“ « Victor a disparu. Virgile ne t’a rien dit ces temps derniers, qui puisse te donner une idée ? ... Enfin, tu ne sais rien ? ... » – « Que veux-tu que je sache ? » répondit Laurence. « D’une chose je suis sûre. Ils ne se sont pas sauvés ensemble, je n’ai jamais parlé de son frère avec Virgile. Tu m’as tant répété qu’ils se détestent... » – « C’est bien ce qui me fait peur, » répondit Pascal. « J’ai eu l’idée que cette disparition des deux frères, au même moment, cachait peut-être quelque chose de terrible, et je n’ai pas parlé de Virgile à Nas. » – « De terrible ? » interrogea Laurence. ”
Résumé
“Laurence Albani”, est une œuvre de Paul Bourget. Des thèmes tels que Laurence, Albani ou Virgile y sont abordés.
Citations de Laurence Albani (Paul Bourget)
“ « Et maintenant..., » dit Antoine Albani en levant sa hache, « ramasse la loube, Marius. C’est au tour de cet arbre-ci. Nous ferons tomber ce gros papa de ce côté. » Marius, un beau et fort jeune homme de dix-huit ans, se baissa pour prendre à terre la longue scie à deux mains, que lui désignait son père. Celui-ci, d’un bras resté vigoureux, malgré la soixantaine approchante, asséna quelques rudes coups dans le tronc du pin d’Alep qu’il méditait d’abattre. L’écorce écailleuse, noire d’un récent incendie, sautait sous le fer. Le cœur de l’arbre commençait d’apparaître dans l’entaille. ”
“ Sans un cri, sans un soupir, sans une convulsion, lady Agnès était morte d’une rupture du cœur. – « La seule mort vraiment subite, » devait dire le médecin, appelé aussitôt, et, pour consoler le désespoir de Laurence, il avait ajouté : – « Elle n’a pas souffert une seconde, je vous assure. C’est la mort que je me souhaite. That’s how I wish to die. » Un épisode avait suivi, qui devait mêler une flétrissante amertume au doux souvenir que Laurence gardait de ce Vernham Manor, si vieux, si paisible, dans son cadre de vertes pelouses, de pâles mélèzes et de sombres étangs. ”
“ De même le moindre événement envenime l’âme, à la place ou s’est enfermée et brisée la pointe aiguë. Seulement, il y a des différences dans la manière de réagir et qui mesurent la finesse de notre sensibilité. La même jalousie, qui rend un Libertat impérieux et dur, rend un Pascal Couture plus malheureux encore, mais si tendre dans sa misère, du moment que celle qu’il aime lui dit qu’elle l’aime ! Il se mépriserait de ne pas la croire, il la croit, et c’est à lui-même qu’il en veut. La pupille de lady Agnès, si délicate, si émotive, s’était cabrée contre l’inquisition brutale du premier. ”
“ Seulement, » – elle s’arrêta une minute en regardant l’enfant qui la regardait. Le clair de lune dessinait avec un relief singulier son masque endolori, comme extasié de gratitude. « Seulement, » reprit-elle, « c’est bien vrai, tout ce que tu m’as raconté ? » – « Mais quoi ? » interrogea-t-il. – « Que tu n’as pas fait exprès de tuer ton frère, que tu ne voulais pas le tuer, mais le renverser de sa bicyclette, pour la lui prendre ? » – « Je ne sais pas ce que je voulais, » dit Virgile, « mais pas le tuer ! Oh ! non ! Ça, mademoiselle Laurence, c’est bien vrai... » ”
“ Sur le coussin, une couronne de fleurs d’oranger, toute poussiéreuse et ternie, reposait, depuis le quart de siècle et plus qu’Antoine Albani avait épousé sa femme. D’un mouvement brusque, Laurence marcha vers cette pauvre relique. Elle se signa, puis tendit la main, et, d’un accent solennel : – « Papa et maman, je jure sur votre globe de noces que je n’avais de rendez-vous ni avec M. Libertat, ni avec personne. Je jure sur votre mariage que je n’ai pas le droit de vous dire cette charité, mais que vous m’auriez ordonné de la faire. Je jure que je n’ai rien, rien, rien à me reprocher. » ”
