“ La vérité est que cette populace, attentive à ce loup, à cet ours, à cet homme, puis à cette musique, à ces hurlements domptés par l’harmonie, à cette nuit dissipée par l’aube, à ce chant dégageant la lumière, acceptait avec une sympathie confuse et profonde, et même avec un certain respect attendri, ce drame-poëme de Chaos vaincu, cette victoire de l’esprit sur la matière, aboutissant à la joie de l’homme. ”
L'Homme qui rit
Définition et enjeux
Citations sur “L'Homme qui rit”
Émile Michelis di Rienzi, Les religions ignorées (1939)
“ Ce que je suis, a-t-il écrit : un mort devenu vivant, un esprit par lequel s'est ouverte la Porte du Salut ! Soyez ce que je suis, soyez un esprit que le Seigneur illumine, transfigure, éblouit. Soyez l'Annonciateur de la Parole divine ! Soyez l'Inspiration faite Verbe de l'Eternel. Car je ne suis qu'un homme, mais, par mon Union avec le Seigneur, j'élargis les horizons de la terre et je donne au monde la Parole de Vérité. ”
“ Je ne suis pas un homme qui enseigne, je suis un homme qui cherche. Si plus tard des caractères de l’art ou de la science se présentent à mon esprit qui contredisent ceux-ci, je n’hésiterai pas à les noter et à les étudier. S’ils renversent mes flottantes conclusions d’aujourd’hui, je saurai conclure autrement ou me passer de conclure. Entre les existences que j’admire et les œuvres d’art que j’aime, je crois en ce moment découvrir une émouvante parenté. Chaque vie louable me paraît une création nouvelle, la manifestation d’une beauté personnelle. ”
“ Il y a de l’amour du sacrifice dans la piété scientifique. L’homme a sacrifié sa liberté pour épouser l’un ou l’autre des fantômes. Et l’homme a cru satisfaire sa soif d’unité qui le dépasse. Et l’homme n’a pas toujours su que sa soif d’unité qui le dépasse est une soif de servitude. Moi, je n’embrasse exclusivement et définitivement ni un dieu ni un univers. Je possède un harem nombreux et ne sacrifie mon vouloir à aucune de mes épouses. Je couche avec tous les fantômes de toutes les divinités. Sur chaque fantôme d’univers, j’imprime un instant mon baiser. ”
“ Il faisait tant peur qu’il faisait rire. Il était infernalement bouffon. C’était le naufrage de la figure humaine dans un mascaron bestial. Jamais on n’avait vu plus totale éclipse de l’homme sur le visage humain, jamais parodie n’avait été plus complète, jamais ébauche plus affreuse n’avait ricané dans un cauchemar, jamais tout ce qui peut repousser une femme n’avait été plus hideusement amalgamé dans un homme; l’infortuné cœur, masqué et calomnié par cette face, semblait à jamais condamné à la solitude sous ce visage comme sous un couvercle de tombe. ”
Philpin de Rivières, Un pèlerinage en 1848, ou Vie de l'abbé Brullon… (1876)
“ Au milieu de ces éléments, qui se repoussent et se haïssent dès qu'il ne s'agit pas d'opprimer la vérité, le Religieux de Terre Sainte représente la piété et le dévouement catholique. Oui, c'est bien là qu'il faut l'homme de prière ! ”
Charles Calemard de La Fayette,
Vie de M. Augustin Péala... : supérieur du séminaire…
(1853)
“ Nous dirons comment se fait un saint prêtre, comment la volonté et la religion mettent l'abnégation, le renoncement, l'humilité, la chasteté , l'amour enfin de tous les sacrifices dans ce coeur de l'homme où notre nature déchue développe presque exclusivement la personnalité, la préoccupation de soi , les passions farouches, les appétits terrestres. ”
Victor Hugo,
L'Homme qui rit
(1869)
“ Le souvenir de Dea se débattait dans cette ombre avec de petits cris. Il y a un bas-relief antique qui représente le sphinx mangeant un amour ; les ailes du doux être céleste saignent entre ces dents féroces et souriantes. Est-ce que Gwynplaine aimait cette femme ? Est-ce que l’homme a, comme le globe, deux pôles ? Sommes-nous, sur notre axe inflexible, la sphère tournante, astre de loin, boue de près, où alternent le jour et la nuit ? Le cœur a-t-il deux côtés, l’un qui aime dans la lumière, l’autre qui aime dans les ténèbres ? Ici la femme rayon ; là la femme cloaque. L’ange est nécessaire. ”
“ La sagesse veut l’homme complet et harmonieux. L’homme est cœur et esprit ; le sage est l’harmonie de l’esprit et du cœur. Une harmonie ne s’obtient pas par des ordres et des brutalités. La sagesse sourit et conseille. ”
Adolphe Retté,
Dans la lumière d'Ars...
