Résumé

Anonyme Vie de Lazarille de Tormès

Moi, dès que je vis qu’il contrevenait à l’accord, je ne me contentai pas d’aller de pair avec lui, mais j’en prenais davantage, deux par deux, trois par trois, et le plus que je pouvais.
La grappe finie, il resta un moment avec la rafle dans la main, branlant la tête, et dit : « Lazare, tu m’as trompé. Je jure Dieu que tu as mangé les grains trois par trois. » — « Non pas, » répondis-je, « mais pourquoi soupçonnez-vous cela ? » Et le très rusé aveugle dit : « À quoi je vois que tu les mangeais trois par trois ? C’est que je les mangeais deux par deux et que tu ne disais rien. »
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Anonyme Vie de Lazarille de Tormès

Dieu soit béni, je puis me vanter d’être des moins goulus parmi ceux de mon âge, et jusqu’à ce jour j’ai été tenu pour tel par les maîtres que j’ai servis. » — « C’est une vertu, cela, et je t’en aimerai mieux, car c’est affaire aux pourceaux de se gorger et aux hommes de bien de manger modérément. » — « Je t’ai bien compris, dis-je entre mes dents : maudites soient telles médecine et vertu que ces maîtres que je rencontre découvrent dans la faim ! »
Alors je m’assis dans un coin près de la porte, et tirai de mon sein quelques morceaux de pain qui m’étaient restés de l’aumône.
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Anonyme Vie de Lazarille de Tormès

En revenant, je trouvai le pécheur d’aveugle qui serrait entre deux lèches de pain le navet que, pour ne l’avoir pas tâté, il n’avait pas reconnu. Et, lorsqu’après avoir mordu le pain, pensant du même coup emporter un morceau de la saucisse, il se sentit soudain refroidi par le froid navet, son visage s’altéra et il me dit : « Qu’est-ce, Lazarille ? » — « Malheureux de moi ! Allez-vous m’imputer quelque chose ? Ne viens-je pas de quérir le vin ? C’est quelqu’un sans doute, qui, passant par ici, l’aura fait pour se gausser de vous. »
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