Philippe Godet

Résumé

Philippe Godet Revue des Deux Mondes

Bien des salutations à M. de Lessert ; j’embrasse vos chers enfans, votre bonne maman, tous les vôtres, et mon excellente cousine par-dessus tout.
A Madame de Lessert, née Boy de la Tour, à Lyon.
À Paris, 13 août 1771. Il n’y a point de joie pure en cette vie. Celle que m’a donnée votre lettre l’eût été, chère cousine, si le cruel accident de votre pauvre enfant ne l’eût empoisonnée [2] . Rien peut-être ne m’a fait mieux sentir la solidité de votre vertu que la manière simple dont vous m’avez narré ce malheur, à moi qui sais si bien à quel point votre cœur maternel en a été transpercé.
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Ils ont laissé venir ma compagne ; ils ont senti que c’était un embarras de plus pour moi ; mais elle m’est venue sans mon argent, sans ses hardes, sans passeport, et si nue que hors ce qu’elle porte sur elle, elle n’a pas un seul manteau de lit, ni jupon pour changer. L’habitation des villes m’est interdite, le travail m’est interdit, mes finances ne sont pas inépuisables, c’est l’affaire de deux ou trois ans au plus pour manger le tout sans avoir un liard à laisser à ma femme. C’est là qu’ils m’attendent, pour me forcer à mendier et à recevoir d’eux mon pain pour le prix de mon déshonneur.
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Philippe Godet Revue des Deux Mondes

« Au lieu de reproches et d’excuses, nous avons éclaté de rire, ma mère et moi, quand nous nous sommes revues. Elle m’a dit que je n’avais rien perdu au sermon... » — « c’est avec moi qu’elle aime à rire, à muser, à se promener, malgré mes hérésies. On ne peut se passer de moi. Ma sœur a beau être beaucoup plus orthodoxe et plus décente, elle n’amuse pas et on n’aime pas tant son cœur que le mien. »
Cette sœur cadette, qu’elle appelle « prude et redoutable, » se maria avant elle et devint Mme de Perponcher.
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