“ L’homme n’atteint jamais à l’idéal qu’il rêve : C’est en vain qu’ici-bas il cherche à le saisir ; Il ne peut y toucher, malgré tout son désir, Et devant lui, toujours, il le voit qui s’élève. Ainsi que Prométhée, à la terre fixé, Rongé par le désir qui le poursuit sans cesse, Il voit, le cœur rempli d’une immense tristesse, Flotter devant ses yeux son rêve inexaucé. Il ne peut le rejoindre et briser son entrave, Il ne peut échapper au châtiment cruel, Et, se sentant créé pour l’espace du ciel, Il se trouve ici-bas lié comme un esclave. ”
Résumé
"Au-delà", poème d'Alice de Chambrier, explore la tension entre l'idéal inatteignable et la réalité terrestre, à travers des strophes lyriques et des métaphores tirées de la mythologie. Publié en 1865, ce recueil mêle réflexions sur l'art, la quête spirituelle et les dilemmes existentiels, illustrés par des personnages comme Gislar ou Mme Agar.
Les thèmes de l'essor créatif, de la souffrance poétique et de l'aspiration à l'infini dominent, rappelant les contes de Victor Hugo. La mort prématurée de l'auteur, survenue alors qu'elle s'apprêtait à relever les défis de la vie, donne à l'œuvre une dimension tragique, où le rêve et la réalité s'entrelacent dans une quête désespérée de lumière.
Citations de Au delà (Alice de Chambrier)
“ Sa tristesse même demeure digne et contenue, et ne glisse jamais dans la sentimentalité et la manière ; si ses vers n’étaient pas signés, combien de lecteurs attribueraient à une femme cette poésie calme et sereine jusque dans ses mélancolies ? C’est l’écho d’une âme que la préoccupation d’elle-même n’a point desséchée, qui n’a point connu les amertumes de l’orgueil blessé, qui a marché dans la vie les yeux levés vers la source de tout bien et de toute beauté, et qui a été rappelée dans le plein rayonnement de ses années heureuses. ”
“ On sentait que pour cette nature d’une si rare énergie et d’un si vif essor, tout concours ouvert était comme un défi porté à son talent et qu’il relevait avec une joyeuse bravoure : il s’agissait pour elle, non de conquérir des trophées et de s’en faire gloire, mais de se mesurer avec les difficultés et de les vaincre. Elle vivait et pensait par elle-même, et non, comme sont enclins à le faire ceux qui lisent beaucoup, par le moyen d’autrui. Ce trait — le plus original peut-être de sa physionomie, celui par lequel elle fut vraiment poëte — mérite qu’on y insiste. ”
“ Où dort une princesse aux longs cheveux d’ébène, À la figure pâle étrangement sereine, Et que doit éveiller un prince jeune et beau... Hélas ! et c’est ainsi que je garde mon rêve ! Je le poursuis toujours sans fatigue et sans trêve ; Plus d’une fois déjà je me suis dit : « Demain, Dès la pointe du jour, je m’en irai moi-même Chercher le dernier mot de ce lointain problème... » Jamais l’aube qui suit ne me trouve en chemin. J’ai peur de voir crouler mon palais de chimères : Les douces visions de mon cœur me sont chères, J’aime tant rêver, seul, dans l’obscurité. ”
“ Il sait qu’il ne dépend ici-bas de personne : La pluie et le soleil lui sont donnés à tour ; Si la récolte est forte et si l’année est bonne, Il rend grâces au ciel, puis reprend son labour. Il se lève avec l’aube, et, l’outil sur l’épaule, Il s’en va dans les champs tout humides encor, Où sur chaque brin d’herbe et sur chaque corolle Tremble une goutte d’eau, perle de nacre et d’or ; Et là, tout enivré des parfums de l’aurore, Il se met à chanter en aiguisant sa faux... Le ciel gris, lentement, bleuit et se colore ”
