Résumé

Portrait de Jeanne Marais Jeanne Marais La Nièce de l’oncle Sam

Teddy reprit avec intérêt :
— Alors, qu’avez-vous ?... Vous regardez triste.
Laurence esquissa un sourire. Touchée, elle fut encline à se livrer. Candide, — comme toute femme, en face d’un uniforme vert-de-gris, sans galon, sans fantaisie, sans fraîcheur, un peu fatigué aux coutures, — elle ne soupçonnait point la situation sociale de son partenaire. Pour elle, c’était le « soldat américain » ; un soldat n’est jamais riche, aux yeux d’une dame.
Et, toute confiante, Laurence lui conta ses peines comme à un gentil camarade hors d’état de pouvoir l’aider matériellement.
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Assis chacun dans un fauteuil, François et Bessie se sont assoupis en face l’un de l’autre. La morte, plus loin, se distingue dans un jeu d’ombre et de lumière, la flamme tremblotante des cierges dansant sur son visage blafard.
Laurence s’approche du lit funèbre. Elle aurait cru que la vue d’un cadavre dût l’épouvanter. Elle constate que l’on ne peut avoir peur de ce que l’on a aimé. Au contraire ; des larmes apaisantes — les premières — coulent lentement de ses paupières à l’aspect de cette figure calme et froide où les traits maternels recouvrent une apparence de jeunesse.
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On ne se bat plus pour le chef de l’État : quand les grenouilles demandent un aigle, elles ne se soucient guère de leur soliveau. On ne se bat plus pour la gloire, car le progrès nous a enseigné l’horreur du sang : on donne le nom d’assassinat au crime d’un homme et le nom de guerre au crime d’un peuple.
Non. Ceux de notre époque se battent obscurément, sans ambition, sans ivresse, sans révolte, — simplement pour sauver encore une fois l’âme latine du joug des Barbares — par un sublime instinct de race.
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