“ Le paysage le lui jurait avec tous ses horizons, ces plantes de maquis avec toutes leurs feuilles, tous leurs parfums, ce vent dans les pins et sur la brousse, qui roulait de la fraîcheur dans du soleil. Elle se revoyait à dix-huit ans. Il y avait trois années de cela. Et elle revoyait l’heure où elle avait, pour la première fois, rencontré lady Agnès Vernham. Laurence était occupée, dans la grange ouverte du rez-de-chaussée de leur maison, à préparer des paniers de violettes, de mimosas et d’œillets, qui seraient expédiés à Paris par le train du soir. ”
“ Laurence et Marie-Louise étaient sœurs, et toutes les deux filles d’Antoine Albani. On l’eût deviné, rien qu’à la complaisance avec laquelle le père regardait l’attelage gagner la lisière du bois incendié. Sa tendresse riait dans ses yeux bruns, pareils à ceux des survenantes. Quoique les soucis de son exploitation et l’excès du labeur corporel l’eussent vieilli prématurément, il gardait de la beauté sur son masque gaufré de rides. Il avait, comme ses filles, – lui en vigueur, elles en joliesse, – ce type classique qui se rencontre sans cesse dans les coins intacts de Provence. ”
“ Enfin, elle était sur le terre-plein, et elle courait au petit garçon, qu’elle aborda en le prenant par les épaules en lui disant tout bas : – « Où est ton frère ? » – « Là, » répondit Virgile, tout bas, lui aussi. Il répéta : « Là, » en montrant de sa main, à droite, un point qu’il voyait sans doute, mais que Laurence chercha vainement à distinguer dans cet horizon, comme martelé par la lune de lumières très blanches et d’ombres très noires. – « Où, là ? » insista-t-elle. ”
“ S’il pouvait, lui, Pascal, voir ces images, connaître ces souvenirs, il saurait des choses qu’il ne savait pas, sur les rapports de sa fiancée et de ce Pierre Libertat, dont il avait tant cru qu’elle l’épouserait. Mais faire parler un enfant, qui ne se rend pas compte de la portée de ses phrases, – cet abus de confiance lui répugna trop. Non. La phrase d’inquisition ne serait pas prononcée, et, continuant de regarder l’enfant, il pensait, comme Laurence chez ses parents, quelques heures plus tôt : – « On ne sait jamais tout de quelqu’un. C’est si triste ! » ”
“ « Je t’ai entendue sortir, « lui dit-il, « après que Marie-Louise t’a parlé. C’était avant minuit ! Et maintenant... Mais où es-tu allée, malheureuse ? D’où viens-tu ? » – « Ça ne te regarde pas, » répondit Laurence. Et, l’écartant du bras : – « Laisse-moi rentrer. » – « Ça regarde ton père, je suppose, » fit Marius. « Je lui dirai tout. Il saura que tu cours les grands chemins la nuit. On n’est que des jardiniers, mais on a son nom et son honneur, comme les beaux messieurs que mademoiselle aime tant. » ”
“ Dans son impatience, la jeune fille l’ouvrit d’un geste impulsif. Elle vit un spectacle qui la paralysa d’étonnement. Couture était assis, le coude sur la table, la tête appuyée sur sa main gauche. De sa droite il tenait les deux mains du petit garçon, assis à côté de lui et qui le regardait. L’homme et l’enfant se taisaient l’un et l’autre, dominés par une émotion trop forte pour s’exprimer. Il y avait sur le visage de Pascal comme une agonie de tristesse résolue, et, sur celui de Virgile, une espèce d’attente à demi extatique. Laurence fit un pas en avant. ”
“ Pour les Albani, cette histoire n’était cependant que du passé. Pour Laurence seule, elle continuait. Le moindre incident la lui rendait présente : le regard de son frère, lorsqu’il l’accueillait avec un visage ennemi, comme ce matin, – l’aspect de son père, qu’elle aimait tant, lorsqu’elle le voyait, comme ce matin encore, les mains salies, la face salie, presque haillonneux dans des habits de tâcheron, – les propos de sa sœur, lorsque, assise auprès d’elle, toujours comme ce matin, l’autre l’accablait de ses commérages. ”