“ Elle a été reprise au moment où allait s’engager pour elle la grande lutte qui attend tout poëte, la lutte souvent cruelle entre l’idéal et la réalité. Une âme telle que la sienne en eût souffert plus qu’aucune autre ; elle avait un rêve trop haut, un besoin trop impérieux de lumière et d’évidence pour séjourner sans angoisse dans le demi-jour de cette vie : elle n’a pu trouver son équilibre qu’en mourant. ”
“ Ces vers expriment une aspiration qui est tout le secret de cette nature d’élite. Sa vie fut une recherche ardente du divin idéal vers lequel ses regards étaient constamment tournés. Qu’on lise le Captif, et l’on verra grandir jusqu’aux proportions d’une véritable souffrance cette inextinguible soif d’infini, et l’on comprendra le titre que nous avons choisi pour ce volume. Ce titre, c’est un cri, qui suffit à résumer l’histoire de cette âme si étrangement éprise des réalités invisibles. Là est l’unité de ce recueil. On y peut contempler à plein cette âme limpide et ce noble cœur. ”
“ J’aurai vingt ans demain ! Faut-il pleurer ou rire, Saluer l’avenir, regretter le passé, Et tourner le feuillet du livre qu’il faut lire, Qu’il intéresse ou non, qu’on l’aime ou soit lassé ? Vingt ans, ce sont les fleurs toutes fraîches écloses, Les lilas parfumés dans les feuillages verts, Les marguerites d’or et les boutons de roses Que le printemps qui fuit laisse tout entr’ouverts... Mais c’est aussi parfois l’instant plein de tristesses Où l’homme, regrettant les jours évanouis, Au seuil de l’inconnu tout rempli de promesses, Sent des larmes au fond de ses yeux éblouis !... ”
“ Le don le plus heureux ne peut dispenser aucun artiste d’acquérir par l’étude et le long usage toutes les ressources de son art. Aussi l’inexpérience est-elle sensible en plusieurs endroits dans les vers de Mlle de Chambrier ; mais il y a de la grâce dans l’inexpérience des poètes d’élite, parce que leur maladresse n’est jamais vulgaire ; l’accent est toujours si vrai, si intime, si touchant dans les poésies de cette pauvre enfant, qu’on y sent son âme comme à nu, et c’est une riche et belle âme. ”
“ Où, prise d’un dégoût qui l’accable et la tue, Elle s’arrête au seuil de l’abîme béant. Mais si loin qu’elle fuie, égarée en cette ombre, Il n’est jamais trop tard pour espérer encor ; Dieu la voit avancer sur cette route sombre, Il la voit s’engloutir lentement dans la mort. Et, faisant tout à coup luire un rayon étrange Dans la sinistre horreur de cette obscurité, Il peut, lorsqu’il lui plaît, donner des ailes d’ange À l’âme que son œil suit dans l’immensité. ”
“ Nous avons beau mêler tous les arts aux sciences, Nous n’atteignons jamais à tes magnificences, O nature, si grande et si simple à la fois ! Nous demeurons vaincus par tes divins modèles ; Nos temples, nos palais, nos œuvres immortelles Ne valent pas le dôme immense de tes bois. Les plus belles couleurs par l’homme préparées Pâlissent à côté des profondeurs nacrées De quelques gouttes d’eau reflétant le ciel pur ; La moire qui chatoie et les fines dentelles, La gaze, le satin n’égalent pas les ailes D’un papillon brillant qui se perd sous l’azur. ”
“ Le soleil semblait s’être éteint, Les astres se cachaient derrière Un brouillard pesant et lointain. Mais après cet effort suprême, L’âme lassée et sans vigueur, Je dus m’avouer à moi-même Que la nuit était dans mon cœur. ”
“ Je suis de ces rêveurs que l’espérance anime, Et qui, de la vallée, aspirent à la cime D’où l’on voit l’inconnu ; Qui cherchent à monter et non pas à descendre, Qui cherchent à sonder, qui cherchent à comprendre Ce qu’ils n’ont pas connu. Je suis de ces rêveurs qu’une seule caresse Suffit pour entraîner à ta suite, maîtresse, O muse au front sacré ! Car tous ces rêveurs-là sont tes fils, les poètes, Qui n’ont pas d’autre joie et n’ont pas d’autres fêtes Que ton culte adoré. ”
