“ Thrasylle voit bien qu’il se perd ; mais la fatalité le pousse, en dépit de lui-même, à se prendre à l’impossible. La difficulté dont l’amour s’effraye d’abord, si la passion va croissant, bientôt semblera peu de chose. Or, écoutez de toutes vos oreilles ; vous allez savoir à quels excès l’emporta cette délirante frénésie. Tlépolème un jour mena Thrasylle avec lui chasser la bête fauve, c’est-à-dire le chevreuil bête fauve très innocente ; Charité ne permettait pas à son mari de courir aucun gibier à cornes ou armé de dents. ”
Thrasylle
Définition et enjeux
Citations sur “Thrasylle”
“ La sécurité de Thrasylle est entière, et bientôt il tombe en un sommeil profond. Voilà Thrasylle étendu sans mouvement, et sa personne livrée à toutes les entreprises. Charité avertie accourt. Ce n’est plus une femme. Elle s’empare de sa proie, en frémissant de rage. Debout près du corps de l’assassin : Le voilà donc, dit-elle, ce fidèle ami ! le voilà cet honnête chasseur ! le voilà ce précieux époux ! ”
“ Charité feint de se rendre. Eh bien, mon cher Thrasylle, lui dit-elle, je ne vous demande qu’une grâce. Couvrons pour un temps nos privautés de mystère : que le soupçon n’en puisse même venir à aucun de mes domestiques, tant que l’année n’aura vu son cours accompli. Thrasylle se laissa prendre à cette insidieuse proposition : leurs amours seront furtifs. Il invoque la nuit, la nuit et ses épaisses ténèbres. Qu’il tienne Charité dans ses bras, le reste n’est rien pour lui. ”
Théophile Gautier,
Nouvelles de Théophile Gautier
“ Thrasylle est si désespéré qu’il ne se fait plus friser que deux fois par jour. L’amant de Plangon est un jeune enfant si beau qu’on le prendrait pour Hyacinthe, l’ami d’Apollon : une grâce divine accompagne tous ses mouvements, comme le son d’une lyre ; ses cheveux noirs et bouclés roulent en ondes luisantes sur ses épaules lustrées et blanches comme le marbre de Paros, et pendent au long de sa charmante figure, pareils à des grappes de raisins mûrs ; une robe du plus fin lin s’arrange autour de sa taille en plis souples et légers ”
Léon Moy, Étude sur les plaidoyers d'Isée (1876)
“ Thrasylle n'est point un adolescent, comme le neveu de Cléonyme, ni un homme du commun, comme le fils de Ménéclès, ni, comme le neveu de Dicéogène, un citoyen obscur et pauvre, dépouillé par un riche influent ; il est dans la force de l'âge, et sa situation est considérable ; il compte parmi les citoyens les plus imposés ; il a été archonte thesmothète, théore public aux jeux Pythiques. Il expose ses raisons sur un ton calme et digne qui en double l'autorité, et que lui conseillent sans doute son passé politique et ses espérances. ”
Georges Édon, Cours de thèmes et exercices latins adaptés à la grammaire latine de Lhomond… (1876)
“ Thrasylle n'était pas homme à perdre contenance; sentant qu'il était soumis à quelque terrible épreuve, il observe de nouveau l'état du ciel, hésite et pâlit : a Ma surprise est grande, s'écrie-t-il, d'apercevoir dans le ciel un signe funeste que je n'avais pas vu. Plus je poursuis mes calculs, plus je découvre que j'ai un grand malheur à redouter. Le moment est critique ; à en juger par la position des astres, ma dernière heure est venue. » « Tu es un habile homme d'avoir deviné ce péril, » lui dit aussitôt Tibère. ”
“ Thrasylle sourit à ce sinistre cérémonial d’hyménée. Nul soupçon n’effleure son esprit ; l’attente seule le trouble. Le jour lui semble bien long à passer la nuit bien lente à venir. Aussi la lun’a pas plutôt fait place à l’ombre, qu’il arrive déguisé, suivant les instructions de Charité ; trouve au rendez-vous la nourrice, et, sur les pas de son guide insidieux, se glisse, le cœur palpitant, dans le mystérieux réduit. ”
Léon Moy, Étude sur les plaidoyers d'Isée (1876)
