“ Qui tourmente l’esprit aussi bien que le cœur, Comme le feu secret que le rocher recèle, Nous avions fait jaillir, par nos propres efforts, Quelques pensers nouveaux, quelque obscure étincelle, Dans la nuit de nous-même endormis jusqu’alors. Qu’êtes-vous devenus, volupté fugitive, Entretiens confiants du cœur avec le cœur, Doux combats de l’esprit, où mon âme inactive, Comme un glaive émoussé, retrempait sa vigueur ? ”
Jean Polonius
Élements biographiques
Jean Polonius, né Xavier Labensky en 1790 en Pologne sous domination russe, fut un diplomate et poète d'expression française dont l'œuvre allie élégance lyrique et profondeur philosophique. En tant que diplomate au service de l'Empire russe, il choisit le français pour exprimer des réflexions sur l'âme, l'amour et l'existence, influencé par Lamartine et Vigny.
Ses recueils Poésies (1827, 1829) et Érostrate (1840) révèlent une transition de l'élegie vers une méditation existentielle, tandis que La Psyché explore la tension entre désir et désespoir. Son style, à la fois lyrique et introspectif, suscita l'admiration de Sainte-Beuve et Asselineau.
Citations de Jean Polonius
“ Les rêves vrais ou faux, qui charmaient ton esprit, Enthousiasme, amour, beau, vérité, nature, Tout ce que l’âme enfin cherche, admire ou chérit. Et qu’importe, après tout, qu’une tourbe ignorante Ose outrager les dieux que tu sers dans ton cœur, Si tu ne l’entends pas, si sa voix dénigrante N’est pas là pour flétrir, pour glacer ton ardeur ? ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Je la cache en mon sein, comme une fleur sauvage Que le désert nourrit loin du regard humain : Je la voile, pareille à la flamme furtive Du flambeau qu’une vierge, en sa marche craintive, Contre son propre souffle abrite avec sa main. ”
“ Loin des rêves qu’un jour détruit et renouvelle, Loin d’un présent mobile, incertain, passager, Nos esprits s’élançaient vers la sphère éternelle De ce vrai, de ce beau qui ne sauraient changer. Nous aimions à sonder les mystères sublimes Qu’à l’homme, en tous les temps, offre son propre cœur, Labyrinthes obscurs, inscrutables abîmes, Dont il aime à la fois et craint la profondeur. ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Comme autrefois Jacob, l'échelle lumineuse Dont les derniers degrés se perdaient dans le ciel ; Et s'il est quelque globe, invisible patrie D'êtres vivants, formés d'un limon plus qu'humain, Malheur à leurs vertus ! malheur à leur génie ! ”
“ Il est, il est en moi des pensers que j’ignore, Et qui, jusqu’à ce jour, Endormis et cachés, n’attendent pour éclore Qu’un souffle de l’Amour. Mais, pareils à l’enfant que le trépas réclame Encore en son berceau, Dans leur germe étouffés, ils meurent... et mon âme Est son propre tombeau. Hélas ! dans la tristesse et la monotonie J’unis les jours aux jours ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Ton souvenir vivait comme elle. Sur un tombeau, que de vieux pins Couvrent d’une ombre ténébreuse, Loin du soleil, loin des humains, Elle croissait mystérieuse. En vain Forage avec fureur Des pins tremblans courbait le faîte. ”
“ Si tu sentais, hélas ! ce que tu fais sentir ; Tu saurais que l’amour a sa langue muette : Qu’aux oreilles du monde il en ferme l’accès ; Qu’un regard, un soupir, une larme secrète, Ont un sens que la voix n’exprimera jamais. ”
“ Seule à peine encore, La corde sonore Vient-elle à frémir, Quand long-temps muette, Elle éclate, et jette Un dernier soupir. Plus loin, tout livide, Ton myrte fané, Dans son vase aride, Meurt abandonné. ”
“ A peine un fil me retiendra, Et le soleil ne brillera Que pour me voir tomber flétrie. Je mourrai sans avoir vécu, Mélancolique et solitaire, Sans que pour moi, sur cette terre, Un seul cœur ait jamais battu. ”
“ Au toucher caressant de la brise qui passe Tu ne répondras plus !... Pauvre luth ! comme toi, du fond de ma retraite J’implore chaque jour Une main qui réveille en mon âme muette La corde de l’amour. ”