“ Mais, si loin qu’il puisse être, au milieu du silence, L’aigle croit les entendre et revient à son nid. C’est ainsi que parfois l’âme humaine s’élève Et s’en va dans le ciel sur les ailes du rêve : Elle a soif d’inconnu, d’azur, d’immensité ”
“ Sphinx, interrogez-vous la terre ou bien le ciel, La plaine qui rayonne ou la lointaine étoile, L’avenir qui se tait, le passé qui se voile ? Quel spectacle retient votre œil surnaturel ? Nul ne saurait ainsi sonder tous les mystères ; Mais ce qui peut remplir vos rêves solitaires, Ce que vous contemplez dans le vague lointain, N’est-ce pas l’homme, hélas ! ”
“ Lorsqu’il voit pâlir le soleil, Son aile au vent froid se déploie Et l’emporte au pays vermeil. Notre âme est cet oiseau volage Que pourchasse l’hiver cruel ; Mais notre hiver, à nous, c’est l’âge, Et notre patrie est le ciel. ”
“ Qui se perd en montant dans l’infini des cieux... Rien n’a changé !... Pourtant, si tu restes la même, Tous ceux qui t’ont reprise aux pouvoirs ennemis Ont un jour de la mort suivi l’appel suprême... À l’ombre de tes monts, ils se sont endormis ; Et nul homme ici-bas ne connait plus leur tombe ; Pour beaucoup le trépas est devenu l’oubli, Comme la feuille, hélas ! qui se fane et qui tombe Et que le vent du nord dans l’ombre ensevelit... ”
“ Pour les belles âmes, le dévouement est de la poésie en action. Les pauvres, les malades, les déshérités entraient, si j’ose dire ainsi dans ses combinaisons d’avenir. Elle aimait à se représenter — étrange et rare caprice chez une jeune fille ! — qu’elle ne se marierait pas ; d’avance elle arrangeait son existence de demoiselle : elle devenait châtelaine de l’abbaye de Bevaix, restaurée par ses soins ; de sa vie elle faisait deux parts, l’une pour la poésie, l’autre pour la charité ”
“ Ainsi la comète qui fuit dans les espaces, et que le soleil attire et ramène dans son orbite, devient pour elle l’image de l’âme égarée subissant la toute-puissante attraction de Dieu ; dans la mare impure, où se mire un coin de ciel bleu, elle croit voir le cœur souillé où persiste encore un reflet de la divinité. C’est précisément le rôle de l’imagination d’apercevoir ainsi, entre le fait matériel et le fait moral, ces analogies qui échappent au regard du vulgaire. Cette faculté, qu’on refuse, avec quelque raison peut-être, aux Neuchâtelois, Alice de Chambrier la possédait à un haut degré ”
“ Cette vie si simple, si consacrée à tout ce qui est beau, se partageait entre la ville et la campagne. À Neuchâtel, la jeune fille travaille sans relâche, ce qui ne l’empêche pas de prendre part, avec tout l’entrain de son âge, aux plaisirs d’une société où chacun l’aime pour sa gentillesse et son enjouement ; à Bevaix, durant les longs jours d’été, elle donne son temps à l’étude, à la promenade, aux occupations rustiques. C’est qu’en effet elle ne se laissait point absorber par le talent dont elle était douée ”
“ Ce sont là des narrations qui attestent un talent réel. Mais l’âme du poète ne s’y montre pas encore complètement. La poésie proprement personnelle revêt chez Alice de Chambrier une forme plus caractéristique. Elle était poëte dans le sens le plus complet, le plus absolu du mot : tout en elle était poésie, et tout, dans la vie et dans le monde extérieur, se transformait pour elle en poésie. On parle souvent de la « poésie de circonstance », comme pour désigner je ne sais quel petit genre spécial. Mais toute poésie personnelle et vécue est au fond « de circonstance ». ”
“ « Comment saurais-je ça, fourmi, pauvre être infime Que je suis ? Va plus haut, arrête le nuage ; Peut-être qu’il pourra t’en dire davantage. » La fourmi s’en alla : « Ô nuage, dis-moi, Tu dois bien en savoir la raison, dis, pourquoi Devons-nous tous mourir et quitter cette terre ? Exister est si doux ; mourir est chose amère ! » Le nuage pleura : « Va demander plus haut Pourquoi nous devons tous disparaître si tôt ; Je ne fais que passer..., la lune dans la nue Peut-être le saura ; ce soir, à sa venue, Va la questionner. » ”
