“ L’homme n’atteint jamais à l’idéal qu’il rêve : C’est en vain qu’ici-bas il cherche à le saisir ; Il ne peut y toucher, malgré tout son désir, Et devant lui, toujours, il le voit qui s’élève. Ainsi que Prométhée, à la terre fixé, Rongé par le désir qui le poursuit sans cesse, Il voit, le cœur rempli d’une immense tristesse, Flotter devant ses yeux son rêve inexaucé. Il ne peut le rejoindre et briser son entrave, Il ne peut échapper au châtiment cruel, Et, se sentant créé pour l’espace du ciel, Il se trouve ici-bas lié comme un esclave. ”
Alice de Chambrier
Élements biographiques
Alice de Chambrier (1861-1882), poétesse suisse romande née à Neuchâtel, incarne une voix lyrique mélancolique et visionnaire. Son œuvre, marquée par le désir d’un idéal inatteignable et la tension entre rêve et réalité, se déploie dans des textes comme Au-delà, Atlantide ou Évolutions.
Morte à vingt-et-un ans, victime d’un coma diabétique, sa production poétique, riche de symbolisme et de mélancolie, révèle une quête spirituelle intense. Rééditions et études posthumes ont renforcé son statut de figure énigmatique de la littérature suisse, où son lyrisme pur et ses thèmes universels continuent d’inspirer.
Citations de Alice de Chambrier
“ Où dort une princesse aux longs cheveux d’ébène, À la figure pâle étrangement sereine, Et que doit éveiller un prince jeune et beau... Hélas ! et c’est ainsi que je garde mon rêve ! Je le poursuis toujours sans fatigue et sans trêve ; Plus d’une fois déjà je me suis dit : « Demain, Dès la pointe du jour, je m’en irai moi-même Chercher le dernier mot de ce lointain problème... » Jamais l’aube qui suit ne me trouve en chemin. J’ai peur de voir crouler mon palais de chimères : Les douces visions de mon cœur me sont chères, J’aime tant rêver, seul, dans l’obscurité. ”
“ Sa tristesse même demeure digne et contenue, et ne glisse jamais dans la sentimentalité et la manière ; si ses vers n’étaient pas signés, combien de lecteurs attribueraient à une femme cette poésie calme et sereine jusque dans ses mélancolies ? C’est l’écho d’une âme que la préoccupation d’elle-même n’a point desséchée, qui n’a point connu les amertumes de l’orgueil blessé, qui a marché dans la vie les yeux levés vers la source de tout bien et de toute beauté, et qui a été rappelée dans le plein rayonnement de ses années heureuses. ”
