“ Nous noyerons le pays plutôt que de le céder ! telle devint la devise des Belges. Les Allemands eurent vent du plan des Alliés de submerger la vallée de l’Yser et ils voulurent tenter un effort suprême pour se frayer un passage avant que le plan de l’adversaire fut exécuté. À cet effet on lança une brigade d’infanterie wurtembourgeoise dans le feu. Montés sur des radeaux, ils croisèrent l’Yser, le fleuve lugubre regorgeant de cadavres, flottant dans l’eau ou accrochés à des racines d’arbres, à des roseaux, ou à de l’ivraie. ”
Yser
Définition et enjeux
Yser est une station du métro de Bruxelles, située sur les lignes 2 et 6, au cœur de la commune de Bruxelles-Ville. Son nom rappelle le fleuve Yser, dont le cours a marqué l’histoire militaire belge, notamment lors de la Première Guerre mondiale.
Abraham Hans, dans À L’Yser, évoque les combats acharnés autour de cette vallée, tandis qu’Henry Frichet dépeint les terribles affrontements à Dixmude. Ces textes mettent en évidence le lien symbolique entre le lieu et la résistance belge, ancrant la station dans un patrimoine historique profond.
Citations sur “Yser”
Pierre Nothomb,
La Bataille de l’Yser
“ IV Après quatre jours de combat, l’Yser est devenu la ligne de bataille. Nous l’avons repassé partout, sauf à Dixmude, à Nieuport, à Schoorbakke, où nous possédons de solides têtes de pont. Nos soldats ne pensent plus aux renforts qui doivent arriver. Exaltés par la lutte, ils ne songent plus qu’à se battre. Ils savent que le plus grand poids de la bataille du Nord va peser sur eux — ils en sont fiers... ”
“ Il gisait peut-être là-bas à l’Yser, blessé, l’appelant ; et elle ne pouvait aller jusqu’à lui, quoique la distance qui les séparait n’était peut-être pas très grande... — Mon Dieu, que l’humanité est cruelle ! gémissait-elle en cherchant les coupables de ce cataclysme... Et la bonne et douce mère qui avait tant pardonné de sa vie, qui ne tolérait pas la médisance, qui pratiquait toujours la droiture ; elle maudissait maintenant les Allemands avec aigreur, ceux qui lâchement venaient troubler la quiétude d’un peuple pacifique. ”
“ Le train contourna la ville. Verhoef jeta un coup d’œil succinct sur la forteresse. Elle trônait en un calme remarquable. Le beffroi surplombait fier et robuste la multitude des maisons, comme le symbole de la liberté... Et autour de la ville, les champs verdâtres qui s’étendaient jusqu’aux dunes blanches de Malo, s’étalaient paisiblement... Mais dans les plaines de Nieuport et de Dixmude, aux rives de l’Yser et au remblai de la voie ferrée, la mort labourait de sa faulx..., le sang coulait à flots autour de Dunkerque... et les ambulances regorgeaient de blessés... ”
“ Je vois la région du Mandel, choyée par Gezelle, dont la petite rivière clapote parmi les saules. Tout dernièrement nous y fêtèrent la commémoration de Rodenbach. « Gudrun » nous parla de l’énergie et de l’aspiration à la liberté du peuple et, malédiction, on se bat actuellement, à la vie, à la mort dans son pays. Je vois Thorhout et le majestueux château comtal de Wijnendale, ainsi que l’ancien « Vrijbosch » je me transporte en songe le long de l’Yser aux environs de Dixmude, qui forme un contraste si pittoresque avec les immenses prairies des Métiers de Furnes. ”
“ À tout instant, le train s’arrêtait pour laisser passer des convois de soldats et de munitions. Tous les chemins débordaient de fuyards : hommes, femmes et enfants étaient chargés de paquets, fatigués et inquiets, c’étaient jadis des gens aisés maintenant chassés des villes et villages de la vallée de l’Yser ou d’Ypres où la bataille faisait rage. L’oncle Charles avait été le témoin oculaire de la destruction de l’antique cité d’Ypres par les canons Allemands, qui y pulvérisèrent les superbes halles, la glorieuse cathédrale et tant de merveilleux immeubles. ”
“ Le pont de l’Yser était devenu la limite d’une ville angoissante de l’Yser où la mort triomphait et où la destruction ne se lassait pas de sa tâche infâme. Le calme ne dura pas longtemps. L’airain cracha à nouveau la mitraille... Le même soir la maison de M. Lievens s’effondrait et un tas de décombres couvrit le trésor d’antiquités pour lequel l’infortuné M. Lievens sacrifia sa vie. Et il ne fut pas le seul qui succomba dans des circonstances analogues, car ils sont nombreux les habitants de Dixmude qui vécurent un douloureux calvaire. ”