“ Ce qui, dans le sujet biblique, a tenté le poëte, c’est l’étude psychologique de ce cœur où l’amour maternel est aux prises avec l’obéissance due à l’époux et à Dieu même. Ce caractère et cette lutte sont peints d’une touche vigoureuse, qui n’exclut pas les nuances délicates. Je l’aime, c’est ma fille, et n’ai qu’elle, voilà ! s’écrie Zarès avec une heureuse brusquerie. Mais déjà Miriam est résignée à mourir, et elle adresse à sa mère ces touchantes paroles, qui ont, ce me semble, un charme poignant, lorsqu’on songe à la mort prématurée de celle qui écrivait ces vers : Oh ! ”
“ Vers les lointains sommets de l’idéal rêvé. La poésie n’était point pour Alice de Chambrier un vain et futile amusement, une sorte de plaisir égoïste. C’était un culte qu’elle rendait à tout ce qui est noble et pur. Dans un dialogue entre le poëte et la muse, elle s’exprime ainsi (c’est la muse qui parle) : ... L’art est un séducteur, s’il n’est pas un flambeau, Et chacun de tes vers doit être une étincelle, Une étincelle d’or qui monte vers les cieux, Et qui va, scintillant d’une flamme éternelle, Former un nouvel astre immense et radieux, Et le poëte répond ”
“ Elle refondit complètement ce poème jusqu’à trois fois ; à vrai dire, ce n’est pas, tant s’en faut, son œuvre la mieux venue : Lamartine ne l’inspirait pas comme l’eût inspirée quelque autre poëte avec lequel elle se fût senti plus d’affinités. « Quel dommage, disait-elle, que ce ne soit pas Victor Hugo ! » Cet éloge de Lamartine renferme cependant un morceau digne d’être conservé et qu’on lira dans ce volume : ce sont des ïambes vigoureux dans lesquels elle évoque la grande figure de Lamartine apaisant l’émeute. ”
“ Sans cesse étroitement l’une à l’autre enlacées, J’existerais pour elle, elle vivrait pour moi. Nous ne nous ferions point de bruyante promesse, Nous nous dirions beaucoup en nous parlant très peu ; Un sourire, un regard, souvent une caresse, Quelquefois un baiser, tendre et discret aveu. Nous porterions ensemble et la joie et la peine, La croix serait moins lourde et le bonheur plus pur, Et nous achèverions notre carrière humaine. ”
“ Puis il fait aux bourreaux un signe de la main. Mais dans ce même instant pénètre dans la salle Un brahme, nain affreux, hâve, le manteau sale, Haut de trois pieds à peine. Il vient devant le roi, Le salue et lui dit : « Ô prince, écoute-moi ! Laisse à ces malheureux dont le regard t’implore Le plaisir envié de te servir encore, Et daigne m’assister pour un vœu que j’ai fait. » Mavali l’écoutait courroucé, stupéfait. Le brahme nain reprit : « La faim et la misère, Prince, sont mes seuls biens ; je veux trois pas de terre Pour y bâtir moi-même un ermitage. » ”
“ De l’angelus au loin, grave, tinte la cloche, Et la vieille maison pleure son bonheur mort. Puisque ceux qu’elle aimait déjà l’ont oubliée, Puisqu’ils ne songent plus au vieux foyer noirci Dont la vie à la leur est à jamais liée, Le reste des mortels peut l’oublier aussi. ”
“ Qui sur un lit de sable accélère sa course Et s’enfuit vers un but qu’elle ne connaît pas. J’aime entendre le bruit superbe du tonnerre, Lorsque du haut du ciel il s’adresse à la terre Qui l’écoute soumise et tremble à ses éclats. ”
“ Heureux si, dans les lieux d’où le sort nous entraîne, Il nous demeure un cœur où nous vivions encor, Un seul cœur qui nous suive en la plage lointaine Que l’on nomme ici-bas le sépulcre d’un mort. ”