“ Eût cherché dans l’amour plus que l’amour lui-même, Et voulu savourer la coupe des plaisirs ? Il se peut : l’homme est faible, et son âme incertaine, Essayant vers le ciel d’inutiles efforts, Trop souvent cède au poids de l’invisible chaîne Qui la livre, ici-bas, aux vils penchants du corps. Trop souvent, dans les nuits, lorsqu’une vaine image D’un fantôme d’amour abusait mon sommeil, J’ai frémi de n’avoir embrassé qu’un nuage ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Franchit l’abîme, et revole vers toi. Le fond du lac n’est pas toujours limpide : Qu’un voyageur, qu’un téméraire enfant, Jette une pierre en son cristal humide, Un noir limon s’en élève à l’instant ”
“ Mais il est de ces charmes Qu’une fois entrevus, Dans ce vallon de larmes, On ne rencontre plus. Adieu donc ! — En notre âme N’éveillons pas l’amour, Puisque pour nous sa flamme Ne brillerait qu’un jour. ”
“ Si, par delà la sphère où vous porta votre aile, Vos yeux n’embrassaient pas une sphère nouvelle, Des lointains plus brillans, des horizons plus beaux ? C’est en vain que le siècle, au siècle qui commence, Lègue, avant de mourir, l’héritage des temps ; L’homme verra toujours dans un espace immense Ce mieux, but ignoré de ses désirs brûlans. Plus il a, plus il veut ”
“ L’âme inquiète d’un amant Est comme une eau mobile et claire, Qui, tour à tour, d’un ciel changeant Réfléchit l’ombre ou la lumière. Heureux, du moins, puisque jamais Son cœur n’est seul avec lui-même ! ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Ils voudront à leur tour une terre plus belle. Comme nous, pour trouver ce Chanaan lointain, Ils vivront, haletans, dans la soif de l’attente ; Comme nous, ils mourront les bras tendus en vain Vers sa rive toujours fuyante ! ”
“ Sur le gazon Il fait un rêve, S’éveille, achève Son oraison, Prend son bâton, Et gai se lève. Mais si des bons Mes humbles dons Sont le partage, Prompte à sévir, Je sais punir Dès qu’on m’outrage. ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Mais, sincères ou feintes, Dans ce siècle du faux, Qui de ses tristes plaintes N’a lassé les échos ? Demande, pauvre lyre, Aux ménestrels du jour, S’il faut qu’amour inspire Ceux qui parlent d’amour ”
“ Ou d’en chercher quand mon cœur se taisait, Honneur à toi ! — Quand la Mode ignorante Jette les fleurs au hasard et sans choix, J’ai vu qu’au moins sa couronne flottante Au vrai talent peut tomber une fois. ”
“ D’amour, d’extase, de bonheur, Lui seul m’a révélé des mondes. Espoir divin, bonheur trop cher, Dont l’impuissance me dévore, Ne serez-vous qu’un pâle éclair, Qui naît, qui brille, et s’évapore ? ”
“ Ne les sauvera pas du sort qui les attend. Que sur moi, la satire épuise en paix sa rage, Mais qu’elle épargne au moins l’objet de mon amour ! Si j’ai semé du vent, j’affronterai l’orage, Mais sans livrer ta tête à la honte, à l’outrage, Sans traîner mon amante à la clarté du jour. ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Ce crêpe, sur leur tête, N’est qu’un faux ornement, Un masque pour la fête, Qu’on jette en la quittant. Que sert au cœur timide Que la vie a blessé, D’avoir, au sein du vide, Aimé, souffert, pensé ”
“ Je te voyais sans force à mes pieds étendue, Pareille à la colombe, aveuglée, éperdue, Qu’un éclair fait tomber aux pieds de l’oiseleur. Mais honte à qui reçoit de la beauté qu’il aime Un don qu’elle abandonne et livre sans transport ! ”
“ Non, ne vous vantez pas que l’amour vous enflamme, S’il vous permet encor d’autres vœux, d’autres soins, S’il vous laisse du temps pour épier votre âme, Pour songer à la gloire et chercher des témoins. ”
“ De ces glaciers d’où l’avalanche Roule son char retentissant, Du fond des bois, du sein des plaines Jette un regard, donne un soupir À ton ami, qui dans ses chaînes S’agite en vain pour s’affranchir. ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ Il devait l’entrevoir, — mais la toucher, jamais !... Pleure l’arrêt irrévocable ! Pleure, prophète infortuné ! Au regret amer qui t’accable, Plus d’un mortel est destiné. Hélas ! ton sort fut d’âge en âge Le sort du héros et du sage ”
“ Des plus vils des humains il a subi la loi ; Et celui dont l’Olympe admirait le génie Est l’esclave d’un roi ! Près des lieux où l’Ossa lève sa crête altière, Morne, il va conduisant ses troupeaux vagabonds, Réduit au pain grossier qu’on jette pour salaire Aux pâtres de ces monts. Il est nuit : ― dans les parcs, tout se tait, tout sommeille ; On n’entend que le bruit du sauvage torrent, Ou la voix de l’agneau qu’un autre agneau réveille, Et qui bêle en rêvant. ”
