“ Il suffisait d’avoir lu attentivement, une fois, l’histoire du jeune homme riche. Mais quel motif Jacques avait-il de penser à soi en lisant la parabole du jeune homme riche ? Il avait, lui, Jacques Richard, moins de raisons que d’autres de demander : « Que dois-je faire pour être parfait ? » et de prétendre à l’héroïsme. Il n’était que le fils médiocre d’une famille bourgeoise ; il était aux prises avec le péché ; et il aimait une jeune fille, et si les zones de pureté s’étaient dilatées en lui depuis quelque temps, il le devait à Louise : n’était-ce pas le signe d’une vocation aussi ? ”
Claude Dablon
Résumé
"Le Verger" de Claude Dablon, publié en 1955, explore les tensions entre aspiration et devoir à travers le parcours de Jacques Richard, un jeune homme confronté à ses origines bourgeoises et à une quête spirituelle. Les thèmes de la musique, de la famille (notamment l’oncle Maurice) et de la recherche d’authenticité se tissent autour des relations tumultueuses avec Louise et des dilemmes moraux.
L’œuvre, située dans un cadre rural et spirituel, interroge la nature de l’amour et la recherche de perfection, comme le révèle la citation : « Maintenant que le trouble et l’amertume se sont dissipés, Jacques voit poindre le jour limpide où il lira dans les figures terrestres de l’amour le reflet de l’amour qu’il poursuit et qui le poursuit. »
Citations de Le Verger (Claude Dablon)
“ Pendant le trajet de la station à la maison d’Ado, Jacques n’avait pas trouvé un mot. Il aspirait à pleins poumons l’odeur de la montagne, l’attirance des pays nouveaux et la promesse d’aventures insoupçonnées. Encore tout fier de sa révolte, la botte posée à plat sur une pierre, il croyait que le monde lui appartenait. Les conquêtes de la violence ont peu de durée. Un brin de mil entre les dents, le jeune homme sent remuer au fond de lui un malaise qu’il connaît bien pour l’éprouver chaque fois qu’il laisse, serait-ce pour une nuit, sa chambre du Verger. ”
“ Il écoutait une jeune fille inconnue de Jacques ; elle se retourna en s’écartant et le jeune homme passa. Où avait-il croisé ce regard ? Un visage d’un ovale assoupli et plein de fraîcheur, des cheveux aux mèches mal retenues sous un étroit bandeau rouge. Les yeux avaient brillé, des yeux châtains, dorés chaudement. Jacques, l’âme grande ouverte sur son émoi, mit le pied dans une flaque d’eau et jeta la brassée de bois à terre. — On allume, Jacques ? André, près de lui, tombait de fatigue ; Jacques ne lui répondit pas. Il songeait au moyen de repasser près de Maurice. ”