“ Thrasylle termine par son propre éloge ; lui aussi est un citoyen dévoué. Tandis que les adversaires ont fait disparaître une maison qui subissait des triérarchies, il a subi des liturgies et en subira plus encore, si on lui accorde l'héritage. Résumé. — La mère de Thrasylle était sœur du mort; leur amitié ne s'est jamais démentie. Apollodore, de son vivant et sain d'esprit, a adopté Thrasylle, l'a fait inscrire à la phratrie, voulant empêcher que Pronape ne le laissât sans fils après sa mort. — Quels sont les droits de Pronape ? ”
“ Les devoirs funèbres accomplis, la jeune femme ne songe plus qu’à rejoindre son époux. Elle a vainement tenté divers moyens de quitter la vie ; un seul lui reste : le moyen qui opère sans effort, sans apprêt, sans déchirure, et qui fait arriver le trépas comme un sommeil. Elle se prive de tout aliment, abandonne le soin de sa personne, et se séquestre au fond d’un réduit ténébreux, disant adieu à la lumière du jour : mais Thrasylle, par une persistance opiniâtre, et faisant intervenir amis, parents, et jusqu’au père et à la mère de Charité, parvint à l’arracher à cet oubli de son être. ”
“ Après cette imprécation, elle tire une aiguille à coiffer de sa chevelure, perce de mille coups les yeux de Thrasylle, et ne cesse pas qu’elle ne les ait anéantis. Une incompréhensible douleur dissipe à l’instant chez lui le sommeil et l’ivresse. Charité saisit alors et tire du fourreau l’épée que portait habituellement Tlépolème, et se précipite à travers la ville d’une course furibonde. Sans doute elle médite encore quelque exécution sanglante. Elle va droit au tombeau de son époux. Nous quittons le logis pour la suivre, et toute la ville en fait autant. ”
“ Une foule immense la suit, se grossissant de tous ceux qu’elle rencontre. C’est toute la cité qui s’ébranle et qui veut voir. On rapportait le cadavre. Charité le voit ; elle accourt, et tombe sans mouvement sur le corps de son époux, exhalant, peu s’en faut, l’âme qu’elle lui avait dévouée. On la relève, non sans effort, et, malgré elle, on la rend à la vie. Le convoi funèbre, escorté de tout un peuple, s’achemine vers la sépulture. Thrasylle poussait des cris lamentables. ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ J’ignore laquelle de ces trois villes du Péloponnèse, étoit la patrie du poëte-musicien Thrasylle, dont parle Plutarque dans son dialogue sur la musique, outre qu’il y a trois Thrasylles fameux chez les Grecs par leurs talens. Le premier étoît de Phlionte ; le second est un philosophe cynique, contemporain du vieil Antigonus, l’un des successeurs d’Alexandre le Grand ; le troisieme étoit de Mendès, ville d’Egypte. M. l’abbé Sévin dans les Mém. des Inscript. tom. X. pag. 89. prend ce dernier Thrasylle, homme versé dans presque toutes les sciences, pour le Thrasylle de Phlionte ”
Léon Moy, Étude sur les plaidoyers d'Isée (1876)
“ Thrasylle, fils d'Apollodore (1) . (§14.) Lecture de témoignages. Argument tiré de la conduite des adversaires — Eupolis a laissé deux lilles : l'une est mariée à Pronape : c'est elle qui plaide contre Thrasylle ; l'autre, mariée à Eschine, est morte, laissant un fils aujourd'hui majeur, Thrasybule. Or, la disposition de la loi est celle-ci : quand un frère meurt sans enfants, les sœurs et leurs (1) Sur les phratores et les gennêtes, reste de l'ancienne organisation religieuse supprimée par Clisthène, Cf. Perrot. Droit public d'Athènes, II. § 1. ”
“ Quoique Thrasile fût venu à bout de son dessein, et qu’il fût fort aise de s’être defait de celui qu’il regardoit comme son ennemi, il cachoit néanmoins sa joie sous un visage triste ; il ride son front, contrefait l’affligé, et embrassant avec transport ce corps qu’il avoit lui-même privé de vie, il fait toutes les démonstrations d’une violente douleur, à ses larmes près, qu’il ne put jamais faire couler. Se conformant ainsi à l’affliction véritable, que nous ressentions, il rejettoit faussement sur le sanglier le crime qu’il avoit commis lui-même. ”
André-Thomas Barbier, La Seine et la Tamise. Parison le roi des bouquineurs… (1858)
