Résumé

I. Tourguenef Anouchka, Souvenirs des bords du Rhin

Gagine se trouvait dans cet état particulier d’ardeur et de furie qui prend subitement les artistes dilettantes comme un accès de fièvre, lorsqu’ils s’imaginent qu’ils ont réussi, comme ils le disent, à « saisir la nature par la queue. » Il se tenait tout ébouriffé, tout barbouillé de couleur, devant une toile, et s’escrimait du pinceau. Il me salua d’un signe de tête presque rébarbatif, se recula de quelques pas, cligna les yeux, et se jeta de nouveau sur son tableau. Je me gardai bien de le déranger, et j’allai m’asseoir auprès d’Anouchka.
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I. Tourguenef Anouchka, Souvenirs des bords du Rhin

ANOUCHKA
SOUVENIRS DES BORDS DU RHIN.
I. J’avais alors vingt-cinq ans ; cela remonte un peu loin. Dès que je fus le maître de mes actions, je résolus de voyager, non pour « compléter mon instruction, » comme on disait alors, mais simplement pour courir le monde. J’étais jeune, bien portant, possesseur d’une assez grande fortune ; le côté sérieux de la vie m’était encore complètement inconnu, je me livrais sans arrière-pensée à toutes mes fantaisies ; en un mot, je fleurissais. Il ne m’était pas encore venu à l’esprit que l’homme n’est point une plante, et que sa floraison a un terme.
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I. Tourguenef Anouchka, Souvenirs des bords du Rhin

Un soir, en m’approchant du clos de vigne qui entourait la maison de Gagine, je trouvai la porte fermée. Quelques jours auparavant, j’avais remarqué un endroit où la haie était en partie détruite ; je m’introduisis par cette brèche. À peu de distance de là et à quelques pas du sentier, il y avait un petit berceau d’acacias ; à peine l’avais-je dépassé, que je distinguai la voix d’Anouchka. Elle prononça avec chaleur et en pleurant ces paroles : — Non, je n’aimerai jamais un autre que toi ! non ! non ! C’est toi seul que je veux aimer, et pour toujours !
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