“ Pélagie, à mi-voix, priait sans s’interrompre. Le bombardement de la ville, l’effondrement des murs, le hurlement, le fracas, le bruit assourdissant qu’on entendait jusqu’ici... et puis ces prières, c’était affreux. La mort hurlait de toutes parts, par les rues, par les plaines... elle hurlait au-dessus de l’église imposante, du gracile hôtel de ville, du charmant béguinage. Le sol, les maisons, l’atmosphère tremblait... c’était un ébranlement général ; des toits s’effondraient, des murs vacillaient, des flammes montaient au ciel, des pavés étaient projetés dans l’espace... ”
Abraham Hans
Élements biographiques
Abraham Hans (1882-1939), écrivain belge dont l’œuvre se distingue par une forte dénonciation des horreurs de la guerre, explore avec acuité les thèmes de la destruction, de la résilience humaine et de la fragilité des valeurs civiles. Son roman majeur, À L’Yser, immortalise les souffrances des civils et des soldats durant les combats de la Première Guerre mondiale, à travers des descriptions apocalyptiques de bombardements et de ruines.
À travers des personnages comme Berthe Lievens ou M. Lievens, Hans mêle poésie et tragédie, illustrant la lutte entre la quête de liberté et la violence dévastatrice. Son style, à la fois lyrique et réaliste, en fait un témoin incontesté de l’âme belge en guerre.
Citations de Abraham Hans
“ Le train contourna la ville. Verhoef jeta un coup d’œil succinct sur la forteresse. Elle trônait en un calme remarquable. Le beffroi surplombait fier et robuste la multitude des maisons, comme le symbole de la liberté... Et autour de la ville, les champs verdâtres qui s’étendaient jusqu’aux dunes blanches de Malo, s’étalaient paisiblement... Mais dans les plaines de Nieuport et de Dixmude, aux rives de l’Yser et au remblai de la voie ferrée, la mort labourait de sa faulx..., le sang coulait à flots autour de Dunkerque... et les ambulances regorgeaient de blessés... ”
“ Et quoique le cœur se glaça d’épouvante, quoique le sang se figea dans les veines, quoique la tête éprouva le vertige, quoique la mort guetta de toutes parts, quoique les camarades tombassent par hécatombes, les régiments, drapeaux en tête marchaient intrépidement à l’assaut... Pourtant... l’angoisse... Et, en réalité, la vie a ses charmes, la vie, c’est le père, la mère, la femme et les enfants... la famille, c’est le souffle qui vous fait frémir lorsqu’on distingue le trépas... C’est affreux, c’est horrible, lorsqu’on est jeune, sain et robuste et qu’il faut dire adieu pour toujours... ”
