Résumé

Portrait de René Doumic René Doumic Revue dramatique - La Réouverture des Théâtres

Si l’amour n’est qu’un plaisir, que deviennent ses tortures qui sont ce qu’en recherchent avec une âpre volupté ceux qui aiment à aimer ? Et si l’honneur seul est un devoir, aimer n’est-il donc pas la première obligation d’un honnête homme ? Pour parler ainsi de l’amour, mieux eût valu n’en pas parler du tout. Cette passion est exclusive, de sa nature ; si on l’introduit dans une pièce, elle doit y régner toute seule : elle n’admet pas le partage : la reléguer au second plan, c’est un crime contre l’amour...
Ce crime, c’est précisément celui dont Corneille n’a cessé de se rendre coupable.
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Le crime y sera toujours un crime contre la sécurité de l’État. La conquête y sera celle d’un pays voisin, celle d’une couronne ou d’une dignité, alors que chez Racine la seule conquête qui importe est celle de l’objet aimé. C’est qu’ici l’amour est toujours sacrifié. Rien d’ailleurs de plus significatif que le rôle donné dans le drame cornélien à cette passion qui, de Racine à Marivaux, allait envahir tout le théâtre, tragédie et comédie, et, de proche en proche, gagner le roman, la poésie lyrique et absorber à peu près toute la littérature d’imagination.
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Que ce soit d’ailleurs l’amour ou la haine, toute passion a, aux yeux de Corneille, un défaut irrémédiable, c’est d’être une passion. Le sens du mot n’est que trop clair : l’homme y est passif, à la merci d’impulsions qu’il subit. Or il ne suffit pas à la dignité humaine d’échapper au pouvoir d’une volonté étrangère ; encore ne devons-nous pas être livrés à ces forces obscures qui sont en nous, mais qui ne sont pas nous. Auguste, lorsqu’il prononce le vers fameux.
Je suis maître de moi comme de l’univers,
définit le héros cornélien.
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