“ On ne conviendra pas aisément que l’on manque d’empire sur soi-même ; on ne convient jamais que l’on soit injuste, non plus qu’envieux ou curieux ; mais presque tout le monde conviendra qu’il s’attendrit facilement. D’où cela vient-il ? Avant tout, d’un désaccord et d’un trouble dans nos opinions sur les biens et sur les maux ; puis de ceci pour les uns, de cela pour les autres. Presque jamais on ne convient de ce que l’on regarde comme une honte. Or, on regarde la timidité et la facilité à s’attendrir comme le fait d’une bonne âme ; la sottise, comme le pur fait d’un esclave. ”
Résumé
Le Manuel d’Épictète, rédigé par son disciple Arrien au IIe siècle, résume les fondements du stoïcisme, une philosophie fondée sur la maîtrise de soi et l’acceptation des événements extérieurs. Réputé pour ses enseignements pratiques, il met l’accent sur la séparation entre ce qui relève de l’individu (opinions, désirs) et ce qui n’en est pas (richesse, honneurs), promouvant ainsi une liberté intérieure.
Ce texte, largement répandu au Moyen Âge, a marqué les ordres monastiques chrétiens, sa dévalorisation des liens matériels trouvant un écho dans les valeurs spirituelles. Un pilier de la pensée stoïcienne, il demeure un ouvrage fondamental pour mener une vie vertueuse.
Citations de Manuel d’Épictète (Épictète)
“ Le pilote, pour perdre son vaisseau, n’a pas besoin d’autant de préparatifs que pour le sauver ; pour peu qu’il le tourne contre le vent, tout est fini ; tout est fini, alors même qu’il ne l’a pas voulu, et qu’il n’a fait que penser à autre chose. Il en est de même ici : pour peu que tu t’oublies, c’en est fait de tout ce que tu as acquis jusque-là. Attention donc à tout ce qui se présente à toi : tiens-y l’œil ouvert. Ce que tu as à garder n’est pas de peu d’importance : c’est ta retenue, ta loyauté, ta fermeté, ton contentement, ton assurance, ta tranquillité, ta liberté en un mot. ”
“ « Les thermes de Néron, la fontaine de Marcia ! » C’est comme cela que naissent les drames, quand les moindres accidents arrivent aux imbéciles ! — Quand donc reverrai-je Athènes et l’Acropole ? — Malheureux, ne te suffit-il pas de ce que tu vois chaque jour ? Peux-tu voir quelque chose de plus beau, de plus grand que le soleil, la lune, les astres, et la terre, et la mer ? Si tu comprends la pensée de celui qui gouverne l’univers, si tu le portes partout en toi-même, peux-tu regretter encore quelques cailloux et la beauté d’une roche ? ”
“ LVII S’il a péché, c’est en lui qu’est le mal ; mais peut-être n’a-t-il pas péché. LVIII O mon âme, seras-tu quelque jour enfin bonne, simple, et toute nue, plus visible à l’œil que le corps qui t’enveloppe ? Goûteras-tu enfin le bonheur d’aimer, de chérir les hommes ? Seras-tu un jour enfin assez riche de toi-même pour n’avoir aucun besoin, aucun regret, vivant avec les Dieux et les hommes dans une telle communion que jamais tu ne te plaignes d’eux et que jamais ils ne te condamnent ? ”
“ C’est que tu ne t’aimes pas toi-même, sinon tu aimerais ta nature et ce qu’elle veut. Oui, ceux qui aiment leur métier sèchent sur leurs ouvrages, oubliant le bain et la nourriture ; mais toi, tu fais moins de cas de ta propre nature que le ciseleur n’en fait de son art, le danseur de sa danse, l’avare de son argent, l’ambitieux de sa folle gloire. Eux, quand ils sont à l’œuvre, ils ont bien moins à cœur le manger ou le dormir que le progrès de ce qui les charme : les actions qui ont l’intérêt public pour but te paraissent-elles plus viles et moins dignes de tes soins ? ”
“ Jusqu’où la grammaire est-elle en possession d’aller dans ses jugements ? jusqu’à la détermination des lettres. Et la musique ? jusqu’à la détermination des notes. Mais l’une d’elles se juge-t-elle elle-même ? nullement. Lorsqu’il faudra écrire à un ami, la grammaire dira comment il faut lui écrire ; mais la grammaire ne vous dira pas s’il faut ou non écrire à cet ami. La musique vous enseignera de même les notes ; mais elle ne vous dira pas s’il faut pour le moment chanter et jouer de la lyre, ou s’il ne faut ni chanter ni jouer de la lyre. ”
