Résumé

Portrait de Sainte-Beuve Sainte-Beuve De la littérature industrielle

Cette littérature en un mot, qu’on est fâché d’avoir tant de fois à nommer industrielle quand on sait quels noms s’y trouvent mêlés, a eu le vouloir et les instrumens d’innovation, les capitaux et les talens, elle a toujours tout gaspillé : l’idée morale était absente, même la moindre ; la cupidité égoïste d’un chacun portait bientôt ruine à l’ensemble.
Pourtant, à chaque reprise de tentative, c’est pour tous ceux qui aiment encore profondément les lettres le moment de veiller. De nos jours le bas fond remonte sans cesse, et devient vite le niveau commun, le reste s’écroulant ou s’abaissant.
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Il faut bien se résigner aux habitudes nouvelles, à l’invasion de la démocratie littéraire comme à l’avènement de toutes les autres démocraties. Peu importe que cela semble plus criant en littérature. Ce sera de moins en moins un trait distinctif que d’écrire et de faire imprimer. Avec nos mœurs électorales, industrielles, tout le monde, une fois au moins dans sa vie, aura eu sa page, son discours, son prospectus, son toast, sera auteur. De là à faire un feuilleton, il n’y a qu’un pas.
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Mais la Société des Gens de Lettres nous paraît recéler d’autres inconvéniens littéraires, si elle n’y prend garde. Dans de telles associations, la majorité décide ; et qu’est-ce que la majorité en littérature ? La société s’engage (c’est tout simple) à aider ses membres, à procurer le placement de leurs travaux, à aplanir aux jeunes gens qui en font partie l’entrée dans la carrière. Mais où sont les conditions littéraires et les garanties de l’admission ? Tout le monde peut se dire homme de lettres : c’est le titre de qui n’en a point.
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