Henry Frichet, La bataille de l'Yser : Dixmude… (1918)
“ Entre l'Yser et la digue du chemin de fer de Nieuport, à Saint-Georges, de Saint-Georges à Ramscapellè, des milliers d'Allemands grimpés sur des petits tertres où ils ont hissé leurs mitrailleuses et leurs canons voient monter autour d'eux et s'étendre sournoisement l'inondation qui venait sans bruit, remplissait les canaux bientôt débordés, nivelait les fossés. Les Boches essaient de tirer, mais notre artillerie les fauche sans pitié. Bientôt, impuissants à riposter, ils tenteront de regagner la rive droite de l'Yser, sans avoir le temps de relever leurs blessés ni leurs morts. ”
Alton Dondeyne,
Carnet de guerre d’Alton Dondeyne
“ Dixmude ! ou six milles fusilliers marins ont maintenu quarante-cinq milles Allemand, la droite de Dixmude et ainsi de suite en descendant l’Yser jusque Ypres. Quel fournaise !! Que de terribles mêlées ! Que de combats sanglants et atroces ! L’imagination est impuissante a concevoir, ce que furent les combats sur l’Yser ! Je ne sais vraiment pas par ou commencer pour expliquer cette tragédie infernale ! Car ce ne fut, qu’un combat sans fin, deux mois durant jour et nuit sans répit, sans relâches, attaques, contre-attaques l’une sur l’autre. ”
“ Mais on subissait actuellement les affres de la guerre... la mort devait s’approprier un butin... et la mitraille habilement lancée, coupait la retraite aux Wurtembourgeois. La vallée de l’Yser était transformée en une immense tombe groupant de jeunes et robustes gars, dont les cadavres se figeraient derrière des arbres et des digues, s’enliseraient dans la boue et l’ivraie, se déposeraient près de maisons et de fermes détruites, y exhaleraient des odeurs nauséabondes et attireraient les oiseaux de proie... ”
“ Un obus avait touché le pont, qui vola en éclats et une hécatombe de blessés, de mourants, de cadavres mutilés, ainsi que des planches et des poutres s’enfoncèrent dans l’Yser, d’où sortit un vacarme épouvantable... On se battait encore dans l’eau ; des blessés se portaient des coups mortels, d’autres, n’ayant encouru aucune lésion, ne pouvaient échapper à la mort par submersion, parce que des camarades se cramponnaient à eux et les tiraient vers le fond de la rivière... ”
“ Des blessés gémissaient, essayaient de se relever, étaient piétinés par de nouveaux soldats à la charge, qui s’abattaient à leur tour, grossissant les hécatombes. Le sang coulait du pont, rougissait l’Yser. Des morts et des vivants étaient lancés dans le courant... Des blessés se battaient dans l’eau, appelaient au secours... jusqu’à ce qu’ils disparurent dans l’onde. Des cadavres restaient suspendus dans les roseaux. Le canon, les fusils, les mitrailleuses, les ordres brefs, les menaces, les cris de guerre, de détresse et les hurlements des mourants formaient un bruit assourdissant... ”
“ L’Yser bouillonnait, écumait... Le paisible fleuve s’animait... Les flots écumants déferlèrent sur la grève, charrièrent les cadavres, bruissèrent sur le champ de bataille. [1] On entendit des cris épouvantables... Des blessés luttaient avec la mort, hurlaient, imploraient protection jusqu’à ce que l’eau étouffa leurs voix. Les Wurtembourgeois rebroussèrent chemin en une fuite éperdue, tâchèrent d’atteindre des positions plus élevées, s’agrippèrent à des branches, à des arbustes, mais les canons crachaient d’autre part la mort par-dessus la houle. ”
Various, L'Illustration, No. 3740, 7 Novembre 1914
“ LA BATAILLE DES FLANDRESLes Allemands ont d’abord porté leur principale action sur les bords de l’Yser, entre l’embouchure du petit fleuve et Dixmude. Grâce à des masses sans cesse renouvelées ils avaient pu franchir le cours d’eau, et même dépasser le chemin de fer en occupant Ramscappelle et Perwyse. Les troupes belges ont eu recours à la mesure suprême des inondations: rompant les digues de l’Yser, tendant les barrages, nos amis ont amené le flot insidieux dans la plaine basse des polders. ”
Pierre Nothomb,
La Bataille de l’Yser
