Résumé

Charles Guyon Histoire d'un annexé : souvenirs de 1870-1871

Je m’approchai de cette foule irritée, et je frémis en entendant l’homme s’écrier :
« Oui, c’est vrai : Bazaine a trahi, il a capitulé et les Prussiens sont dans Metz !
— C’est un espion, disaient quelques personnes, il faut l’arrêter !
— C’est un traître, écrasons-le, » disaient les autres.
Mais l’homme continuait :
« Je suis Français comme vous, et aussi affligé que vous : mais j’ai vu, moi, j’étais là, et je suis venu pour que vous preniez garde, car après Metz, c’est sur Thionville qu’ils se jetteront. »
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Charles Guyon Histoire d'un annexé : souvenirs de 1870-1871 (1877)

Les amis semblaient avoir peur de leurs amis : moi-même, bon français, je tremblais dans cette foule, qu'un simple mot, un cri, pouvait pousser sur un individu, pour l'éreinter, l'assommer de coups.
Un pauvre notaire était venu d'un village voisin. Il avait une grande barbe rouge, qui lui a coûté cher, car à cette ressemblance avec la couleur favorite des Allemands, il a été pris pour un espion, traîné, houspillé, sifflé par la populace, enfin délivré à grande peine, sur la réclamation vive d'amis sincères : il fallait l'être pour oser défendre cette victime de la colère publique.
Source : Gallica

Charles Guyon Histoire d'un annexé : souvenirs de 1870-1871 (1877)

Le fermier ouvrit la fenêtre et sauta dans la rue ; mais c'était trop haut, il se brisa les reins.
Un tumulte effroyable agita la maison : les uhlans s'élancèrent en haut, et, voyant leur chef baigné dans son sang, le pistolet fumant encore, la fenêtre ouverte, ils coururent dehors et trouvèrent le fermier étendu à terre.
Ils le traînèrent dans la salle.
— C'est toi qui as tué notre capitaine ?
— Oui, c'est moi ! dit Galas d'une voix éteinte.
Les soldats, furieux, le hachèrent à coup de sabres, et le brave homme mourut en disant :
— Je suis vengé !
Source : Gallica

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