“ Une lutte se livrait dans la sensibilité de la jeune fille. Pourquoi, si vraiment elle ne l’aimait pas du tout ? Et malgré lui, il essayait, maladroitement et passionnément, de briser ce masque de froideur, d’atteindre le point d’émotion qu’il devinait en elle. La jalousie se mêlait à cet effort pour le rendre plus gauche encore, plus inefficace. Pour lui, l’obstacle à son mariage, c’était Pierre Libertat, qu’il détestait moins cependant que lady Agnès. Sans l’intervention de celle-ci, jamais Laurence ne fût partie de l’Almanarre. ”
“ Pour la première fois, Laurence comprenait intimement, profondément, le sens de cette charité qu’elle avait si souvent, et encore ce soir, presque reprochée à sa bienfaitrice. Comme une influence émanée du doux fantôme l’invitait à devenir la lady Agnès du petit Virgile. Alors, elle ne pourrait plus se dire : « Où m’a-t-elle menée ? » Où ? Mais à cela, mais à préserver ce petit. La bienfaisance de la morte aurait son plein accomplissement pour cet autre, à travers elle. ”
“ Un large chapeau de paille noire cachait son visage. La chair des mains disait seule la vie dans cet énorme paquet d’étoffes, affalé contre la terre. Les doigts allaient et venaient, agiles, dégageant les tiges des fleurs sous les feuilles. Dès qu’une poignée de ces fleurs était cueillie, la paysanne détachait de sa ceinture un brin de raphia et liait son bouquet qu’elle jetait ensuite dans un panier. Elle montrait alors son visage, dont la bouche, serrée par la chute des dents, accentuait le caractère concentré. Françoise Albani était une femme pénible, pour parler son langage. ”
“ Le départ de Pascal pour l’Algérie justifiait tout. Du moment qu’il quittait le pays, il était trop naturel qu’il n’emmenât pas Virgile... Oui, à condition qu’il se prêtât à cette combinaison. Hélas, encore et encore ! Quand Antoine Albani viendrait lui dire : « Il paraît que tu t’en vas, j’ai bien envie de prendre ton gosse, » il parlerait. Il dirait le crime, à moins qu’elle, Laurence, n’obtînt de lui une promesse de silence. Hélas, toujours ! Ce silence ne suffirait pas. Ce passage de l’enfant d’une bastide à l’autre exigerait une négociation avec le père Nas, longue, peut-être. ”
“ Elle devinait, au brisement de ce regard, comme honteux, qu’une clause secrète avait dû être introduite dans le contrat projeté, et c’était vrai que lady Agnès offrait d’avance une somme, à titre d’indemnité pour le départ de l’ouvrière non rétribuée qu’était Laurence. Quel douloureux froissement, aussitôt réprimé par le respect, devant sa mère et cette âpreté au gain ! Quel éblouissement épouvanté à cette perspective brusquement ouverte d’une autre existence ! Quel involontaire élan d’enthousiasme pour la bienfaitrice dont la personnalité l’attirait si profondément ! ”
“ Je n’irai pas gêner le commerce d’antiquités de Mme Béryl. » – « Mais, madame, » fit Laurence, « il est bien convenu que Mme Béryl ne vend pas mes boîtes comme anciennes. » – « Ici, où vous habitez, peut-être. Mais à Royat, où vous n’êtes pas, et après les avoir maquillées ! ... D’ailleurs, ça ne vous regarde point. Vous touchez votre argent. C’est tout ce que vous voulez, n’est-ce pas ? » Laurence ce sentait rougir. Elle aurait pleuré. L’acidité de ces propos rendait plus ironique la minutie des attentions que Mme Libertat lui prodiguait pour lui verser son thé. ”
“ Pauvre petit Virgile, pauvre sensibilité d’enfant malmené, qu’une trop longue injustice des siens avait dévié, au point de le conduire à ce geste irréparable contre son frère ! Ce geste, il ne l’avait pas mesuré, il ne l’avait pas voulu. Mais qui croirait à son innocence ? Cet aguet aux alentours du bois où Victor cueillait ses champignons deviendrait une préméditation. Le désarroi qui l’avait sidéré devant l’enlisement du noyé passerait pour une férocité perverse. La dure justice des hommes traiterait l’égaré en criminel. Ce faisant, on ne le redresserait pas, on le briserait. ”