“ On court à Olympie contempler les jeux, et on oublie de se contempler et de se connaître soi-même. Vous courez à Olympie pour voir l’œuvre de Phidias, et chacun de vous regarderait comme un malheur de mourir sans la connaître : et ce pour quoi vous n’avez pas besoin de courir, ce pour quoi vous êtes tout portés et sur les lieux mêmes, vous n’aurez pas l’envie de le regarder et de chercher à le comprendre ? Ne sentirez-vous donc jamais qui vous êtes, à quelle fin vous êtes nés, et pourquoi vous avez reçu le don de la vue ? — Mais dans la vie il y a du bien, des désagréments et des peines ! ”
“ « Quelles épouvantables choses il y a à Rome ! La mort est bien terrible ! Terrible est l’exil ! Terrible l’ignominie ! Terrible la pauvreté ! Fuyez, ami ; l’ennemi est là ! » nous te dirions : Va-t’en ! garde tes avertissements pour toi ! notre seul tort à nous, ç’a été d’envoyer un pareil individu à la découverte. Diogène y a été envoyé avant toi ; mais ce qu’il nous a rapporté est bien différent : il dit que la mort n’est pas un mal, parce qu’elle n’est pas une honte ; il dit que la gloire est un vain bruit, que font des insensés. ”
“ « Et quels rapports ceci a-t-il avec la servitude? » — Crois-tu que ce ne soit pas de l’esclavage que de faire quelque chose malgré soi, par contrainte, en pleurant? — « Soit, mais qui peut me contraindre, hormis César, le maître de tous? » — Tu conviens donc, toi-même, que tu as un maître? « Ce maître, dis-tu, est commun à tous; » mais cela ne doit pas être pour toi une consolation: cela signifie seulement que tu es esclave dans une maison qui a un grand nombre d’autres esclaves. Tu ressembles aux Nicopolitains qui ont l’habitude de crier: « Par la fortune de César, nous sommes libres! » ”
“ En présence de la statue d’un Dieu, tu n’oserais rien faire de ce que tu fais ; et quand c’est le Dieu lui-même qui est présent en toi, voyant tout, entendant tout, tu ne rougis pas de penser et d’agir de cette façon, ô toi qui méconnais ta propre nature et qui attires sur toi la colère divine ! Si tu étais une statue de Phidias, la Minerve ou le Jupiter, tu te souviendrais de toi-même et de l’artiste qui t’aurait fait ; et, si tu avais l’intelligence, tu voudrais ne rien faire qui fût indigne de ton auteur ou de toi, et ne jamais paraître aux regards sous des dehors inconvenants. ”
“ N’est-il pas vrai qu’il n’y a là que des choses indifférentes, et sans rapport réel avec nous ? N’est-il pas vrai que la mort n’est pas un mal, que nous sommes les parents de Dieu, et que c’est de lui que nous venons ? Laisse-nous retourner d’où nous venons ; laisse-nous nous dégager enfin de ces liens qui nous attachent et qui nous chargent. Ici sont des pirates, des voleurs, des juges, des hommes avec le nom de tyrans, qui semblent avoir sur nous quelque pouvoir, à cause de ce misérable corps et des choses qu’il possède ; laisse-nous leur montrer qu’ils n’ont sur nous aucun pouvoir. ”
“ Salut à toi, ô le plus glorieux des immortels, être qu’on adore sous mille noms, Jupiter éternellement puissant ; à toi, maître de la nature ; à toi qui gouvernes avec loi toutes choses ! C’est le devoir de tout mortel de t’adresser sa prière ; car c’est de toi que nous sommes nés, et c’est toi qui nous a doués du don de la parole, seuls entre tous les êtres qui vivent et rampent sur la terre. ”
“ Le monde est comme une grande foire, où l’on amène des bêtes de somme et des bœufs pour les vendre ; et où la plupart des gens viennent pour acheter ou pour vendre ; bien peu, pour se donner le spectacle de la foire, pour voir comment les choses s’y passent, en vue de quoi elles se font, quels sont ceux qui l’ont établie, et pourquoi ils l’ont fait. Ainsi en est-il de la grande foire de la vie : bon nombre de gens, semblables aux bêtes de somme, ne s’y occupent d’autre chose que du fourrage. ”
