“ Pélagie, à mi-voix, priait sans s’interrompre. Le bombardement de la ville, l’effondrement des murs, le hurlement, le fracas, le bruit assourdissant qu’on entendait jusqu’ici... et puis ces prières, c’était affreux. La mort hurlait de toutes parts, par les rues, par les plaines... elle hurlait au-dessus de l’église imposante, du gracile hôtel de ville, du charmant béguinage. Le sol, les maisons, l’atmosphère tremblait... c’était un ébranlement général ; des toits s’effondraient, des murs vacillaient, des flammes montaient au ciel, des pavés étaient projetés dans l’espace... ”
Abraham Hans
Résumé
L’œuvre À L’Yser d’Abraham Hans, publiée en 1914, dépeint les horreurs de la Première Guerre mondiale à travers les ruines de la ville de Dixmude et des environs de l’Yser. L’auteur, témoin des bombardements allemands, évoque l’anéantissement des monuments, les souffrances des civils et des soldats, ainsi que la force de résistance humaine.
Les personnages principaux, comme Berthe Lievens et Pélagie, symbolisent cette combat contre la mort, tandis que les thèmes de la guerre, des obus, des tranchées et des réfugiés dominent. Le texte, à la fois poétique et documentaire, immortalise le martyre des habitants et le courage des combattants.
Citations de À L’Yser (Abraham Hans)
“ Et quoique le cœur se glaça d’épouvante, quoique le sang se figea dans les veines, quoique la tête éprouva le vertige, quoique la mort guetta de toutes parts, quoique les camarades tombassent par hécatombes, les régiments, drapeaux en tête marchaient intrépidement à l’assaut... Pourtant... l’angoisse... Et, en réalité, la vie a ses charmes, la vie, c’est le père, la mère, la femme et les enfants... la famille, c’est le souffle qui vous fait frémir lorsqu’on distingue le trépas... C’est affreux, c’est horrible, lorsqu’on est jeune, sain et robuste et qu’il faut dire adieu pour toujours... ”
“ Le train contourna la ville. Verhoef jeta un coup d’œil succinct sur la forteresse. Elle trônait en un calme remarquable. Le beffroi surplombait fier et robuste la multitude des maisons, comme le symbole de la liberté... Et autour de la ville, les champs verdâtres qui s’étendaient jusqu’aux dunes blanches de Malo, s’étalaient paisiblement... Mais dans les plaines de Nieuport et de Dixmude, aux rives de l’Yser et au remblai de la voie ferrée, la mort labourait de sa faulx..., le sang coulait à flots autour de Dunkerque... et les ambulances regorgeaient de blessés... ”
