Leconte de Lisle,
Poèmes barbares
(1862)
“ Ma chair, ni l’ombre aussi ne clora mon œil cave. Autour de mon tombeau les lâches se tairont. Mais le sanglot des vents, l’horreur des longues veilles, Le râle de la soif et celui de la faim, L’amertume d’hier et celle de demain, Que l’angoisse du monde emplisse mes oreilles Et hurle dans mon cœur comme un torrent sans frein ! — Or, ils firent ainsi. Le formidable ouvrage S’amoncela dans l’air des aigles déserté. L’Ancêtre se coucha par les siècles dompté, Et, les yeux grands ouverts, dans l’azur ou l’orage, La face au ciel, dormit selon sa volonté. ”