“ Pourquoi donc conviens-tu que tu n’es pas un Sage ? N’est-ce point, par Jupiter ! parce que bien souvent les représentations qui viennent de tes sens te mettent hors de toi, et te bouleversent ; parce que tu dis tantôt qu’une chose est bonne, tantôt qu’elle est mauvaise, tantôt qu’elle n’est ni l’une ni l’autre ? Eh bien ! en amitié ne changes-tu donc jamais ? Toi qui dis de la richesse, de la volupté, et de toutes les choses en général, tantôt qu’elles sont des biens, tantôt qu’elles sont des maux, ne dis-tu pas aussi du même individu tantôt qu’il est bon, tantôt qu’il est mauvais ? ”
“ Lorsqu’on t’annonce une nouvelle de nature à te troubler, aie présent à l’esprit que jamais nouvelle ne porte sur ce qui dépend de notre libre arbitre. Peut-on l’annoncer en effet, que ton jugement a été bon, ou ton désir mauvais ? Non ; mais on t’annonce qu’un tel a mal parlé de toi. Qu’est-ce que cela te fait ? Que ton père prépare telle et telle chose. Contre quoi ? Contre ton libre arbitre ? Eh ! comment le pourrait-il ? Contre ton corps ? Contre ta bourse ? Tu es sauvé ; ce n’est pas contre toi. Qu’un juge t’a déclaré impie. Les juges n’ont-ils pas déclaré la même chose de Socrate ? ”
“ Le navire qui apporte et emporte les âmes, c’est le destin, ou le hasard. Le pilote, c’est Dieu. Le rivage où s’arrête le navire, c’est le lieu où nous vivons, notre patrie, notre famille. Sortir pour aller puiser de l’eau est un symbole des occupations nécessaires à la vie. La plante et le coquillage représentent les choses accessoires qui ne nous sont pas nécessaires, qui nous sont tour à tour données et enlevées par « le grand Tout » et que nous devons tour à tour prendre ou rendre, les yeux toujours fixés sur le Tout, que règle une Providence intérieure. ”
“ Ô mes juges, soyez pleins d’espérance dans la mort, et pensez seulement à cette vérité : c’est qu’il n’y a point de mal pour l’homme de bien, ni pendant cette vie, ni après sa mort, et que les dieux ne l’abandonnent jamais ; car ce qui m’arrive aujourd’hui n’est point l’effet du hasard ; mais il m’est évident que mourir dès à présent et être délivré des soins de la vie, sont pour moi ce qu’il y a de plus heureux, et je n’en veux nullement aux juges qui m’ont condamné ni à mes accusateurs. ”
“ Voilà le véritable lutteur : celui qui s’exerce à combattre ses représentations. Résiste, ô malheureux ! ne te laisse pas entraîner ! Importante est la lutte, et elle est le fait d’un Dieu : il s’agit de la royauté, de la liberté, de la vie heureuse et calme. Souviens-toi de Dieu, appelle-le à ton secours et à ton aide, comme dans la tempête les navigateurs appellent les Dioscures. Est-il, en effet, tempête plus terrible que celle qui naît de ces représentations, dont la force nous jette hors de notre raison ? ”
“ La première différence entre l’homme ordinaire et le philosophe, c’est que celui-là dit hélas ! à cause de son enfant, à cause de son frère, à cause de son père ; tandis que l’autre, s’il est jamais forcé de le dire hélas ! ne le dit, après réflexion, qu’à cause de lui seul. Si donc nous en arrivons presque, nous aussi, à n’accuser que nous, quand la route devient difficile, et à nous dire que rien ne peut nous troubler et nous bouleverser que notre manière de voir, j’en jure par tous les Dieux, nous sommes en progrès. ”
“ Cette opinion fut la bête sauvage qui mit en pièces leur affection. Ce fut elle qui ne permit pas à l’épouse d’être épouse, à la mère d’être mère. Que celui de vous à son tour qui veut être l’ami de quelqu’un, ou se faire de quelqu’un un ami, déracine donc en lui les opinions de cette espèce ; qu’il les prenne en haine, qu’il les chasse de son âme. Alors, il se donnera tout entier à ceux qui lui ressembleront ; il sera patient avec ceux qui ne lui ressembleront pas ; il sera doux pour eux, bon, indulgent, comme avec des ignorants, qui s’égarent dans les questions les plus importantes. ”