Jean Polonius, Empédocle, vision poétique, suivie d'autre poésies par Jean Polonius
“ « Les a déshérités ; « Leur jeunesse est flétrie, « Leurs cœurs désenchantés. « A d’autres l’Espérance, « Le Bonheur, le Désir ! « Pour eux, l’âge a d’avance « Dévoré l’avenir. » Vains mots ! néant sonore ! ”
“ Son cœur suffit à peine à ses bouillants transports, Comme un vase trop plein dont l’eau fraîchit les bords ; Où lacs, rochers muets, forêts, vallons, rivages, Tout vit, tout se revêt de pensers et d’images ”
“ Que l’air soit sombre, ou sans nuage, Pour moi, prive de son langage, Le ciel n’est plus qu’un livre obscur, Tout est vide et monotonie, Les vents n’ont plus de mélodie, Les flots ne roulent plus d’azur. ”
“ Nous nous apercevrons de loin sur les hauteurs. Ainsi deux pèlerins voyagent sur la cime De deux monts que sépare un gouffre ténébreux. L’air emporte leurs voix ; mais, à travers l’abîme, De sommets en sommets, ils se suivent des yeux. ”
“ En ton honneur résonnent si souvent, Ne pense pas que d’un monde inconstant Je veuille ainsi captiver le sourire. Le monde aime le bruit, la gaieté, le bonheur : Que lui font les soupirs d’un être humble et rêveur ? ”
“ Que m’importe ! — À travers le vide, S’il échappe à mon vol rapide, Sa poursuite est seule un plaisir. Le tumulte est ma destinée ; Par ma loi fatale entraînée, Pour moi, s’arrêter c’est mourir. ”
“ Qu’il est grand, le tableau de ce monde étoilé ! Mais quels tableaux, hélas ! peuvent charmer les peines De l’auguste exilé ? Astres, soleils divins, peuplades vagabondes, Yeux brillants de la nuit qui parsemez les cieux, Qu’êtes-vous pour celui qui du père des mondes A vu de près les yeux ?... ”
“ La vie humaine est une rive Où, sur le bord, nous attendons Qu’à son retour le flux arrive Laver l’empreinte fugitive Des pas qu’en vain nous y traçons. Le ciel est bleu, la, mer est belle, Zéphyrs, oiseaux prennent l’essor ”
“ Qu’il soit né d’un caprice, ou que l’amour l’inspire, N’importe ! — rends-le-moi, ce gracieux sourire, Je veux me croire aimé, ne fût-ce qu’un instant. Je sais que ton regard ne brille que pour plaire ”
“ Que viens-tu faire au pays des méchants ? Pour tes petits, industrieuse mère, Viens-tu chercher quelque grain dans nos murs ? Hélas ! ces murs n’ont qu’aride poussière, Ruisseaux fangeux, pierres, débris impurs. Rentre au désert : là sont tes verts ombrages ; Là, tout, sans peine, à tes vœux peut s’offrir ”
“ Semblaient insulter aux bourreaux Qu’il dépouillait de leur victime. Ronge ce crâne encor sanglant ! C’est celui d’un chef intrépide : Ton courage en sera plus grand, Ton aile en sera plus rapide ! ”
“ Qu’un blanc nuage indécis et flottant. Bientôt, la nuit épaississant ses voiles, L’orbe céleste a pris plus de rondeur ; Il s’illumine, il s’entoure d’étoiles, Et brille enfin de toute sa splendeur. Tel à nos yeux s’annonce le génie ”
“ D’êtres, de lieux, de temps qui ne sont plus ! Comme l’on voit deux filets d’une eau pure, Longtemps forcés de séparer leurs cours, Dans un désert, sous l’œil de la nature, Se retrouver et s’unir pour toujours ”
“ Pourquoi, par quels fatals attraits L’air où tu vis fait-il qu’on t’aime ? Je voudrais dérober tes traits Au monde, au jour, aux vieillards même. Je hais ceux qui parlent de toi ; Je hais ceux qui te trouvent belle ”
“ De ces femmes, dont les paroles Vont te séduire et l’abuser. Tu sauras que ce sexe aimable, Pour nous si doux, si généreux, Envers lui-même impitoyable, Poursuit d’une haine implacable La beauté qu’admirent nos yeux ”
“ Mon front réfléchit les splendeurs ; Et pour moi son aimable empire Tous les ans revient reproduire Les fruits, la verdure et les fleurs. LA COMÈTE. L’esclavage est doux, si l’esclave N’en voit pas, n’en sent pas l’horreur ”
“ Aux vains attraits Dont elle est fière Moi je préfère Des bois secrets L’humble fleurette Qui croît seulette Sur le front nu Du roc fendu Par la tempête. L’homme à sa loi Point ne m’enchaîne ! ”