“ Pour parer au premier danger, il s’agit de boucher tous les caniveaux et toutes les brèches du remblai du chemin de fer, afin qu’il devienne, comme l’Yser lui-même, qui coule, en son cours inférieur, au-dessus des prairies dans de hautes berges de terre, une digue imperméable et solide. ”
Maurice Leblanc,
L’Éclat d’obus/1916
“ C’est l’Yser. Yser, misère, disent les Boches. Ils se couchèrent vivement. L’ennemi balayait le chemin avec des réflecteurs et sondait aussi les marais. Ils eurent encore deux alertes, et enfin atteignirent sans encombre les abords du vieux phare. ”
Pierre Nothomb,
La Bataille de l’Yser
“ A Dixmude, qui est tout entière sur la rive droite de l’Yser, les fusiliers marins de l’amiral Bonarch viennent d’arriver avec l’artillerie belge du major Pontus. Ils ont, en avant des jolis faubourgs, creusé un mince réseau de tranchées. Ils sont décidés à se battre héroïquement comme ils l’ont fait à Melle. La tête de pont qu’ils défendent est de la plus grande importance. ”
Pierre Nothomb,
La Bataille de l’Yser
“ Ce n’est pas en effet l’Yser qui déborde ; ce sont les bassins maritimes du vieux Nieuport qu’on va vider à marée haute sur la plaine et qu’insensiblement de petites vagues molles, avec une insinuante et terrible douceur vont amener dans l’espace que nous avons délimité. Précaution peut-être inutile, si notre victoire est prochaine ; protection nécessaire, aide désespérée, si la bataille doit durer plusieurs jours encore. L’armée est au bout de ses forces et de ses ressources. ”
“ Berthe reçut cordialement le militaire. Son apparition fut pourtant le signal du départ, les ruines de l’église de messines — Déjà ? dit la jeune fille. — Un supérieur doit donner l’exemple, n’est-ce pas ? répondit Paul. Oui, oui, il est temps... Nous devrons d’ailleurs nous hâter. Il était pourtant fortement émotionné. Ce départ lui parut plus triste que le premier au mois d’août ; c’était comme s’il avait le pressentiment du terrible drame, qui allait se dérouler à l’Yser. ”
Raymond Poincaré,
Au service de la France/T5
“ C’était la bataille de l’Yser qui commençait et qui allait être bientôt suivie de la bataille d’Ypres. Dès les premières rencontres, nous sommes arrêtés par les Allemands, qui réussissent à établir onze passerelles sur la boucle de l’Yser. C’est à ce moment que le génie belge ouvre les écluses et que la marche de l’ennemi se brise contre la force de l’eau. Foch me donne tous ces détails avec beaucoup de simplicité et de modestie. ”
Louis Madelin,
Revue des Deux Mondes
“ Les Allemands étaient incités à tenter sur le saillant un assaut qu’ils entendaient rendre formidable, et par le désir de prendre leur revanche de leur échec sur l’Yser, et par la nécessité d’arrêter par une contre-offensive les progrès des Alliés à l’est d’Ypres. C’est que l’offensive des Alliés, arrêtée au Nord par l’attaque des Allemands sur l’Yser et la parade qu’il y fallait opposer, n’avait pas cessé de se développer au Sud, et les constans progrès des Anglais du 20 au 26 n’avaient pas été sans inquiéter très vivement nos ennemis. ”
Pierre Nothomb,
La Bataille de l’Yser
“ Le village lui-même de Stuyvekenskerke et la ferme Den Toren ne seront repris, — et pour quelques heures, — que le lendemain. Du moins, Dixmude est préservée désormais par le Nord. De la ferme Roode-Poort où elle se soude au remblai du chemin de fer, une ligne solide se constitue jusqu’aux tranchées et à l’Yser. Pour éclairer les soldats qui, pendant la nuit, fortifieront ingénieusement ce front, l’un des réservoirs à pétrole, touché par un gros obus, se penchera brusquement, tandis qu’une flamme gigantesque jaillira jusqu’au sommet du ciel, en un subit et vertigineux saut. ”
“ « Arrêter l’ennemi, l’empêcher de franchir l’Yser, coûte que coûte. Tenir tête jusqu’à l’arrivée des renforts, en cours de route. » Il n’en fallait pas davantage pour les Belges, pour empêcher l’ennemi d’occuper le dernier lopin de la patrie ! Les renforts qui arrivaient, décuplaient leur ardeur et leur ténacité. Ce n’était pourtant que quelques kilomètres carrés de terres basses et fertiles, cernées par la petite rivière quasi inconnue naguère qu’il leur restait. Un petit pays de fossés et de digues séparant les prairies et les champs... ”
Alphonse Nicot, La Grande guerre (1914-1915) (1915)