“ Autrement que Ménage habile, Vous feriez parler un lapin 2, Et bien plus sorcier que Thrasyle, Sans y perdre votre latin. Le bibliophile et le Journal des Savants (mai 1858) ne sont point d'accord sur Thrasyle; l'un crie : C'est Ménage! et l'autre dit affirmativement : C'est le bel Isarn! Entre eux le débat. ”
Cornélius Népos,
Vies des grands capitaines
“ Les tyrans méprisèrent d’abord Thrasybule et le petit nombre de ses gens. Ce mépris leur fut fatal, et salutaire à celui qui en était l’objet ; car il retarda la poursuite des uns, et rendit les autres plus forts, en leur donnant le temps de se préparer. Tant doit être gravée dans tous les esprits cette maxime, que, dans la guerre, il ne faut rien négliger ; et tant on a raison de dire, qu’on voit rarement pleurer la mère de l’homme qui sait craindre à propos. Cependant les forces de Thrasybule n’augmentèrent pas autant qu’il le pensait [2] ”
“ Nous en ouvrîmes au hasard quelques-uns, que nous destinâmes à receler notre futur butin. Là, nous attendîmes, suivant la règle, le bon moment de la nuit, l’heure où il n’y a pas de lune, et où chacun dort du premier somme, d’ordinaire si fort et si profond. Notre troupe, l’arme au poing, fait déjà faction à la porte de Démocharès. Nul ne manque à l’appel du pillage. De son côté, Thrasyléon, non moins vigilant, sort à point de sa cage, poignarde l’un après l’autre ses gardiens à moitié assoupis, dépêche également le portier, s’empare de la clef et ouvre les deux battants. ”
“ Voyant que le bruit et le tumulte augmentoit, je sors vîte, et vais me cacher derrière la porte de la maison, d’où je voyois Thrasiléon qui se défendoit merveilleusement bien contre les chiens, et quoiqu’il touchât aux derniers momens de sa vie, cependant le soin de sa gloire et de nos intérêts, le faisoit encore résister à la mort qui l’environnoit de toutes parts, et soutenant toujours le personnage dont il s’étoit volontairement chargé, tantôt fuyant, tantôt tenant tête ”
“ Enfin Thrasiléon, l’honneur de notre troupe, avec un courage digne de l’immortalité, ne laisse point ébranler sa constance, et ne fait pas le moindre cri, ni la moindre plainte qui puisse le trahir et découvrir notre dessein, mais tout déchiré et percé de coups qu’il étoit, imitant toujours le mugissement d’un ours, et bravant la mort avez une vertu héroïque, il conserve sa gloire en perdant la vie. ”
J.-F. Ducrest, Oeuvres du Dr Alex. Trésal,... précédées d'une notice biographique… (1883)
“ Comme homme privé, il est certain qu'il avait des préférences bien tranchées ; mais en tant qu'homme public et médecin, il planait au-dessus des vaines agitations du forum ; il conservait son indépenclauce en tout et partout; il ne pouvait s'astreindre aux minauderies du high life, pas plus que se soumettre aux ordres des meneurs. Il détestait la vie compassée, tirée au cordeau, et se plaisait clans les moeurs bohémiennes des Zingari, cette race sarrazine qui a laissé des vestiges fort reconnaissables clans les hautes vallées de la Tarentaise. Trésal avait du pur sang arabe dans les veines. ”
“ Thrasile ne se défiant de rien, approuva l’appareil de ces funestes nôces ; il étoit seulement fâché d’être obligé d’attendre le retour de la nuit ; et se plaignoit que le jour duroit trop long-temps. Enfin si-tôt que la lumière eut fait place aux ténèbres, cet homme, séduit par une douce espérance, s’enveloppa dans un manteau, comme l’avoit exigé Carite, et fut conduit dans la chambre où elle couchoit par l’artificieuse nourrice, qui l’avoit attendu à la porte de la rue. ”
Cornélius Népos,
Vies des grands capitaines
“ Thrasybule fut aussi modéré que courageux ; il défendit de maltraiter ceux qui se rendaient, pensant qu’il était juste que des citoyens épargnent des citoyens. Il n’y eut de blessés que ceux qui voulurent attaquer les premiers. Il ne dépouilla aucun mort ; il ne toucha à rien, si ce n’est aux armes, dont il avait besoin, et aux provisions de bouche. Dans la seconde action, Critias, le chef des tyrans, fut tué, en combattant très vaillamment contre Thrasybule. ”
