Résumé

Portrait de Jules Destrée Jules Destrée Le Secret de Frédéric Marcinel

La loi ! La loi ! Vous ne pensez qu’à la loi, Monsieur le Président, tandis que moi je rêve de Justice. La loi n’est pas la Justice. Quand elle y mène, elle a droit à tous les respects. Quand elle s’en éloigne, elle devient une tyrannie intolérable. La contrainte exercée par la loi sur les individus n’est admissible qu’en raison des services qu’elle leur rend. Quand, au lieu de les aider, elle les charge d’entraves, elle doit disparaître. J’aime mieux pas de lois du tout que des lois mauvaises ou mal appliquées.
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J’affirme enfin que si le législateur de 1850, de 1875 ou de 1900 a laissé subsister une loi, c’est avec la valeur et la portée qu’elle avait en 1850, en 1875 ou en 1900, pour les cerveaux du temps. Et si vous admettez que la signification d’une phrase puisse évoluer, n’ai-je point, moi, le droit de vous dire que pour vous conformer à la volonté législative, c’est la signification du moment présent, de l’instant où vous coexistez, le texte, le législateur et vous, que vous devez appliquer ? Qui vous autoriserait à choisir arbitrairement un autre stade de l’évolution ?
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Ne jugez point !
— Marcinel, ceci est de la démence. Jamais l’Église n’enseigna de pareilles erreurs...
— Vous me l’avez déjà dit, Monsieur le Président. Laissez-moi vous répéter respectueusement que je ne suis point de votre avis. La religion m’a appris, à moi, que la valeur d’un acte était avant tout dans son intention. Il n’y a point de morale absolue ; ce qui est le devoir pour un peut être une défaillance pour un autre. Chacun ne peut agir que selon sa compréhension du bien et du mal, et c’est d’après cette compréhension qu’il doit être jugé.
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