“ Pour tout ce que la nature renferme d’imparfait, pour tout ce qu’elle nous apporte de mauvais et d’injuste, les stoïciens n’ont eu qu’un seul remède : la « patience ». Il en est un autre, plus efficace peut-être, et qu’ils n’ont pas connu : l’espérance ; l’espérance qui ne nous vient pas d’ailleurs, mais que nous pouvons tirer du plus profond de nous-mêmes ; l’espérance qui naît de la juste confiance en soi, c’est-à-dire de la conscience que nous portons au dedans de nous, avec la volonté, la force suprême. ”
“ Les Dieux, par leur nature, sont purs et sans tache ; autant donc l’homme se rapproche d’eux par la raison, autant il devra s’efforcer d’être pur et sans souillure. Il est impossible à son être de se trouver jamais complètement pur, avec les matériaux dont il est composé ; mais la raison, qui lui a été donnée, essaye du moins de le rendre pur dans la mesure du possible. La première pureté, la plus noble, est celle de l’âme ; et réciproquement pour l’impureté. Or, les fonctions de l’âme sont de vouloir, de repousser, de désirer, de fuir, de se préparer, d’entreprendre, de donner son adhésion. ”
“ Et voilà comment il est libre! Vois comment nous appliquons l’idée de la liberté, quand il s’agit des animaux. Certaines gens entretiennent des lions apprivoisés; ils les enferment, les nourrissent, et les emmènent partout avec eux: qui dira qu’un tel lion est libre? N’est-il pas d’autant plus esclave qu’il a une vie plus douce? Quel est l’être doué de sens et de raison qui voudrait être un de ces lions? Vois, par contre, ces oiseaux que l’on prend, que l’on enferme, et que l’on nourrit: que ne souffrent-ils pas en essayant de s’échapper! ”
“ LIV Ce n’est pas dans ce qu’il éprouve, mais dans ce qu’il fait, que consistent le bien et le mal de l’être raisonnable et né pour la société ; comme aussi la vertu et le vice, chez lui, consistent non dans la passion, mais dans l’action. LV Laissons la faute d’autrui là où elle est. LVI Tranquillité d’âme dans les choses qui proviennent de la cause extérieure ; justice dans les actions dont tu es toi-même la cause : je veux dire que tout désir, toute action ne doit avoir d’autre but que le bien de la société. ”
“ À quelle fin étudies-tu donc, esclave ? N’est-ce pas pour arriver au calme ? à la tranquillité ? N’est-ce pas pour te mettre et te maintenir en conformité avec la nature ? Or, quand tu as la fièvre, qui t’empêche de mettre cet accord entre la nature et ta partie maîtresse ? C’est ici le moment de faire tes preuves ; c’est ici l’épreuve du philosophe ; car la fièvre fait partie de la vie, comme la promenade, les traversées, les voyages par terre. ”
“ XXXV Le vain appareil de la magnificence, les spectacles de la scène, les troupeaux de petit et de grand bétail, les combats de gladiateurs, tout cela est comme un os jeté en pâture aux chiens, un morceau de pain qu’on laisse tomber dans un vivier ; ce sont des fatigues de fourmis traînant leur fardeau, une déroute de souris effrayées, des marionnettes mises en mouvement par un fil. Assistes-y donc avec un sentiment de bonté, sans orgueil insolent : réfléchis que la valeur de chaque homme est en raison de celle des objets qu’il affectionne. ”
“ S’il n’est pas invité par César, le voilà triste ; s’il est invité, il est au souper comme un esclave à la table de son maître, tremblant sans cesse de dire ou de faire quelque sottise. Et que crois tu qu’il craigne ? D’être fouetté comme un esclave ? Et d’où lui viendrait tant de chance ? Comme il convient à un homme de son importance, à un ami de César, il craint d’avoir la tête coupée. ”
