrangère. ”
“ Charras, l’un des plus braves officiers de l’armée d’Afrique, un des plus loyaux caractères de la révolution de 1848, avait été, vers le commencement de l’année 1830, chassé de l’École polytechnique pour avoir, dans le même dîner, chanté la Marseillaise, et crié : « Vive la Fayette ! » ”
“ Ce projet qu’on avait fait pendant la nuit, c’était d’aller, au point du jour, chercher des habits à l’École polytechnique. En conséquence, Charras, vers quatre heures du matin, sonnait à la grille avec un de ses amis nomme Lebeuf. La hausse se faisait sentir même à l’École : concierge et professeurs reçurent à merveille les deux réfractaires ; on les embrassa, et, selon leur désir, on leur donna des habits. Je me rappelle un détail : c’est qu’ayant trouvé un habit, Charras ne put probablement pas trouver un pantalon ”
“ Mais deux essais infructueux suffisaient à Charras ; il avait laissé ses camarades accomplir leur troisième tentative, qui devait être aussi inutile que les deux premières, et il venait demander à Carrel : « Où se bat-on ? » ”
Thomas-Robert Bugeaud,
Le maréchal Bugeaud, d'après sa correspondance intime et des documents inédits…
(1885)
“ Le colonel républicain Charras disait un jour, en parlant de l'enlèvement de la smalah, et, en matière de courage, l'homme était bon juge : Pour entrer, comme l'a fait le duc d'Aumale, avec cinq cents hommes au milieu d'une pareille population il fallait avoir vingt-trois ans, ne pas savoir ce que c'est que le danger ou bien avoir le diable dans le ventre ! Les femmes seules n'avaient qu'à tendre les cordes des tentes sur le chemin des chevaux pour les culbuter, et qu'à jeter leurs pantoufles à la tête des soldats pour les exterminer tous, depuis le premier jusqu'au dernier. ”
Eugène Gellion-Danglar, Histoire de la révolution de 1830… (1873)
“ Un élève de l'Ecole polytechnique, qui en avait été expulsé pour avoir, cinq mois auparavant, chanté la Marseillaise dans un banquet, le jeune Charras, dont nous eûmes l'honneur, plus de trente ans après, de serrer la main en Hollande, alors que ce républicain honnête et illustre entre les plus honnêtes et les plus illustres était proscrit par l'Empire et approchait de l'heure prématurée qui le ravit à la République et à la patrie, Charras écrivit à un de ses anciens camarades pour l'engager à faire entrer l'Ecole dans le mouvement. L'agitation extérieure pénétra rapidement dans la maison. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans/Tome 1
“ Le commandant du poste avait rangé sa troupe en bataille dans la rue. Le brasseur Maës, du faubourg Saint-Marceau, était à l’entrée, suivi d’une centaine d’ouvriers et prêt à commencer le feu, lorsque M. Charras, revêtu de son uniforme, arriva en courante. Il prononça quelques paroles sorties du cœur ; il n’en fallut pas davantage : l’officier abaissa son épée, et les soldats jurèrent de ne pas tirer sur leurs frères. En ce moment, la place de l’Odéon se couvrait d’hommes armés. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans : 1830-1840…
“ M. Charras partit pour connaître les causes de ce retard. Arrivé à Trappes au milieu de l’arrière-garde, il se fait conduire auprès du général Excelmans, qu’il trouve roulé dans son manteau et couché sous un arbre ; il lui apprend le but de sa mission. Alors, d’un ton où éclatait la colère : « Monsieur, lui dit le général, si à quatre heures du matin les voitures me sont pas en marche, je vous ordonne de faire fusiller le préfet de Versailles. — Voulez-vous me donner cet ordre par écrit ? — C’est inutile : faites toujours. » ”
Victor Hugo,
Napoléon le Petit
“ Charras et Changarnier furent pris au dépourvu. Ils demeuraient, rue Saint-Honoré, presque en face l’un de l’autre, Changarnier au n° 3, Charras au n° 14. Depuis le 9 septembre, Changarnier avait congédié les quinze hommes armés jusqu’aux dents par lesquels il se faisait garder la nuit, et le 1er décembre, Charras, nous l’avons dit, avait déchargé ses pistolets. Ces pistolets vides étaient sur sa table quand on vint le surprendre. ”
Victor Hugo,
Histoire d’un crime
