Henri Welshinger

Résumé

Henri Welshinger Revue des Deux Mondes

Cette menace non déguisée frappa Gontaut-Biron. Depuis deux ou trois ans, il savait que Bismarck disait ouvertement : « Si la France s’identifie avec Rome, elle devient par là même l’ennemie jurée de l’Allemagne. Une France qui se soumettrait à la direction de la théocratie pontificale serait incompatible avec la paix du monde. » Il savait que le chancelier l’accusait de pactiser avec les ultramontains et de chercher, comme d’Arnim, à l’écarter du pouvoir. Il savait que Bismarck disait n’être pas disposé à laisser aux Français le temps de renforcer leurs effectifs et de devenir menaçans.
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Henri Welshinger Revue des Deux Mondes

Sans doute, les armemens de la France sont exagérés, mais ce sont les armemens du désespoir, les armemens d’un peuple qui a la mort dans l’âme... Un Français bien informé me disait, il y a quelque temps : « Nous savons qu’en Allemagne les autorités militaires invoquent sans cesse la nécessité d’une nouvelle guerre... Nous devons être prêts contre un coup de main. Nous savons qu’aucun de nos préparatifs ne peut nous assurer la victoire, mais nous devons être capables de mourir avec dignité... » L’émoi des Français est indicible et même exagéré, ajoutait Morier.
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« Son but, dit-il, a été et est encore d’isoler le prince royal de toute autre influence que la sienne. Il sait que le prince est nerveux et que l’isolement le déprime ; mais étant littéralement aveugle en matière de principes, il ne sait pas qu’il a affaire à un homme de l’esprit le plus élevé, qui agit par conviction et qui continuerait à agir de la sorte, même s’il devait rester seul dans l’univers. » Pour qui connaît bien le caractère dominateur et jaloux de Bismarck et son esprit de rancune formidable, il n’est pas de meilleur portrait que celui qui vient d’être tracé par Morier.
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