“ Le jeune homme riche, très vaniteux au fond de sa noble et historique origine, n’avait jamais eu pour la fille d’Antoine Albani qu’un sentiment de cet ordre. La résistance de la jolie enfant avait surexcité cette fantaisie chez lui jusqu’à la passion, mais une passion toute physique. La vérité du motif qui l’avait poussé à l’offre du mariage se révélait à cette minute. Le brutal égoïsme du mâle irrité se manifestait par cet éclat de sauvagerie qui allait le précipiter à une action immédiate. ”
“ Cette sensation si vivement éprouvée le matin, qu’elle approchait de la crise décisive, se faisait plus aiguë, depuis les discours de Mme Béryl. – « Évidemment, on cause, » se répétait-elle, « et les gens sont si méchants. » Sa conscience ne lui reprochait rien. Pourtant elle ne se prononçait pas cette phrase sans remords. Elle savait trop que dans toutes ces bastides connues devant lesquelles elle passait, une question avait du être posée vingt fois sur elle comme sur toutes ses compagnes : « Qui fréquente Laurence ? » C’est le mot du pays qui signifie une cour innocente, mais une cour. ”
“ Raconter la vérité à son père et arriver à ce qu’Antoine Albani prît l’enfant comme petit domestique ? Comment expliquer à tous les voisins que Couture le laissât aller, après qu’il leur avait si souvent dit : « Je ne connais pas un meilleur ouvrier dans l’Almanarre que mon petit Virgile ? » Comment obtenir simplement son silence ? Comment le silence d’Antoine Albani vis-à-vis de sa femme ? Et alors, avec cette folie du commérage dont Laurence savait celle-ci atteinte, – elle y avait déjà pensé cette nuit – c’était la sinistre aventure des deux frères dans toutes les langues de l’Almanarre... ”
“ « Je vais jusque chez Pascal voir comment il est. » – « Bien triste, pour sûr, » fit Marie-Louise. « D’abord, de cette mort, et puis, si ses parents s’avisent de le reprendre, à présent qu’ils n’ont plus que lui ? » – « Voilà comment on se voit les uns les autres, » se disait Laurence, en suivant, pour la troisième fois de la journée, le chemin entre la campagne des Albani et la campagne de Couture. « On ne connaît des gens que des moitiés de vérité, et alors on leur fait des peines, sans le savoir. Je n’en ferai plus à Pascal. » ”
“ Les baies du Péloponnèse ne déploient pas un horizon plus gracieux et plus grandiose à la fois que celui-là. Mais n’y a-t-il pas du Grec aussi, de cette race finement vibrante au contact de la nature dans tout autochtone de la côte méditerranéenne ? Albani était né, il avait grandi dans ces paysages des golfes d’Hyères et de Giens, et visiblement il jouissait de celui-ci, à cette minute, comme s’il en regardait la beauté pour la première fois. ”
“ Le choix du jeune homme avait hésité, de manière à prolonger indéfiniment la visite, entre les œillets blancs et rouges, safranés et mauves, lie de vin et panachés. Le lendemain, il reparaissait pour un autre envoi d’autres fleurs, puis le surlendemain. Un matin, comme Laurence entrait dans la boutique de l’antiquaire à qui elle vendait ses boîtes, elle y avait trouvé Pierre Libertat, signe trop visible d’une enquête autour de ses faits et gestes. Il avait, cette fois, laissé son petit automobile au coin de la rue, et, sorti du magasin avec elle, il lui avait offert de la reconduire. ”
“ « Si Mlle Albani acceptait d’être ma femme, quelle jolie châtelaine j’aurais là, dans la vieille demeure, et une châtelaine qui s’entendrait à gouverner ce petit royaume : deux cent cinquante hectares de chênes-lièges, de vignes, de prairies, d’oliviers. » J’ai eu trente ans le mois dernier. D’après le Code, le consentement de ma mère ne m’est plus nécessaire pour me marier, je suis bien tranquille, d’ailleurs. Elle le donnera. La fortune est à moi, et elle me sait trop décidé, quand une fois j’ai pris un parti, pour ne pas se rendre compte qu’il lui faudra ou plier ou se brouiller avec moi. ”