“ Ils montèrent en wagon, libres en apparence comme les autres voyageurs. Seulement on les isola dans des compartiments vides, et chacun d’eux était accompagné de deux hommes qui s’asseyaient à côté et en face de lui et qui ne le quittaient pas du regard. Les gardiens du général Changarnier étaient, comme force et comme taille, les premiers hommes venus. Ceux de Charras étaient des espèces de géants. Charras est de très haute taille ; ils le dépassaient de toute la tête. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ Rentré à l’École polytechnique, il passa ensuite à l’École d’application de Metz, entra avec Cavaignac et cinquante autres officiers dans une association patriotique, et fut, ainsi que ses amis, mis en non-activité pour avoir refusé d’en sortir. Mais le gouvernement dut les rappeler bientôt. En 1833, Charras, alors lieutenant d’artillerie, se lia d’amitié avec Armand Carrel, qui lui ouvrit les colonnes du National. ”
Edmond Lenient, La solution des énigmes de Waterloo… (1915)
“ Charras leur concède en somme tout ce qu'ils veulent. Si l'ordre des Quatre-Bras est juste, Ney a eu tort de ne pas les occuper à 6 heures du matin, et de ne pas rabattre ensuite une fraction de ses troupes, soit d'Erlon et le 1er corps, derrière la droite prussienne. Quelles que puissent être les explications ultérieures de Charras et ses calculs d'heures et de minutes, sa partie est perdue d'avance. Dans un problème stratégique, tout se tient : la donnée, la discussion et la conclusion. Charras, comme Jomini, part de données fausses. ”
Louis Blanc,
Histoire de dix ans/Tome 1
“ Trois hommes tombèrent ; cinq tambours, qui battaient la charge, prirent la fuite ; un ouvrier, en abattant son arme, tua celui qui marchait devant lui ; le désordre se mit dans la colonne, et elle se replia précipitamment sur, elle-même. M. Charras se jeta en ayant, son chapeau au bout de son épée, et suivi par un homme du peuple nommé Besnard, qui agitait avec enthousiasme un drapeau tricolore. Le feu des Suisses redoubla ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Alléguer une impossibilité pour expliquer, justifier l'inaction de Napoléon, à Charleroi, le 16 juin au matin, c'est donc alléguer, nous le répétons, une chimère. La vérité est, on le voit, que rien n'aurait été plus facile que de marcher à Sombreffe et aux Quatre-Bras, dès le lever du soleil. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Toute la matinée, il ignora le résultat de la bataille de Ligny; et il eut, en face, la moitié de l'armée anglo-hollandaise. Pour ne pas s'exposer à une défaite, au moins pour ne pas s'engager dans un combat sanglant et inutile, il dut donc attendre, avant de marcher aux Quatre-Bras, l'apparition de la colonne arrivant de Ligny par la chaussée de Namur sur le flanc de Wellington, secours que lui avait promis la dépêche de Soult, de huit heures, pour le cas où il aurait devant lui plus qu'une arrière-garde, et qu'il avait réclamé, sans aucun doute. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ « Veuillez partir, demain 18, à la pointe du jour, du Mazy, et vous porter avec votre corps et la division Teste à Grand-Leez, où je vous transmettrai de nouveaux ordres. Je me dirige sur Sart-lez-Walhain ; mais suivant les renseignements que je recueillerai dans la nuit elles vôtres, peutêtre raballrai-je sur Perwez., je désire assui que vous vous portiez sur Grand-Leez sans revenir passer à Gembloux que vous trouveriez eneombré.» ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Il fit immédiatement fouiller le village et le vallon à coups de boulets et d'obus, et attendit l'arrivée de son infanterie. Elle était proche. Au premier bruit du canon, les fuyards, accumulés dans Genappe, reprirent leur course, s'échappant par toutes les issues, et le torrent de la déroute acheva de s'écouler rapidement. Des hommes de cœur, voyant diminuer le tumulte, voulurent organiser une résistance qui arrêtât, pour quelques instants au moins, la marche de l'ennemi. Ils parvinrent à rallier, çà et là, quelques groupes d'officiers, de soldats de toutes armes. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Les plus intrépides, les plus audacieux pénétrèrent, par quelques ouvertures des haies, dans le verger, allèrent même, s'aidant les uns les autres pour l'escalade, jusqu'à franchir le mur du jardin. Mais la mort fut le seul prix de leur tentative. Jamais hommes si braves ne furent si vainement sacrifiés. C'était la brigade Soye qui était venue se heurter à ce puissant obstacle. