Émile Verhaeren

Émile Verhaeren

Résumé

Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les tendresses premières

Mon Village
Une place minime et quelques rues,
Avec un Christ au carrefour ;
Et l’Escaut gris et puis la tour
Qui se mire, parmi les eaux bourrues ;
Et le quartier du Dam, misérable et lépreux,
Jeté comme au hasard vers les prairies ;
Et près du cimetière aux buis nombreux,
La chapelle vouée à la Vierge Marie,
Par un marin qui s’en revint
On ne sait quand
Des Bermudes ou de Ceylan ;
Tel est — je m’en souviens après combien d’années —
Le village de Saint-Amand
Où je suis né.
C’est là que je vécus mon enfance angoissée,
Parmi les gens de peine et de métier,
Corroyeurs, forgerons, calfats et charpentiers,
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les tendresses premières

Quand les beffrois sonnaient la joie et le réveil
Sur les foules désopprimées.
C’était tout le passé : sang et or, fièvre et feu !
C’était le galop blanc des hautaines victoires
Criant, dans le tumulte et dans l’effroi, leurs vœux,
De l’un à l’autre bout du monde et de l’histoire.
II
Depuis, l’ombre s’est faite sur la Flandre !
Mais mon rêve survit et ne veut point descendre
Des tours, où tant d’orgueil, jadis, le fit monter.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Les tendresses premières

Et les massifs, les boulingrins, les gloriettes
Et les poteaux blanchis du tir à l’arbalète
Étaient autres. Même le clocher
Semblait avoir, tel un géant, marché
Vers les courants d’Escaut dont les vagues pareilles
À des armes, luisaient et se tassaient là-bas.
Les moulins agitaient plus largement leurs bras
La meule et le blutoir et les aîles vermeilles
Ronflaient et bourdonnaient comme un million d’abeilles.
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