“ Mais j’aime l’infini, j’aime la rêverie Qui mêle au terre à terre un peu de merveilleux ; J’aime à quitter souvent l’existence réelle, Fût-ce, comme autrefois, pour suivre une nacelle Qui vacille et se perd sur le flot onduleux. ”
“ Qu’éveille quelquefois une fée à la brune En lui mettant au front un nimbe de clarté : Ce prince, c’est le lac, et la fée est la lune. La fée aime le prince, et le prince lui rend Cet amour qu’une nuit d’étoiles vit éclore ”
“ La croix, étend sur lui ses deux bras tout-puissants. Elle est sculptée en grand dans la roche durcie, Et les siècles nombreux n’ont pu l’anéantir ; Elle veille toujours, bien que vieille et noircie, Sur la tombe d’un mort, peut-être d’un martyr. ”
“ Elle comprenait que la poésie est dans les choses, et non dans l’intelligence du poëte, laquelle n’est bonne qu’à ordonner, en s’effaçant le plus possible, les éléments qu’elle recueille et les impressions qu’a provoquées le beau dans l’âme qui le perçoit. ”
“ Qui s’en iront vers lui dans les sphères divines, Comme des cygnes blancs aux grandes ailes d’or. Il doit vous écouter bien mieux que nous, sans doute, Ô petits voyageurs sur notre sombre route, Qui connaissez encor le langage du ciel ; El sa grâce descend sur votre tête blonde, Quand vos yeux, tout remplis d’une lueur profonde, S’élèvent suppliants à son trône éternel. ”
“ L’instant présent et l’avenir, Est dans une heure évanouie Qui ne doit jamais revenir... Le temps a beau marcher sans trêve, Ils ne l’entendent pas couler, Et trop absorbés par leur rêve, Ils ne peuvent s’en éveiller. ”
“ Je vois soudain briller sur la hauteur lointaine Un feu que l’on prendrait pour une étoile d’or. Chaque soir, sans jamais y manquer, il s’allume À l’heure où les coteaux s’effacent dans la brume Qui voile avec lenteur la terre qui s’endort. ”
“ Que nul chef-d’œuvre humain ne pourrait supplanter ! De l’insecte à l’étoile, elle charme mon être ; Avec le renouveau mon cœur se sent renaître : La nature est si belle, ah ! laissez-moi chanter ! ”
“ Et les oiseaux de branche en branche Disent tout joyeux leurs chansons. Partout se réveille la vie Sous les chauds rayons du soleil : C’est le printemps, il nous convie Ensemble à fêter son réveil. ”
“ Bien qu’Alice de Chambrier fût ce qu’on nomme une personne instruite, ses lectures n’étaient pas étendues. Quelques livres d’histoire, quelques revues, trois ou quatre volumes de Victor Hugo, particulièrement la Légende des siècles... voilà tout. Aussi n’a-t-elle, à proprement parler, imité personne dans ses vers ; elle s’y montre elle-même ; il est rare qu’on y trouve ces empreintes facilement reconnaissables et ces réminiscences qui trahissent chez les débutants le commerce des maîtres préférés. ”
“ Et le beau fils de roi, c’est toi, joyeux Printemps ! C’est toi qui viens chercher la terre ensevelie Sous les âpres linceuls des automnes glacés, Qui lui rends son sourire et sa splendeur pâlie, Et dis, en la baisant : « Oh ! renais, c’est assez ! » ”
“ Dissimulant la mort sous son noir tourbillon. Il s’approche rapide, et la nature tremble, Car elle connaît trop ce hurlement lointain Et sait que l’ennemi contre elle se rassemble, Que le trépas est près, et qu’il est son destin. ”
“ Et qui demeure seul en face du passé. Elles s’en vont par bande à travers la bruine, Parfois rasant la plaine ou montant jusqu’aux cieux, Troupe folle d’oiseaux que l’inconnu fascine, Et que guide au hasard son vol capricieux. ”
“ Hélas ! c’est donc ainsi que toute chose passe ! Chaque jour qui s’enfuit n’est jamais racheté, Et le temps qui s’en va sans laisser nulle trace Nous porte lentement jusqu’à l’éternité. Mais nul ne connaît l’heure où la course s’achève. ”
Termes fréquents
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