(1912)
“ Ah ! le sale petit curé, avec sa soutane rapiécée, sa manie d'éclater en larmes au milieu de ses sermons, son indulgence scandaleuse pour un tas de galvaudeux, de drôlesses et de noceurs, dont il faisait des hébétés ! Qu'importent à Dieu ces rumeurs batraciennes ? Il a pris un homme incapable de rien accomplir par lui-même, il l'a enflammé de son Amour et il en fait, le submergeant de grâces, le thaumaturge et le flambeau de prières dont l'influence et le rayonnement ne cessent de sanctifier l'Eglise de France. ”
“ Mais, depuis cette nuit déchirée, j’ai senti impossible que la Cause — tu m’avais appris, parce qu’on te l’avait appris, à la considérer comme unique, à l’appeler Dieu et à lui croire une conscience — fût souverainement bonne et tout ensemble infiniment puissante. Dès lors, je soupçonnai, tremblant d’effroi et de vaillance, qu’un honnête homme est meilleur que les dieux. ”
Léon-Étienne-Gustave Rimbault Léon de Nantes, Fleurs de Mai... Mois de Marie (1897)
“ En face de ces souvenirs, à l'école de cet exemple, ô prêtre, disciple de Jésus, tu puiseras la force de boire, jusqu'à la lie, le calice glorieux où tombent, amères et chaudes, les larmes de tes coutumières tristesses. Souviens-toi, homme vêtu de noir, que l'épreuve est le contre-poids obligé de ta dignité, le sceau de ta grandeur, le secret de ton incomparable influence, la marque de ton appartenance au Dieu rédempteur. ”
Victor Hugo,
L'Homme qui rit
(1869)
“ On voyait le front, jeune sous les cheveux bruns, le froncement presque indigné des sourcils, les narines serrées, les paupières closes, les cils collés par le givre, et, du coin des yeux au coin des lèvres, le pli profond des pleurs. La neige éclairait la morte. L’hiver et le tombeau ne se nuisent pas. Le cadavre est le glaçon de l’homme. La nudité des seins était pathétique. Ils avaient servi ; ils avaient la sublime flétrissure de la vie donnée par l’être à qui la vie manque, et la majesté maternelle y remplaçait la pureté virginale. ”
“ Léviathan tue l’homme, non point sa pensée. La victoire passive de l’individu est une réalité supérieure mais qui ne saurait tuer la bête. Si on a la naïveté de chercher cette victoire dans l’objectif, en dehors de l’esprit hautain et du cœur satisfait, elle s’évanouit comme, sous les mains qui le veulent étreindre, un fantôme. ”
“ Les dieux, en ce qu’ils ont de bon, sont les Fils de l’Homme. La bonté est-elle autre chose qu’un rêve de notre cœur, cri de détresse chez les faibles, accueil et appel chez les meilleurs. La beauté est un rêve et une création de nos yeux. ”
“ Il lui est dû dans l’histoire de la sagesse une place peut-être égale à celle du stoïcisme. À le regarder superficiellement, l’épicurisme est un système complet, une explication de l’univers aussi bien que de l’homme. Vu de près, il est une sagesse indépendante et il n’est qu’une sagesse. Sa physique, négligemment empruntée à Leucippe et à Démocrite, n’a pour l’épicurien qu’une valeur libératrice : elle doit purger l’esprit de toute crainte religieuse, déblayer en quelque sorte le terrain sur quoi se construira le bonheur. ”
Charles-François Dupuis,
L'origine de tous les cultes (Ed…
(18..)