“ Mais, quoiqu’il fût d’une naissance au-dessus de ses rivaux, et qu’il eût tâché de gagner les parens de la fille par de grands présens, ses mauvaises mœurs lui firent donner l’exclusion, et il eut la honte d’en voir un autre préféré. Cependant, quand Carite fut unie au vertueux Tlépolême (2) , Thrasile nourrissant toujours son amour, à qui l’on avoit ôté toute espérance, et joignant à sa passion la rage qu’il avoit conçue du refus qu’on avoit fait de lui, il chercha les moyens d’exécuter un crime affreux. ”
“ La tête de Thrasyléon se loge, en forçant un peu, immédiatement au-dessous de l’ouverture de la gueule, à l’endroit où le cou de la bête avait été coupé. On lui perce de petits trous vis-à-vis les yeux et le nez, pour qu’il puisse y voir et respirer. Enfin nous nous procurons une cage à bas prix, et notre intrépide camarade prélude à son rôle d’ours, en s’y fourrant résolument à quatre pattes. ”
“ Thrasile ayant appris tout ce qui venoit de se passer, n’a pas cru qu’il se pût donner une mort digne des malheurs qu’il avoit causés, et sachant qu’une épée ne suffisoit pas pour expier des crimes aussi grands que les siens, il s’est fait conduire au tombeau des deux époux, où après avoir répété plusieurs fois : Ombres que j’ai persécutées, voici votre victime qui vient d’elle-même s’offrir à vous ”
“ Runolf et Ketil prièrent Thrain de s’arranger avec les fils de Njal. Mais Thrain répondit de travers : il dit que jamais il ne leur donnerait d’argent, et qu’il était bien de taille à leur tenir tête, partout où ils se rencontreraient. « C’est possible, dit Runolf, mais moi je suis d’avis qu’ils n’ont pas leur pareil, depuis que Gunnar de Hlidarenda est mort ; et il est à croire qu’il s’ensuivra mort d’homme des deux côtés. » Thrain dit qu’il n’en avait pas peur. ”
“ Cependant Thrasile voulant aller trop vîte, comme un homme inconsidéré qu’il étoit, sans attendre que les larmes qu’elle répandoit eussent satisfait à son affliction, ni que le trouble de son ame fût un peu calmé, et qu’un temps considérable en eût diminué la violence, n’hésita point à lui parler de mariage, pendant qu’elle pleuroit encore son époux, qu’elle déchiroit ses habits, et qu’elle s’arrachoit les cheveux, et à lui laisser entrevoir par son imprudente poursuite le secret de son cœur et ses noirs artifices. ”
Joseph Lallier,
Le spectre menaçant
“ « The Mansion », la belle résidence des Drassel, dressait ses deux élégantes tours dans les flancs du rocher escarpé qui borde le Saguenay, à quelque distance de Chicoutimi. Le personnel de la maison était débordant d’activité ce soir du 28 juin où l’on attendait le retour d’Agathe. Contrairement à ses habitudes, Monsieur Drassel commandait nerveusement aux serviteurs. Doué d’un tempérament froid, il donnait l’aspect d’un homme d’une sévérité extrême à l’usine. À la maison il était le plus débonnaire des hommes : bon papa, bon époux. ”
Plutarque,
Vies des hommes illustres
“ Cette révolution accomplie avec le même courage, les mêmes périls, les mêmes combats que celle qu’opéra Thrasybule, et qui avait eu les mêmes vicissitudes et le même succès, les Grecs l’appelèrent la sœur de la révolution de Thrasybule. Il ne serait pas facile, en effet, de citer d’autres hommes que Pélopidas et Thrasybule, qui, moins nombreux et plus isolés, aient vaincu par leur seule audace et leur intrépidité, des ennemis plus nombreux et plus puissants, qui aient rendu à leur patrie de plus grands services. ”
Auguste Angellier,
Dans la lumière antique
(1908-1911)
“ Tout cela longtemps dort, attend vague et confus Et de nous ignoré ; mais vient une parole, Comme celles qu'il dit, qui tombe et nous affole Tant elle nous contraint à regarder en nous. Et pour l'émoi dément, èperdument jaloux, Du pauvre Calliclès, pour sa folle exigence, Plus d'une pourrait bien se sentir l'indulgence Qu'elle aurait pour celui qui l'aimerait ainsi. A s'être fait trop libre et pur d'un tel souci Le coeur de Thrasyllos, si franc et si robuste, Apparaît court et dur et trop simple et trop fruste , Il manque quelque chose à sa brusque bonté. ”
