Pierre Troyon

Résumé

Pierre Troyon Revue des Deux Mondes

La soif, c’est une des pires souffrances de la guerre. Un champ de bataille, c’est le désert, le pays de la soif ; le manque d’eau est une des tortures de ces régions du feu. Des hommes, faute d’eau, boivent leur urine dans leur casque. Je mourais de soif et ne m’en étais pas aperçu. Trop de sensations violentes m’avaient distrait de ce besoin. L’aspect de l’eau le réveilla comme une brûlure. C’était celle de la rivière, une eau suspecte, défendue, où des morts achevaient de pourrir. J’étais seul, je me couchai à plat ventre sur la berge, et, — pardonne, ô Gédéon !
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Pierre Troyon Revue des Deux Mondes

C’étaient les « doubles » des bulletins expédiés pendant la bataille par le commandant du fort. Toutes communications rompues avec le monde, le téléphone muet, le télégraphe sans réponse, la redoute désemparée était demeurée quatre jours au centre de l’enfer, sans autre relation avec l’univers vivant que par ce vieux moyen des pigeons voyageurs. L’oiseau s’élançait de la prison, emportait sur les vents la pensée délivrée ; et l’homme, trahi par toutes les ressources de sa science, se voyait sauvé par l’antique messager de l’amour. Là, c’étaient les appels, la voix de la redoute en détresse.
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Pierre Troyon Revue des Deux Mondes

C’est une espèce de cave au Nord-Est de Froideterre, à mi-côte du ravin des Vignes. On la reconnaît de loin sur le chemin de Thiaumont, à droite, en contre-bas de la route, à ces grosses cheminées de briques inexplicables, et qui du reste ne sont plus que deux, fort ébréchées encore, et de silhouette plus que bizarre. J’ai vu beaucoup de ruines dans cette guerre, je n’en ai pas vu de plus étranges que cette paire de moignons, ces deux manches à vent, ces lanternes dont rien ne justifie la présence dans le paysage.
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