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Dans l'ordre général de mouvement donné la veille, Napoléon avait annoncé que « son intention était d'avoir passé la Sambre avant midi et de porter l'armée à la rive gauche de cette rivière. » Cette rapidité de manœuvre n'avait certes pas pour but d'arrêter les colonnes françaises à une lieue ou deux au delà de Marchienne, de Charleroi, de Châtelet; car elle n'aurait servi qu'à donner à l'ennemi, prévenu à coups de canon, tout le reste d'une longue journée pour se concerter et réunir ses forces. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1858)
“ Une assez forte canonnade qui avait commencé, vers cinq heures, sur la chaussée de Charleroi à Fleurus, retentissait maintenant dans la même direction, à près de trois lieues en arrière et à droite de Frasnes. La division Bachelu n'était pas encore tout entière arrivée à ce village. Les troupes étaient sur pied depuis deux heures et demie du matin ; hommes et chevaux étaient fatigués. Napoléon n'avait pas donné l'ordre d'occuper les QuatreBras; Ney n'aurait pu, d'ailleurs, porter une attaque sérieuse sur ce point qu'aux approches de la nuit ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Ney, alors, reprit la charge à la tête des lanciers et des chasseurs de la garde, ramena les généraux ennemis sur l'infanterie, et recommença ses attaques contre les carrés avec une extrême violence. Les cuirassiers, bientôt ralliés, le rejoignirent; le plateau au milieu du centre anglais fut inondé par notre cavalerie. Mais, cette fois encore, la répétition des charges, le feu des carrés mirent nos escadrons en désordre. Ney fut forcé de leur faire abandonner le plateau, et les ramena au fond du vallon pour les reformer, et leur faire reprendre haleine. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Les premiers bataillons qui vinrent appuyer Pajol furent ceux de la jeune garde. Napoléon, tardivement prévenu de l'inaction du 3e corps, leur avait fait suivre une traverse à gauche de celle que devait prendre celui-ci ; et, un peu avant midi, ils arrivèrent devant Charleroi. Leur approche détermina la retraite des Prussiens; les sapeurs et marins de la garde se jetèrent sur la palissade du pont, la hache à la main, la détruisirent, ainsi que la barricade en arrière, et ouvrirent le passage. Pajol traversa Charleroi (1) , immédiatement suivi par la jeune garde. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Tous les villages et hameaux dont nous venons de parler sont de construction solide, et entourés, coupés parfois de plantations, de jardins, de vergers clos de fossés, de haies vives, de murs et de chemins creux. La chaussée de Charleroi à Namur suit le bord septentrional du plateau de Flenrus, descend par une pente rapide sur le ruisseau de Ligny, le passe sur un pont maçonné et se confond, un peu au delà, au Point-du-Jour, avec la chaussée de Nivelles à Namur. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1858)
“ Trop faibles, ces derniers sont culbutés. Le brave Guyot, qui les a conduits, tombe grièvement blessé. Quelques poignées de dragons, chasseurs, lanciers, cuirassiers, restes de la cavalerie de réserve, reprennent la charge et sont tout aussi malheureux. Les carrés de la garde ne se laissent pas ébranler : ils repoussent Vivian par la puissance de leur feu. Celui-ci les tourne, alors, et galope plus loin pour sabrer les fuyards. Mais son infructueuse tentative vajêtre reprise : des masses de cavalerie, d'infanterie, d'artillerie anglo-hollandaises arrivent sur les carrés. ”
Jean-Baptiste-Adolphe Charras,
Histoire de la campagne de 1815…
(1863)
“ Ces quatre dépêches s'écrivaient, à Charleroi, de huit à neuf heures du matin (1) . Il suffit de les lire pour reconnaître qu'en ce moment Napoléon ne soupçonnait une grande résistance ni devant lui, ni devant le maréchal Ney. Il pensait que ies Quatre-Bras, Genappe, Sombreffe, Gembloux seraient occupés sans difficultés sérieuses. Il ne croyait pas « que les Prussiens pussent lui opposer plus de quarante mille hommes (2) . » Il voyait son aile gauche, il se voyait lui-même à Bruxelles avant vingt-quatre heures. ”