“ Il suffit, pour s'en convaincre, de lire le rituel de nos prêtres, et l'on verra que le magicien le plus impudent ne fait pas des promesses plus hardies que celles qu'ils font, et n'a pas de formules de prières plus variées, pour soulager tous nos maux, que celles que contiennent leurs livres. Une religion qui ne procurerait ou ne promettrait aucun secours à l'homme ne ferait guère fortune. Donnez-nous notre pain quotidien et délivrez-nous du mal, disent les Chrétiens à leur dieu. Tout le culte se réduit là en dernière analyse. ”
Pierre Imbart de La Tour,
Renaissance et Réforme - La Religion des humanistes
“ S’il ne les sépare point de la foi, s’il se refuse d’entendre par ce nom les actes rituels et les offrandes extérieures dépouillés de tout leur contenu moral, aux œuvres spirituelles qu’avec la grâce l’homme peut et doit faire, il restitue leur prix. ”
Denis-Auguste Affre, Introduction philosophique à l'étude du christianisme… (1845)
“ En effet, nos rites sacrés et nos saintes prières ne nous parlent que de la chute de l'homme, de sa rédemption par Jésus-Christ, de sa sanctification par l'Esprit saint, de la divine justice que nous devons apaiser, des récompenses qui doivent couronner notre fidélité. ”
“ L’homme de bonne foi doit choisir : mépriser Socrate et Jésus ou mépriser la Loi qui les assassina. Je distinguerai entre les lois d’alors et celles d’autres siècles quand on m’aura montré un code où nulle innocence naturelle ne se transforme en culpabilité légale. Le procès de Socrate est un des épisodes les plus illustres de la lutte éternelle entre la conscience individuelle et l’État. Comme toujours, l’État est vainqueur sur le plan matériel. Comme toutes les fois que le champion individualiste est un héros, la conscience est victorieuse sur le plan moral. ”
“ Depuis que l’homme rêve de voler dans les airs comme les oiseaux qu’il regarde, comme les anges et les dieux qu’il imagine, comme les Dédale et les Icare de ses veillées conteuses, que de millénaires vides ! Heureusement tous les savants ne furent pas assez académiques pour se faire eux-mêmes, à la contemplation de cet immense désert, des déserts sans espoir. ”
“ Car le grand mal de l’homme vulgaire, c’est que son cœur n’est pas seulement un vase empoisonné, mais un vase sans fond, le tonneau des Danaïdes. Chez lui, tout plaisir s’écoule inutile. Nuisible souvent : cette eau de mer accroît la soif loin qu’elle l’étanche. Comment remédier à ce défaut et fermer le fond du vase ? Il suffit pour cela de connaître la nature de nos désirs. L’analyse et la critique du désir sont peut-être ce qu’il y a dans l’épicurisme de plus admirable et de plus utile. Épicure distingue trois sortes de désirs. Envers chaque espèce, l’attitude du sage sera différente. ”
“ L’homme est une harmonie. Il tient à conserver sa beauté équilibrée et ne se donne pas sans quelque noble réserve même à la plus noble des passions. Le vrai savant ne permet pas à son intelligence de détruire sa sensibilité. Sacrifier une de ses puissances, c’est déséquilibrer et, à la longue, amoindrir les autres. Savant et Artiste sont des adjectifs devant quoi j’aime à sous-entendre le substantif homme. Pour l’homme véritable, il n’existe pas de fin qui justifie les moyens inhumains. ”
“ Théoriquement, la méthode de Kant et celle des dogmatiques manifestent une même opinion métaphysique intéressante. Il est poétique d’admettre que tout se tient et que, entre l’homme et l’univers, comme entre l’univers et n’importe lequel des éléments qui le constituent, il existe des rapports étroits. Cette universelle synthèse est un rêve émouvant par quoi on se laisse volontiers bercer et griser aux heures de loisir. Rien ne prouve jusqu’ici qu’elle ne dise pas une vérité profonde. Rien ne prouve non plus qu’elle ne soit pas la plus vaste des erreurs. ”
Alexandre André Mars, Panégyrique de saint Martin, prononcé dans la chapelle provisoire… (1877)
“ Le Verbe s'est fait homme ! A ce moment-là, ô vocation d'un Dieu s'enchaînant pour obéir à son amour! Dans les splendeurs mêmes de l'éternité, siégeait à la droite du Dieu trois fois saint, non plus seulement le Verbe, la parole incréée qui illumine tout homme venant en ce monde, mais encore la puissance créatrice du Père, mais aussi l'amour éternel de l'Esprit-Saint, se réunissant pour prononcer et exécuter un étonnant et à jamais adorable Faciamus hominem ! Faisons l'homme ! L'homme par excellence, l'homme saint, séparé des pécheurs, plus haut que les cieux, l'homme prêtre, pontife! ”