“ Tu n’es plus un jeune homme, tu es un homme fait. Si tu t’abandonnes maintenant à la négligence et à la paresse, si tu introduis sans cesse délais sur délais, si tu remets d’un jour à l’autre de faire attention à toi-même, tu ne t’apercevras pas que tu ne fais pas de progrès, et tu ne seras jamais philosophe de ta vie, y compris le moment de ta mort. ”
“ Si tu veux être bon, persuade-toi d’abord que tu es mauvais. IV L’esclavage du corps est l’ouvrage de la fortune, et l’esclavage de l’âme est l’ouvrage du vice. Celui qui a la liberté du corps, s’il a l’âme liée et garrottée, est esclave, et celui qui a l’âme libre a beau être chargé de chaînes, il jouit d’une pleine liberté. L’esclavage du corps, la nature le finit par la mort ; mais l’esclavage de l’âme, c’est la vertu seule qui le finit. ”
“ L’homme est un animal ami de la contemplation. Seulement il est honteux pour lui de regarder le spectacle du monde comme les esclaves qui ont fui de chez leur maître regardent la comédie. Il faut rester assis à écouter sans distraction tantôt l’acteur tragique, tantôt l’acteur comique, et non pas faire comme font ces derniers. Ils entrent, ils applaudissent l’acteur, et en même temps ils regardent de tous les côtés ; et si quelqu’un prononce le nom de leur maître, les voilà qui se troublent et qui tremblent. C’est une honte pour les philosophes que de regarder ainsi les œuvres de la nature. ”
“ En est-il une qui soit autre chose que de la pierre, de l’airain, de l’or ou de l’ivoire ? La Minerve même de Phidias, une fois qu’elle a étendu la main, et reçu la Victoire qu’elle y tient, reste immobile ainsi pour l’éternité ; tandis que les œuvres de Dieu ont le mouvement, la vie, l’usage des représentations et le jugement. Quand tu es la création d’un pareil artisan, voudras-tu le déshonorer ? Mais que dis-je ? Il ne s’est pas borné à te créer ; il t’a confié à toi-même, remis en garde à toi-même. ”
“ « Cet homme aveugle et sourd ne devrait-il pas périr ? » Car si le plus grand de tous les dommages est d’être privé des plus grands biens, et si le plus grand de tous les biens est un jugement droit, pourquoi t’emporter encore contre celui qui en est privé ? O homme, il ne faut pas que les torts des autres produisent sur toi un effet contraire à la nature ; aie pitié d’eux plutôt. Laisse là ces mots de colère et de haine, ces exclamations de la multitude : « Quelle canaille ! Quel être odieux ! » Es-tu donc, pour ta part, devenu sage en un jour ? ”
“ Quelqu’un peut-il t’empêcher d’adhérer à la vérité ? — Personne. — Quelqu’un peut-il te forcer à recevoir pour vrai ce qui est faux ? — Personne. — Vois-tu que sur ce terrain ton libre arbitre est au-dessus de toute entrave, de toute contrainte, de tout empêchement ? Eh bien ! sur le terrain du désir et de la volonté, en est-il autrement ? Qu’est-ce qui peut triompher d’une volonté si ce n’est une autre volonté ? D’un désir ou d’une aversion, si ce n’est un autre désir ou une autre aversion ? — Mais, dis-tu, si tu emploies la crainte de la mort, tu me contraindras. ”
“ Que savoir est un bien, que se tromper est un mal; de telle façon qu’il y a un bien relatif à l’erreur même, le fait de savoir qu’elle est une erreur. Il faudrait qu’il en fût de même pour les choses pratiques. « La santé est-elle un bien? La maladie est-elle un mal? » Non, mortel! « Qu’est-ce qui est donc un bien ou un mal? » User bien de la santé est un bien; en mal user, est un mal; de sorte qu’il y a un profit à tirer même de la maladie. Et par le ciel, n’y en a-t-il pas un à tirer de la mort? ”
Termes fréquents
Œuvres similaires
Les Entretiens d’Épictète (Épictète…Pensées pour moi-même (Marc Aurèle…Œuvres complètes de Sénèque le Jeune…Les Chrétiens et les Philosophes…Cours de versions grecques, ou Choix de phrases graduées extraites des auteurs grecs…Œuvres complètes de Platon, traduites par Émile Chambry…Morale d’Aristote (Aristote)Pensées de Marc-Aurèle (Paul de Saint-Victor…Vies et doctrines des philosophes de l’Antiquité…Traité des devoirs (Cicéron)
