Résumé

Adolphe Brassard Les Mémoires d’un soldat inconnu

Mais eux, c’est la barbarie et nous, c’est la civilisation, et, dans le moment, la civilisation triomphe. Mais la souffrance ne connaît pas de frontière, c’est vrai : je souffre de la souffrance de ce malheureux. Je lui ai porté le coup mortel mais, maintenant, je voudrais soulager sa douleur, et ce n’est pas un homme qui donne de nouveau à boire à un autre homme : c’est une souffrance qui se penche et s’unit à une autre souffrance. Mais le guerrier remonte à la surface, je ne veux plus m’apitoyer. Lui, c’est l’ennemi, il est terrassé et c’est justice.
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Adolphe Brassard Les Mémoires d’un soldat inconnu

Les lèvres serrées au tampon de mon masque, j’aspire l’air filtré et qui me revient dans la bouche avec un goût fade de poumon. L’air est parcimonieusement mesuré, les tempes me battent, le cerveau me bourdonne sous l’afflux du sang. Je ne perds pas de vue mon compagnon qui s’agite. À un moment, je le devine, il va arracher son masque ; il ne faut pas ! Je le saisis, lui emprisonne les bras de mon bras, et je le hisse près de moi, à deux pieds du haut de l’entonnoir. Nous ne pouvons pas risquer plus. À la longueur du bras, c’est la mort par le fer qui se mêle à la mort par le gaz.
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Adolphe Brassard Les Mémoires d’un soldat inconnu

Il ne faut pas mourir quand s’avance l’épousée qui sourit à l’enfant appuyé à son sein et qu’à l’horizon pointe la paix.
Il ne faut pas mourir, et pour la sauver sa vie à soi, on tue sans compter la vie des autres.
Il ne faut pas mourir quand on n’a pas vingt ans, et, pour cela, je fais de ma poitrine un bouclier vivant à mon juvénile compagnon. Il ne faut pas que rien n’atteigne son front lisse, ni ses yeux francs, ni sa bouche charmante. Il ne faut pas que son âme quitte ce beau corps où bat un cœur aimant et pur. Et puis, chaque coup que je lui évite, ça me rachète.
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