“ Des fins plus générales que le bonheur d’un homme ? Oui, oui. Mais ma puissance s’y dilue, ou mon intelligence. Je ne réussis pas ce que je veux et je me pardonne parce que je ne sais plus ce que je fais. D’ailleurs, si universelle qu’on suppose une fin, dès que, comme un généreux canal d’irrigation, elle ne se divise pas en bras nombreux et en biens individuels, elle devient chimère et grimace. ”
Victor Hugo,
Les Misérables
(1862)
“ Une averse est un verre d’eau ; une pluie est tout de suite bue. Le matin tout ruisselait, l’après-midi tout poudroie. Rien n’est admirable comme une verdure débarbouillée par la pluie et essuyée par le rayon ; c’est de la fraîcheur chaude. Les jardins et les prairies, ayant de l’eau dans leurs racines et du soleil dans leurs fleurs, deviennent des cassolettes d’encens et fument de tous leurs parfums à la fois. Tout rit, chante et s’offre. On se sent doucement ivre. Le printemps est un paradis provisoire ; le soleil aide à faire patienter l’homme. ”
Victor Hugo,
L'Homme qui rit
(1869)
“ Sous de certains souffles violents du dedans de l’âme, la pensée est un liquide. Elle entre en convulsions, elle se soulève, et il en sort quelque chose de semblable au rugissement sourd de la vague. Flux, reflux, secousses, tournoiements, hésitations du flot devant l’écueil, grêles et pluies, nuages avec des trouées où sont des lueurs, arrachements misérables d’une écume inutile, folles ascensions tout de suite écroulées, immenses efforts perdus, apparition du naufrage de toutes parts, ombre et dispersion, tout cela, qui est dans l’abîme, est dans l’homme. ”
“ Quant aux dieux, peu importe qu’Épicure affirme de bonne foi leur existence ou que soit juste l’accusation d’athéisme portée contre lui par les populaces païenne et chrétienne. Heureux et paresseux, négligents des choses humaines, épicuriens de l’Olympe qui s’inquiètent de nous aussi peu que l’épicurien du jardin s’inquiète de l’État, ses dieux sont indifférents au sage. Tout lien est coupé entre la conduite de l’homme et la théologie. ”
“ Descendez, accueillez nos vœux. Vous régnez sur la prière du sage. 7. Quand le sage, prodiguant et l’offrande et la louange, vous honore par ses invocations et ses sacrifices, (homme) accompli dans la science de prier, alors vous vous approchez de lui, vous agréez ses présents, vous approuvez ses vœux et comblez ses désirs : vous venez vers nous. 8. Ô (dieux) qui aimez le sacrifice, vous êtes les premiers dans nos offrandes et nos libations : nous sommes unis à vous de cœur. L’hymne et la prière sont d’accord pour vous exalter. Votre âme invincible peut se satisfaire magnifiquement. ”
“ L’homme, tel que je le connais, fait partie, dira-t-on avec justesse, de la société plus étroitement que de l’univers. Le définir un animal social, c’est déjà dire quelque chose de précis. Dire qu’il est un être, c’est vraiment dire trop peu et trop peu nous instruire. Même si la métaphysique avait un caractère scientifique, ses généralités seraient encore trop lointaines pour nous éclairer utilement sur un être aussi particulier. La sociologie n’offre pas le même défaut et il y a quelque spéciosité à présenter la morale comme un de ses chapitres. ”
Victor Hugo,
L'Homme qui rit
(1869)
“ L’homme ne sait que devenir en présence de cette incantation épouvantable. Il plie sous l’énigme de ces intonations draconiennes. Quel sous-entendu y a-t-il ? Que signifient-elles ? qui menacent-elles ? qui supplient-elles ? Il y a là comme un déchaînement. Vociférations de précipice à précipice, de l’air à l’eau, du vent au flot, de la pluie au rocher, du zénith au nadir, des astres aux écumes, la muselière du gouffre défaite, tel est ce tumulte, compliqué d’on ne sait quel démêlé mystérieux avec les mauvaises consciences. ”
Melchior Du Lac, La liturgie romaine et les liturgies françaises… (1849)
“ Dieu nous garde de flétrir le sentiment d'où elle procède, ce pieux attachement à la Liturgie qu'on a long-temps pratiquée, qu'on est habitué à vénérer comme l'œuvre de l'Esprit Saint, comme l'héritage sacré, comme la tradition léguée par les aïeux ! ”
Paul Verlaine,
Poèmes saturniens
“ On le vit au milieu des hommes, épousant Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant Aux guerres, célébrant l’orgueil des Républiques Et l’éclat militaire et les splendeurs auliques Sur la kithare, sur la harpe et sur le luth, S’il honorait parfois le présent d’un salut Et daignait consentir à ce rôle de prêtre D’aimer et de bénir, et s’il voulait bien être La voix qui rit ou pleure alors qu’on pleure ou rit, S’il inclinait vers l’âme humaine son esprit, C’est qu’il se méprenait alors sur l’âme humaine. ”