“ La bataille de l'Yser leur coûtait près de deux cent mille hommes ! Et quand les Belges tendent sur les plaines basses le réseau liquide de leur seconde inondation, le 29 octobre, les eaux n'ont même plus à jouer le rôle de bouclier ; elles se bornent à celui de linceul, et elles n'ont plus rien à faire qu'à recouvrir des milliers et des milliers de cadavres allemands et des centaines de canons enlisés dans la boue. * * * Ainsi la bataille de l'Yser se terminait par un échec sanglant pour les armées de nos ennemis. Malgré cela, ils persistèrent dans leurs tentatives pour atteindre Calais. ”
Vice-Amiral Ronarc’h, Revue des Deux Mondes
“ Quand la nuit est faite, ce détachement, qui compte encore 450 hommes, entreprend de gagner l’Yser en rampant dans les fossés remplis de vase et d’eau, en transportant ses blessés. Au bout de quatre heures d’efforts opiniâtres qui font le plus grand honneur à ceux qui les ont dirigés, le détachement parvient à l’Yser, aux environs du pont-route, et regagne nos lignes par une passerelle que la rive gauche met en travers, mais il est dans un état inimaginable de délabrement et d’épuisement. ”
“ Pendant les premiers jours, on ne pouvait hélas, soigner les blessés ainsi qu’il convenait. En sa retraite hâtive, l’armée était contrainte à livrer un combat acharné... elle cessa soudain cette retraite pour résister encore une fois héroïquement au puissant ennemi ; elle se retrancha à l’Yser et lutta en un effort surhumain. ”
Maurice Leblanc,
L’Éclat d’obus/1916
“ Rire parce qu’on tue ! Et penser qu’on a raison de rire ! Roye, Lassigny, Chaulnes... Plus tard, le canal de la Bassée et la rivière de la Lys... Et plus tard enfin, Ypres, Ypres ! Les deux lignes s’arrêtent là, prolongées jusqu’à la mer. Après les rivières françaises, après la Marne, après l’Aisne, après l’Oise, après la Somme, c’est un petit ruisseau belge que va rougir le sang des jeunes hommes. L’effroyable bataille de l’Yser commence. Bernard, qui gagna rapidement les galons de sergent, et Paul Delroze vécurent dans cet enfer jusqu’aux premiers jours de décembre. ”
Alphonse Nicot, La Grande guerre (1914-1915) (1922)
“ Après avoir occupé successivement Ostende, Gand, Bruges, les Allemands se trouvèrent enfin en présence des troupes de l'armée belge, qui défendaient le passage de l'Yser, petite rivière qui coule vers la mer, et parallèlement à laquelle un long canal a été creusé. C'est derrière cette double barrière liquide que les troupes de nos alliés font tète et arrêtent la marche de l'ennemi. ”
“ Vous êtes-là, mademoiselle Berthe ?... Maman !... Le docteur se pencha sur le malade... c’est à dire sur le moribond que la fièvre dévorait ; il remit le pansement en prononçant quelques mots de consolation, enjoignant au calme... — Maman doit venir... N’est-elle pas encore ici ?... Je suis touché, mon Dieu... Oh, ces maudits Allemands... pourquoi nous entraînèrent-ils dans cette malheureuse guerre ? Oh, les lâches damnés ! Une si grande nation faisant une guerre meurtrière à un infime petit pays... Mais ils ne franchiront pas l’Yser, ils ne passeront pas !... — Sa voix s’enfla... ”
Louis Madelin,
Revue des Deux Mondes
“ En lisant l’article admirable que l’un de leurs compatriotes, Pierre Nothomb, consacrait à l’Yser, en étudiant les péripéties de la lutte dans les rapports des témoins, je ne pouvais qu’admirer leur bravoure survivant à leurs forces. Ils étaient fatigués, meurtris, comme écrasés déjà en arrivant sur l’Yser. Lorsqu’ils fléchirent, c’est que la résistance physique a des limites ; lorsqu’ils tinrent, c’est que la résistance morale peut n’en pas connaître. ”
Léonide Ferland,
Entre deux rives
“ En hâte on reforme les unités, on les étoffe à l’aide de quelques renforts reçus et le 30, le 9ème retourne le long du chemin de fer de Ramscappelle à Dixmude reprendre sa place de combat en première ligne. Mais la bataille de l’Yser est terminée. L’ennemi, battu, a fui en désordre devant l’inondation qui monte. Il n’a pu renverser le fragile barrage qu’un héroïsme surhumain a élevé sur sa route. Depuis 1914 L’histoire de ce superbe 9ème de ligne se confond désormais avec celle que notre armée entière à écrite depuis qu’elle tient inébranlablement ses positions de l’Yser. ”
