Raymond Jubert 

Résumé

Raymond Jubert  Revue des Deux Mondes

Un trou m’arrête, dans le toit d’un abri, à l’ouverture obstruée. A peine j’y jette les yeux que je m’écarte d’horreur ; puis j’y reviens, fasciné comme l’on vient au serpent. Le torse nu, décharné, squelettique, se détachant en relief cru de l’ombre de l’abri, tous muscles tendus de marbre, Keffmann, ce blessé qu’ici j’ai fait transporter ce matin, de nouveau prisonnier de la terre et les deux jambes, cette fois, broyées par un obus ; dressé sur le séant, il agonise, farouche. A ma vue, à mon cri, il n’a point tressailli ; la mort dans les yeux, il ne voit plus les hommes.
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Raymond Jubert  Revue des Deux Mondes

Le voici, par isolés, progressant de trou d’obus à trou d’obus. Mais noire feu crépite ; les mitrailleuses s’y ajoutent de la voix ; l’acier s’échauffe entre nos mains ; sa brûlure nous enfièvre ; nous sommes à cette heure les maîtres de la mort. L’ennemi s’arrête ; il recule ; il se couche. Nos feux le cherchent ; il régresse ; le voici derrière la crête.
« A notre tour maintenant ; nous voilà repérés, » me dit un mitrailleur. Deux taubes au-dessus de nos têtes jettent sur nous des fusées. Il ne s’en faut pas d’une minute ; un bombardement furieux nous secoue, nous enveloppe.
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Raymond Jubert  Revue des Deux Mondes

Le bombardement ne commence qu’à onze heures.
A l’heure dite, un premier obus nous ébranle si fort que la chandelle s’éteignit ; il en fut ainsi plusieurs fois par heure, durant l’après-midi. Amusés du jeu, inlassablement, nous frottions des allumettes. Avec régularité, la mort frappait à notre porte ; nous trouvions, a causer, un peu de distraction.
— Chose singulière que cette guerre de tranchées, disions-nous entre nous. Nous vivons dans des trous, réduits à notre solitude, les yeux sur des charniers ; et le danger nous rend la mort plus présente qu’aucune imagination.
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