“ « Avec M. Couture, sans doute ? » fit-il ironiquement. – « Avec M. Couture. » C’était la minute même où Pascal sortait du petit bois d’oliviers. Comme il apercevait Libertat, Libertat l’aperçut. – « Hé bien ! » dit-il en ramassant son cheval d’un si brusque mouvement que celui-ci se cabra tout à fait, « vous l’épouserez peut-être, mais vous épouserez quelqu’un que j’aurai cravaché. » L’inqualifiable menace qu’il proférait ainsi s’accompagnait d’une expression sinistre de ses traits, décomposés par la secousse de la colère. L’amour contrarié au délire, quand il est uniquement fait de désir. ”
“ Les deux jeunes gens restèrent ainsi plusieurs minutes sans échanger un mot, le temps de sortir de la ville et de repasser sous le pont, tout près de la place où, quelques heures plus tôt, Pascal Couture déclarait à Laurence, si tendrement, si douloureusement, sa volonté de vendre sa bastide et de s’expatrier. C’était, à présent, le rival opulent du pauvre goy qui lui parlait, en la pénétrant, en la dominant de son regard, plus impérieux que passionné, celui d’un homme chez lequel un caprice d’un jour s’est exaspéré, par la résistance, jusqu’à lui donner l’illusion d’un véritable amour. ”
“ Hélas ! de sentir la cordialité d’un milieu très simple, mais un peu grossier, n’empêche pas d’en sentir aussi les vulgarités, lorsqu’on s’est trop complu dans un autre, moins amical, plus dur, mais plus raffiné. Laurence n’était pas rentrée depuis une semaine que d’innombrables petits détails de la vie quotidienne commençaient de froisser la quasi-demoiselle qu’elle était devenue. La saute était trop brusque entre les somptuosités de Vernham Manor et la dénudation de ce logis de jardinier, si près d’être sordide. ”
“ Mais n’était-elle pas aussi l’arrière – petite-fille des demi-nobles de l’autre siècle ? ... Et voici qu’à ces évocations de grâce et de charme, de sinistres souvenirs se mêlaient brusquement ; – celui de lady Agnès sanglotant au chevet du lit d’agonie de Millicent, – celui, surtout, de cette morte, et de son visage si blanc, si mince, la bouche immobile et décolorée, les narines pincées, les paupières fermées, celui, enfin, de lady Agnès, sous les eucalyptus de la gare, montant dans le train dont un wagon emportait vers l’Angleterre le cercueil de son enfant. ”
“ Dès ses neuf ans, Nas avait dit à son fils : – « Si tu veux manger ton pain, va te le gagner. » Il avait loué le petit, comme une bête de somme, à celui-ci, à celui-là, et Virgile avait vécu, besognant à droite, besognant à gauche, rentrant le soir au logis paternel pour y dormir et recevoir des rossées de sa belle-mère quand il ne rapportait pas assez de gros sous. Pascal l’avait rencontré, une après-midi qu’il descendait de la colline de Costebelle, ployant sous un énorme fagot de bois-mort, plus grand que lui. Il l’avait questionné. Il l’avait plaint. ”
“ « Elle est une honnête fille. S’il s’était passé entre elle et ce Libertat quoi que ce fût dont elle eût à rougir, elle me l’aurait avoué. Elle ne voudrait pas devenir ma femme sur un mensonge. Donc, il n’y a rien eu. » Cet acte de foi dans la probité de Laurence se renouvela pour ce grand et généreux cœur, à toutes les heures, à toutes les minutes, pendant les jours qui suivirent, et toujours en silence. Il se fût méprisé de poser à la jeune fille une question qu’il ne se permettait pas de se formuler à lui-même. L’inexprimé n’en est pas moins torturant, surtout dans le bonheur. ”
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